barrez-vous !

maison d'hôtes
lyon, la Serendipity

par Magali Buy - 31 mars 2020

larguez les âmes art !

J’ARRIVE À LYON EN SIFFLOTANT. OLIVIER M’ATTEND SUR LE PONT DE LA PÉNICHE SERENDIPITY ET ME GUIDE SUR LES FLOTS, VERS CE QU’IL Y A DE PLUS BEAU... OH SON BATEAUUU !!! JE SUIS SÛRE QUE LA CROISIÈRE S’AMUSE AU BOUT DU PONTON, EN ROUTE MOUSSAILLON !

Je l’ai interrompu en plein apéro huîtres et vin blanc chez son voisin de pallier - enfin... si je puis dire -. La météo est idéale, c’est fou comme on prend vite des airs de vacances sur une péniche. A un détail près qui, j’avoue, me fait tanguer d'avance j’ai le mal de mer et même si les embruns sont loin du quai de Saône, j’appréhende. “Ça ne bouge quasiment pas, sauf si un petit bateau à moteur passe pas loin. Autrement, c’est imperceptible. Je suis comme vous, et promis, j’ai aucun malaise”. Ouf... Et vous avez quand même pris le risque d’emménager là ? Un rêve d’enfant, un caprice ? “Ni l’un, ni l’autre ! Avec ma femme Christilla, on avait une maison avec vue sur le Mont Blanc à Albigny- sur-Saône, mais une fois les enfants partis, on a eu envie de retourner vivre à Lyon. On cherchait un bien avec terrasse, mais on ne trouvait pas notre bonheur, quand une annonce m’a interpellé : appartement 160m2, 500 000 €”. Moitié moins que le prix courant, il se doute qu’il y a anguille sous roche, mais sa curiosité l’embarque...

A BORD !

40 mètres par 5 en 2 moyenne, 200m à exploiter, il faut être fou pour ne pas voir le potentiel d’une péniche. Et puis c’est en ville, avec un extérieur, ça remplit large une partie du contrat ! Il s’empresse d'en informer sa belle : “Arrête ton délire, ta crise de la cinquantaine, c’est même pas la peine ! ” Pire que le creux de la vague, non ? Et pourtant... Love boat toute, elle accepte de jeter un œil et virement de bord ! Celle-là ne fera pas l’affaire. Qu’à cela ne tienne. S’en suivent les premières investigations, quand soudain, la serendipité – l’heureux hasard– entre en action : “Tout à fait par hasard, un ami m’a dit que sa voisine vendait une péniche. Il faut savoir qu’il y en a juste 70 qui sont habitées à Lyon et que seules 1 ou 2, se vendent chaque année. Il n’y a aucun marché, tout se fait par bouche à oreille !” Heureusement que les siennes traînaient par là...

A QUAI...

Juin 2016, ohé matelots, ils signent, mais il y a du boulot ! Anges bleus au plafond, piscine en plein milieu du salon, ça baigne dans l’kitch et nos nouveaux propriétaires sortent les rames! “C’était déjà une chambre d’hôtes, peut-être même un lupanar... La déco, le style général, ça datait des années 60. Il y avait de tout petits hublots, c’était sombre, bas de plafond et pas isolé du tout.” Pour faire court : tout à refaire !
Ils gardent l’esprit d’origine à l’extérieur, optent pour un esprit loft convivial à l’intérieur et en avant ! Enfin presque... On ne lifte pas une péniche comme on rénove du bâtit. Alors pour adapter l’espace à leurs envies, ils font appel à Hervé Moreau, ami d’enfance et architecte d’intérieur lyonnais : “J’ai conçu tout ça avec lui, il a une grande habitude des volumes, mais n’avait jamais fait de péniche. C’était un challenge et ça nous amusait”. Gaffe à l’iceberg quand même !!

DANS SA LUNETTE...

Une fois les plans validés, la maison sur clapotis prend la direction du chantier naval de Dijon, pour le très gros œuvre : “Ils ont tout vidé ! C’était un bloc d’acier et surtout un sacré stress de voir cette coquille vide.” La terrasse de 125m2 a pris forme et mis un peu de soleil au moral, les écoutilles ont été fermées, les plats-bords détruits pour gagner en longueur, isolation, sol et portes ouvertes sur toutes les fenêtres et Olivier récupère enfin son parquet flottant, accompagné d’un marinier, habilité à naviguer : “La barre d’ori- gine est encore là, elle date de 1929 et j’ai beau avoir le permis bateau, ça ne me permet pas de piloter des trucs pareils ! Et quand je l’ai vu démarrer le moteur à coup de masse...” Lourd, l’héritage !
De la vie à l’ancienne, le couple garde donc le gouvernail, un vieux miroir piqué, quelques hublots et une porte battante cadrée d’acajou qui faisait office d’intimité aux mariniers. Pour le reste, place au contemporain géomé- trique et à l’épuré. Et le côté oblique, Olivier, on en parle ?

ÇA BALANCE PAS MAL À LYON !

Parce qu’il ne faut pas oublier que ça tangue là-dessous ! Vous avez déjà essayé de rester stable sur un truc qui ne tient pas en place vous? : “S’il n’y a pas beaucoup de normes, il y a des contraintes plutôt amusantes. Vous voyez cette fenêtre, elle est à 33 cm au-dessus de l’eau. Il ne faut pas qu’elle soit plus basse que 30 cm au dessus, sinon l’eau pourrait rentrer ! Mais quand vous imaginez votre péniche, vous n’avez aucune idée de son enfoncement dans l’eau, puisque tout dépend de ce que vous mettez dedans, matériaux compris ! On a dû choisir de quel côté on voulait que la douche coule, le plaquiste a dû tout faire au fil de plomb comme au 19e ! Cet été, quand on a mis les pots de fleurs – ok, un peu gros les pots – on n’a pas fait gaffe et on n’a pas équili- bré à chaque bord. Résultat : l’embarcation a fini penchée !!! C’est toute une histoire !” Ah oui, c’est funky, oui !

ÇA CASSE DES BARRES...

Et ça tombe bien. Parce que si Olivier et Christilla aiment le design et les volumes, ils ont l’âme à la fête, même les meubles ont la bougeotte pour pouvoir danser. Une cuisine ouverte sur les festivités, des chambres avec vue et le champ libre, l’essentiel est donné à la maîtresse des lieux : la lumière. Des appliques noires et dorées en guise de plats-bords, deux puits rectangulaires et des ouvertures rajoutées inondent les lieux. Aligné, au carré ou millimétré, si tout est parfaitement mathématique et imbriqué, le couple réchauffe l’ambiance bois et brut avec une cheminée design réconfortante, fauteuils et touche color déco, peintures d’artistes éclatées sur les murs, du lin nature pour les drapés. Je ferais bien une petite escale pour rêvasser pleine vue sur la Saône, mais il est l’heure pour moi de laisser Olivier à la préparation des foies gras et sau- mon fumé, ça sent la bringue, j’avais raison, la croisière s’amuse au bout du ponton.

 

+ d'infos : Facebook -Serendipity Lyon

photos : Floartphotography