barrez-vous !

hôtel 12
l'abbaye de talloires

par Fleur Tari Flon - 3 mai 2018

esprits ceints

Si l’envie vous prend d’imaginer le fantôme de Thiberge la carolingienne, de ressentir l’âme de Cézanne, de Lamartine, ou pourquoi pas jouer les stars en croisant Jean Reno, Bruce Willis ou Dany Boon, actionnaires de cette abbaye, le plus ancien hôtel du lac d’Annecy, c’est à l’abbaye de Talloires qu’il faut aller.

Quand le réceptionniste vous tend les clefs de la chambre du Prieur, il ne le fait pas sans une certaine inquiétude. Car les réactions des clients sont toutes différentes pour cette chambre inscrite aux monuments historiques. Il y a ceux qui adorent comme Jean-Michel Ribes et ceux qui refusent tout net d’y dormir comme Bruce Willis. Les Japonais n’en veulent pas. Les Saoudiens la réclament. Un fantôme y séjournerait. Pourquoi pas celui de sa première propriétaire, Thiberge, épouse répudiée de Lothaire II, qui l’exila à Talloires, jusqu’à sa mort ; ou celui des prieurs, qui depuis la galerie de tableaux, vous lancent des regards noirs.

Heureusement, l’arrivée à l’Abbaye fait fondre toutes les appréhensions. Une baie aux eaux cristallines, la montagne toute proche et ce magnifique édifice qui fait courir le monde entier depuis des siècles. Cézanne y peignit ses plus beaux tableaux, Mark Twain, Napoléon III, Winston Churchill ou le Président Nixon y avaient leurs habitudes. La première photo couleur fut prise dans le cloître de l’abbaye en 1902, par Gabriel Lippman et pour laquelle il reçut le prix Nobel de physique. Autant vous dire que les murs ont une âme et des histoires à raconter !

Même le cinéma y a ses entrées. Jean Reno, Bruce Willis, et Dany Boon sont tombés sous le charme au point d’en devenir actionnaires. Vous pouvez donc, en leur absence, vous installez dans la suite Jean Reno, ou Bruce Willis. Un rêve de groupie.

AU NOM DE LA ROSE… DÉCADENTE !

L’abbaye qui affiche 10 siècles au compteur n’en est pourtant pas moins confortable. Dunja Kirchner, qui gère l’établissement 4 étoiles, négocie depuis 16 ans avec la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) chaque pan de mur, chaque tenture ou lustre à modifier.

L’obstination paie et l’abbaye est maintenant entièrement rénovée, mêlant vieilles pierres et déco contemporaine. Enfin... presque entièrement, parce qu’il reste toujours quelque chose à faire dans une bâtisse de 1000 ans ! Un lieu qui, à l’époque, accueillait des moines dans une ambiance «au nom de la rose», mais qui vira, on ne sait pourquoi, dans la débauche, après que le pape Clément X érigea l’insigne Prieuré en Abbaye Royale.

Nous sommes en 1674. Les moines - véritables seigneurs féodaux - menèrent alors une vie dissolue, provoquant un esprit de révolte parmi la population, ce qui leur valut l’excommunication et l’interdiction de recruter tout moine. Même François de Sale essaya de les ramener à la raison, en vain.

C’est ainsi que l’Abbaye, longtemps fermée, devint hôtel à la fin du XIXème siècle. L’un des plus anciens hôtels de France est désormais reconnu pour la qualité de son service.

Les 33 chambres, anciennes cellules des moines (de 20 à 56 m2 tout de même), toutes différentes, offrent des vues splendides sur le lac et les montagnes. Chacune est pétrie de charme, par son authenticité, même et surtout la chambre du Prieur, restée dans son jus depuis 1681 jusqu’à cet automne et sa première rénovation. Ce fut alors l’occasion de faire une découverte exceptionnelle. Sous les toiles peintes sont apparues des frises de décors floraux et ornementaux baroques réalisées directement sur les bois des menuiseries, cachées pendant plusieurs siècles.

Maintenant, ce bestiaire floral ravit tous les clients. La nuit, beaucoup affirment qu’ils font de beaux rêves, que l’on sent une énergie positive sous le regard bienveillant des apôtres. La chambre affiche souvent complet. Une abbaye millénaire, un cadre exceptionnel, des vedettes de cinéma et des hôtes célèbres, c’est l’incontournable de l’été, pour jouer la star au bord du lac. La messe est dite !

+ d’infos :
abbaye-talloires
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Photos : Jérôme Morin - Fou d’images