barrez-vous !

chambres d'hôtes
- la maison félisa -

par Magali Buy - 5 oct. 2019

la cuve des sens

26, 84, 34 et 13... Non, non, ce ne sont pas les résultats du loto, mais bien la liste des départements explorés par Pascale et Bruno ! En vain. La cinquantaine, une vie lyonnaise trop speed, c’est finalement à Saint-Laurent-des- Arbres que le couple est venu déconnecter son quotidien trop perché. En s’installant dans le 30, il semblerait qu’ils aient tiré le gros lot !

Que village de charge et à l’atypisme fou ! J’ai eu peine à le trouver, mais ça valait bien un périple épique au travers des ruelles escarpées. Pas plus larges que ma voiture, j’ai cru rester coincée dans ces entrailles de pierres et de pavés, quand Bruno, bien meilleur que Google Maps, est arrivé à mon secours ! Leur maison se trouve à quelques mètres, un portail s’ouvre enfin, ouf ! Pleins feux sur ce havre de paix, et ça tombe bien, j’en ai bien besoin...

BON PIED, BON ŒIL

Avant de poser leurs valises et cartons ici, voilà 9 ans, Pascale trimbale sur ses chantiers lyonnais échelle, échafaudage et sacs de plâtre comme un maçon. La décoratrice d’intérieur aime mettre la main à la pâte, en l’occurrence dans le béton et la chaux dont elle s’est fait une spécialité. Mais la dureté du métier commence à peser. Quant à son mari, dans la finance, les journées passées le nez sur l’écran ont eu raison de lui. Besoin d’air. Le couple aspire à autre chose. Alors, en dilettante et à dose infinitésimale, ils s’essaient à la maison d’hôtes en créant «roulottes et cabane» avec une voisine de Sainte-Foy-Lès-Lyon, se prennent au jeu et décident de quitter stress et routine, pour ailleurs. “On a prospecté pendant 4 mois, on a hésité avec une maison proche d’Uzès pour finalement craquer sur Saint Laurent, moins excentré, et qu’est-ce qu’on a bien fait !”

À PETITES FOULÉES

Dans l’allée de la maison Félisa, le gravier craque sous les pieds. Ça sonne déjà les vacances... Un petit tour vite fait autour du bassin et mes yeux s’arrêtent à l’ombre d’un tilleul. Caché derrière les canisses, un lavoir traîne ses vieilles années et appelle ma fainéantise subite. Habillé d’un filet de catamaran, il prend ses nouvelles fonctions de hamac très au sérieux, et croyez-moi, ça marche ! Bruno continue son histoire et me ramène à la réalité, entre deux lauriers, j’aperçois la bâtisse. C’est une ancienne maison vigneronne de 1850, quelques vignes taquinent encore la pergola, les grappes tombent en ciel de terrasse, ça sent les vendanges non ? Et oui, on est en plein Lirac, alors les vignes, ça se connaît par ici. Et comme Pascale et Bruno ont l’air d’aimer l’histoire et l’authenticité, hors de question de mettre un coup de sécateur ni de déraciner, ça fait partie du tableau. De l’ail sèche dans un coin baptisé Paresse, entre un lit en fer forgé spécial farniente et un petit salon pour flâner, dur dur de résister à l’appel... Mais quand faut y aller, faut y aller, entrons dans le vif du sujet !

DANS TOUS LES SENS

Un parfum d’huiles essentielles flotte dans l’air, la musique d’ambiance relaxe l’atmosphère, la pièce à cuvage baigne dans son jus. Puits de lumière pour mettre en exergue les reliques viticoles gardées comme empreinte, si Pascale et Bruno n’ont eu qu’à arranger et embellir à leur goût, révéler l’essence des murs et objets, quel mignon péché ! Ils prennent le parti de n’utiliser que des matériaux nobles et naturels, béton, carreaux de ciment, murs réchauffés à la chaux, du bois et de la pierre pour l’époque, du métal pour le contemporain. Pour la déco, c’est pareil ! Dans un style de loft industriel, seule la cuisine joue la modernité. Pour le reste, c’est un bric à broc organisé, des petits bouts de siècles éparpillés, impossible de jouer l’exhaustivité... Des vieux cadres d’impressions de soyeux lyonnais restés dans leur jus, un globe en plâtre, un guéridon, un mannequin en résine chaussé de souliers râpés, un miroir piqué, des chaises d’écoliers aux Tolix rouillés, commodes, clubs et armoires de grands-mères, tous ont leur place et tiennent compagnie à quelques créations d’artistes du XXIe, lyonnais pour la plupart. Un établi retapé en table d’hôtes, un lampadaire taillé dans un vieux moule de chez Pauquelin, les propriétaires mélangent les temps et nous invitent à savourer les époques : voyage, voyage !

TOUCHE À TOUT

J’en ai déjà plein les yeux, quand une peinture m’attire l’œil... Bruno, à qui rien n’échappe, se plaît à éclairer ma lanterne “C’est l’œuvre de Pascale. Elle peint dans un style libre et nature...” Décidément, elle a bien plus d’un tour dans son sac, j’aurais adoré la rencontrer pour la cuisiner un peu, mais elle est en déplacement à Uzès, alors tant pis, je fais marcher mon imagination... Il me suffit de pousser la porte en bois lourde de siècles, les escaliers d’origine m’embarquent, et si ses tableaux signent l’évasion, le reste de la maison suit son fil d’Ariane. Fleur d’oranger, lait d’amande, eau de rose, bois de santal ou parfum de jasmin, les chambres s’enivrent et font appel au voyage des sens. Hirondelles du Portugal, tapis berbères et tambour marocain, leurs souvenirs d’escapade finissent de nous emmener encore plus loin...
Loin du temps, loin du speed, déconnexion garantie.

 

+ d'infos : http://maison-felisa.com