barrez-vous !

en saone et loire :
au château de pierreclos

par Frédéric Charpentier - 11 oct. 2017

château grand cru

Dans la haute cour du Château de Pierreclos, un verre de mâcon blanc à la main, l’instant est magique. Derrière la colline tapissée de vignes, le soleil couchant teinte en rose les tourelles et l’imposant donjon. Les marronniers centenaires bruissent de 1 000 ans d’histoire. Songe d’une nuit d’été? Non, juste les plaisirs exquis d’une chambre d’hôte au charme singulier.

Situé à 15 km de Mâcon et 20 km de Cluny, aux confins sud de la Bourgogne, ce château érigé au XIème siècle aura été, tout au long du Moyen-Âge, le théâtre de conflits et d’alliances changeantes avec les Rois, les Ducs de Bourgogne ou ceux de Savoie, sans oublier les Armagnacs. L’architecture de la forteresse a évolué au fil des siècles, lui donnant cette esthétique superbe faite de tours et de toits imbriqués, surplombant le village. Classé monument historique en 1985 et restauré partiellement ensuite, il est mis en vente en 2008.

LES CLÉS DE LA CITADELLE

Anne-Françoise et Jean-Marie Pidault se mettent sur les rangs : “Au départ, notre métier, c’est la vigne, depuis plusieurs générations. Là, le projet était de faire vivre le château et d’y vendre notre vin”. La tâche est immense, surtout avec 3 enfants en bas âges. Mais dix ans plus tard, Jean-Marie, éternel optimiste, est enthousiaste : “Un choix de vie formidable, cet engagement nous a donné la chance de laisser une empreinte, de développer le goût du vrai, du beau, de l’authenticité et de la simplicité!”

Ces deux-là sont des bosseurs, mais il aura fallu des tonnes d’énergie dès la première année pour s’occuper de la visite des lieux, des vignes, de la dégustation des vins et gérer l’activité «mariage». Le calendrier des réservations ne désemplit d’ailleurs pas de fin avril à mi-octobre, le cadre idéal.

MONTER AU CRÉNEAU

C’est ce succès qui va donner en 2012 une nouvelle idée à Jean-Marie : “Et si on ouvrait des chambres d’hôtes?” En effet les mariés pourraient ainsi dormir sur place. La famille Pidault transforme derechef les anciens logements au-dessus des écuries pour créer 4 chambres. Toutes décorées avec sobriété, des couleurs claires aux murs, pas de tableaux, mais des meubles en bois brut aux lignes élégantes. Anne-Françoise précise : “Nous avons voulu rendre confortable ce bâtiment du XVème, en évitant de la jouer trop déco ou brocante, les lieux se suffisent à eux-mêmes”, avec le cachet médiéval en prime grâce aux meurtrières, aux niches de pierre dans les murs, la vue sur la chapelle ou les entrelacs de majestueuses poutres conservées apparentes dans les chambres du haut. 

UNE VRAIE VIE DE CHÂTEAU

Les étrangers ne s’y sont pas trompés : ils forment 80% de la clientèle : Hollandais, Belges, Anglais, Suédois qui transitent vers le sud, ainsi que des touristes américains, australiens ou japonais à la recherche de vieilles pierres et de culture française. Effet «WAOUH» garanti : “Ils regrettent souvent de ne pas rester 1 ou 2 jours de plus pour effectuer la visite complète et ludique du château, profiter du bon vivre de notre région et de la piscine! D’ailleurs certains reviennent...”

Le couple a d’ailleurs un leitmotiv : “L’accueil ! Quand on ouvre sa maison, il faut avoir plaisir à recevoir les gens”. Anne-Françoise est souriante par nature, elle s’amuse d’être une châtelaine moderne, qui court 12 heures par jour dans les escaliers (sans avoir des mollets de traileuse), repasse, lave, sert le copieux et délicieux petit-déjeuner, réceptionne, parle anglais avec un so charming accent et supervise l’ensemble.

Pendant ce temps, Monsieur s’occupe de la vigne avec passion, il a choisi de passer en bio sur ses 8 hectares : “pour plus de qualité”, avec différentes appellations : “sur des terroirs exposés différemment, ce qui apporte une variété d’arômes et limite la perte en cas de grêle”. Attention, si vous questionnez Jean-Marie sur son domaine, prévoyez du temps, il est intarissable !

LE JOYAU DE LA COURONNE

Je vous l’avais gardé pour la fin : dans le donjon crénelé, l’ancienne chambre du Comte a été transformée en suite d’exception : «un truc de ouf» comme aurait dit Charles VI Le Fol, une pièce de 55 m2 au parquet marqueté en chêne, avec lit king-size (évidemment), divan, table et cheminée monumentale, immenses fenêtres donnant sur la cour et la campagne, plafond à 5 m avec poutres apparentes, sans oublier une salle de bains queen-size où trône une baignoire sur pieds ornée d’un baldaquin. De quoi profiter sans retenue d’une lune de miel à tout âge !

Sentiment partagé par Alphonse de Lamartine, le poète de notre lac du Bourget, natif de Mâcon, qui fût un habitué de l’endroit : Anne-Françoise, passionnée par l’histoire de ses murs précise : “Lamartine aurait même eu ici une liaison et un fils illégitime, Léon, avec Nina de Pierreclos, la femme du Comte.” Ah, ces romantiques, quand même, faut s’en méfier !

Cette ambiance rare, cette sensation étrange de côtoyer le passé, ces pavés inégaux et ces escaliers usés, ces traces de combats sur les hauts murs, cette chapelle orpheline, tout cela vous mystifie et vous embarque, vous êtes ailleurs, tout en étant là... De la magie pure, comme quoi une simple (et belle) chambre d’hôte peut se transformer en machine à remonter le temps!

+ d’infos :
www.chateaudepierreclos.com
À partir de 155 euros la nuit

© Studio Cabrelli, © Fulcanelli.