barrez-vous !

dans l'ain :
la maison d’Ambronay

par Estelle Coppens - 10 oct. 2017

trop classe !

Dans un village de l’Ain chargé d’histoire et de musique, qui sait cultiver l’art de vivre, une ancienne école primaire accueille désormais des visiteurs, doués de raison, charmés de ce retour à l’enfance. Inutile de recopier 100 fois « j’aime la maison d’Ambronay». C’est déjà le cas.

Tout y est : le son des cloches, les pupitres, les règles et encriers, le tracé des marelles et des buts dans la cour aux platanes dont la vigueur force le respect. Même le chat, en pleine séance de bronzette, certes plus tranquille que jadis, semble faire partie du décor. Bienvenue à la Maison d’Ambronay, l’école primaire de ce beau village transformée en maison d’hôtes. Lyon est à 50 kilomètres, Bourg-en-Bresse, à 25.

On entre côté rue, en empruntant un étroit trottoir, égayé par des jardinières échevelées de cosmos. Juste en face, le somptueux parvis de l’Abbatiale veille sur le château et son chapelet d’antiques bâtiments. Après quelques pas dans le long couloir d’entrée, on tombe sur deux colonnes et l’escalier en pierres qui acheminait les cohortes de culottes courtes jusqu’à leurs nouvelles connaissances. A gauche, le regard file vers l’immense cour de recréation derrière laquelle batifole l’arrière-pays. Il y a de l’horizon ! Et il est tendrement campagnard. Au 1er étage, quatre spacieuses classes de 50 m2 laissent désormais place à des suites coquettes, à la décoration sobrement contemporaine, chacune dans leur style, mais toutes dotées de douches et de baignoires de compétition.

Dans ces alcôves, on croise des clins d’œil, à l’image d’estrades, mais inutile de surjouer le répertoire scolaire, a jugé la propriétaire des lieux, la Lyonnaise, Nathalie Schlienger.

DE LA MER DES CARAÏBES À AMBRONAY

Retour en arrière. Jeune adulte, alors qu’elle officie comme cuisinière sur des voiliers, dans les Antilles, son père, imprimeur, profite d’une de ses escales à Lyon pour lui proposer de l’aider dans son entreprise. “Il trouvait que les Antilles, ce n’était pas un métier”, s’amuse, pas dupe du stratagème, celle qui se sédentarisera alors et perpétuera le savoir-faire paternel.

Pendant 22 ans. Jusqu’à il y a récemment. “La transition vers les 50-65 ans cours Vitton, je ne la sentais pas bien : anticipons!”, se mobilise rapidement cette femme énergique qui décide de poser quelques métiers sur une liste. Au jeu des avantages-inconvénients, la ligne «maison d’hôtes» obtient la meilleure note. Avec un accessit pour «partir faire de l’humanitaire», plus complexe quand on a une fille étudiante. De toute façon, la colonne «convivialité», «travail à la maison», «vie dans un univers que l’on ne pourrait s’offrir autrement», a vite convaincu Nathalie de se mettre en quête du nid idéal.

IL Y A ACADÉMIQUE ET ACADÉMIQUE...

Mais avant d’élire la solide bâtisse communale, Nathalie a écumé l’Ain, département qui, contrairement à la Drôme et l’Ardèche, est encore accessible en termes de prix. Les attraits de cette contrée sachant peu se mettre en valeur sont souvent méconnus. “C’est verdoyant, les constructions n’ont pas tout colonisé, on y mange bien car le coin regorge de bons producteurs. Et les vergers et vignobles embellissent largement le territoire”, expose-t-elle, verre de Bugey-Cerdon offert à l’appui, un pétillant dont la vivacité égale celle de la maîtresse des lieux.

Le cahier des charges est clair : “Je voulais un village qui soit actif, doté d’un beau patrimoine, avec des accès plus que directs”, énonce l’imprimeuse reconvertie. Au terme d’intenses recherches, Nathalie arrête quatre propriétés, dont deux fermes bressanes et un moulin dans les Dombes, puis invite un petit aéropage de proches à les visiter, pour aider dans son choix, elle qui a vendu son entreprise ainsi que son appartement du 6ème arrondissement de Lyon pour financer son projet. Du sans filet. “C’est le pari de ma vie. J’ai tout mis sur le rouge, le rouge écarlate”. Sélection très correcte, mais peut mieux faire, commente en substance un ami connaisseur du marché immobilier. “Pourquoi se contenter d’une énième maison d’hôtes, coquette, proprette ? Il faut un logis qui ait de l’âme”. Nathalie se range vite à cet avis et retourne sur le terrain.

ENFIN L’EFFET « WAOUH ! »

Un an plus tard, la voilà qui arpente l’école, encore grouillante d’enfants, avant le transfert de ceux-ci dans un autre bâtiment du village. Et là, coup de cœur immédiat. L’atypique, les vibrations, le potentiel, tout la séduit. A un détail près, le gigantesque des lieux : “1000 m2, ce n’est pas simple à entretenir...”

Trop tard, Nathalie fonce, l’école René Cassin et le charme nimbé de mystère d’Ambronay ont opéré. D’autant que le village vibre chaque automne grâce à un festival de musique baroque renommé, que le hameau abrite un restaurant étoilé, l’Auberge de l’Abbaye. Sans oublier, la sortie d’autoroute à 5 bornes de là. Un sans-faute.

Douze mois de travaux et beaucoup de dépenses plus tard, à la rentrée 2016, Nathalie emménage. Ses meubles de métier et chinés de sa vie d’avant se plaisent illico dans leur nouveau bercail.

La greffe de cette “fille de la ville” dans le village de 3000 âmes où l’on voit d’un mauvais œil la privatisation d’un endroit qu’elles ont, pour beaucoup, fréquenté est en cours, doucement mais sûrement. "C’est à moi de m’intégrer, pas aux habitants de m’adopter”, ne se démonte pas Nathalie. Qui projette d’aménager une salle de séminaires et un salon de thé dans son gîte de France aux quatre épis, en plus des après-midis guinguette, ouverts à tous, avec musette et buvette qu’elle organise ponctuellement dans la cour de récré. Il y a des choses qui ne changent pas.

+ d’infos :
www.lamaisondambronay.fr
A partir de 90 euros la nuit

Nathalie Schlienger
Photos : Estelle Coppens et Sabine Serrad