au pieu !

Quoi, ça rend sourd ?

par Emmanuel Allait - 23 mai 2018

jeu de paume

Vous ne le saviez sans doute pas, mais le mois de mai est le mois de la masturbation. L’idée, lancée en 1995 par un fabricant de sex-toys américain, visait à redonner ses lettres de noblesse à une pratique ô combien banale, mais sujette aux plaisanteries graveleuses, silences gênés et préjugés éculés. «Comment? Qu’est-ce que vous dites ? Quoi, ça rend sourd ?». Profitons donc de l’occasion pour réhabiliter les vertus du travail manuel !

87% des hommes et 67 % des femmes s’y adonneraient. Pourtant, d’après le psychiatre Philippe Brénot, auteur en 2013 d’un «Nouvel éloge de la masturbation», la pratique demeure le «dernier tabou de la morale sexuelle occidentale».

ONAN LE BARBARE

“Il faut cesser de se moquer de la masturbation”, dit Woody Allen, car “c’est faire l’amour à quelqu’un qu’on aime”, ou encore, comme le dit Jean-Claude Carrière, “c’est serrer la main au père de ses enfants !”. Et pourtant, les ricanements sur le sujet vont souvent bon train. On s’esclaffe sur ces branleurs qui n’ont pas qu’un poil dans la main ! On blague sur la technique de la chaussette, éventuellement fourrée de nouilles tièdes. On raille les ados, les célibataires, les frustrés et tous les bolosses condamnés à se dégourdir l’unijambiste devant Clara Morgane. Oh my Gode, que d’acidité pour une activité ordinaire !

La libération sexuelle a sévi, mais le sexe en solo semble encore frappé d’interdits, et reste socialement inacceptable, surtout quand cela concerne les femmes. Gêne, honte, pas besoin de creuser bien loin pour trouver l’origine des blocages. L’héritage de deux siècles de condamnation par l’Eglise et la médecine. Pour la première, disperser la semence gratuitement, sans reproduire l’espèce, c’est é-branler le business plan divin. La seconde en faisait une pratique dangereuse, provoquant la surdité ou l’infertilité. Corsets, anneaux péniens, gants anti onanisme, de multiples dispositifs douloureux devaient contrarier ces odieuses pulsions.

 “Il faut cesser de se moquer de la masturbation”, dit Woody Allen, car “c’est faire l’amour à quelqu’un qu’on aime” 

HANDJOB, GOOD JOB !

Pourtant, à part une luxation de la main, on ne risque rien à se masturber. Au contraire, on connaît désormais les nombreuses vertus de ce défrichage manuel. Libération d’endorphines, réduction du stress, plaisir garanti, éveil à la sexualité, confiance en soi, épanouissement sexuel. C’est comme pratiquer la pensée positive ou boire du thé vert. Vous préférez les desserts ? Alors imaginez une mousse au chocolat. Un moment de pur plaisir, de laisser-aller, de régression, avec une once de culpabilité pour pimenter le tout. Bref, un «petit coup de mains» pour booster votre bien-être ! En plus, cerise sur le clito, en ces temps d’austérité, c’est gratuit ! Pourquoi se priver ?

Attention, comme tout ce qui est bon, il s’agit de savoir en user, en jouir avec art ! On privilégie donc la qualité ! Inutile de sprinter, prenez votre temps ! Et n’hésitez pas à varier les techniques : lubrifiants, vibromasseurs, godemichés, coussins, lacets. Seul, ou avec votre partenaire, car ce n’est pas qu’un plaisir solitaire et égoïste. Caresses mutuelles, exhibition généreuse, partage de compétences, transfert de savoirs. Une combinaison d’intime et d’altruisme très bénéfique. Pratique sexuelle la plus sous-estimée du répertoire actuel, la masturbation mérite qu’on la prenne au sérieux. Considérez-la même comme un devoir civique, pour une fois jouissif. Votez «blanc» ! Vous verrez, accomplir votre «tache» électorale n’a jamais été aussi agréable.

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