barrez-vous !

maisons d'hôtes
drôme, café soie

par Estelle Coppens - 12 mars 2020

un instant à soie

COMME SON NOM NE L’INDIQUE PAS, LE CAFÉ SOIE EST UNE MAISON D’HÔTES QUI ABRITE UN CAFÉ. OU L’INVERSE. TOUS DEUX ONT PRIS PLACE DANS UNE ANCIENNE MAGNANERIE DU CENTRE MÉDIÉVAL DE CREST, DANS LA DRÔME. EN ADOPTANT LES CODES DES GRANDES VILLES. VISITE ET RÉCIT DE LA GREFFE.

"Magnanerie", le mot pourrait décrire l'art d'être magnanime. Il s'agit en réalité du local dans lequel on faisait jadis l’élevage du ver à soie. D’où le nom de ce café urbain blotti dans une rue pavée, surplombé par quatre chambres d’hôtes jolies, jolies. “Un lieu de vie pour voisins et voyageurs”, suivant la formule de ses artisans. Simplicité coquette et esprit bohème, le Café Soie a également le mérite d’attirer l’attention sur Crest, ville méconnue entre Vercors et Provence, dans la Drôme, dont on découvre des paysages moins manucurés que ceux des champs de lavande. On doit cette adresse récente à Laure Barlet et Thierry Roche, Parisiens par le boulot 12 ans durant. Laure y a enchaîné les postes dans la communication, tandis que Thierry co-fondait la brasserie La Goutte d’or, à Barbès. “On fait partie de ceux qui refusent de poursuivre leur vie dans des métropoles. Qui savent que ce qui sera peut-être perdu en revenus sera gagné en qualité de vie.” L’idée n’est cependant pas de s’isoler et le tandem souhaite, pour sa reconversion, rester à portée de TGV. Leurs recherches ciblent le 26, département le plus bio de France, d’autant que Thierry est originaire du Vercors. Laure pour sa part a grandi dans le Sud-Ouest, mais a de la famille à Lyon.

BOHÈME 2.0

Le coup de cœur pour la bâtisse élancée du centre historique, déjà transformée en maison d’hôtes par les proprios précédents, confirme leur intérêt pour Crest, aux portes du Parc régional du Vercors et de ses montagnes. Huit mois de travaux plus tard pour mettre les espaces à leur main, y glisser une cantine caféinée au rez-de- chaussée, Soie a tissé son cocon. La maison s’organise autour d’un escalier central qui craque, ponctué de photos et de livres. Côté gauche, les appartements privés. Côté droit, partageant le même palier, les chambres réservées aux voyageurs qui s’empilent, elles aussi, les unes au-dessus des autres. Quatre chambres mixant pièces chinées et neuves, toutes différentes dans leur humeur, leur agencement. Toutes en éco- rénovation, ce qui fait dire aux deux néo-ruraux “ici, vous pouvez lécher les murs !” Mais ce serait dommage, quand on sait que juste en bas, on peut commander des petits plats à forte tonalité végétale, du cake panais-noix glaçage orange-anis, par exemple. Laure est le genre de femme curieuse de tout, au verbe précis, volontaire, avec un goût sûr. A Paris, elle avait pour habitude de fréquenter les coffee shops. Crest n’en possède aucun. Elle créera donc le sien. D’autant qu’au détour d’un espresso entre deux réunions dans la capitale, le patron lui parle d’un torréfacteur de talent établi dans le sud. Oui, à Crest... “Un signe”, avance-t-elle. C’est cet arabica, celui de la Kaffa Roastery que l’on retrouve dans les tasses de Soie. Goûter à un aussi bon cappuccino au réveil, en descendant de sa nuit, constitue un luxe rare et un incontestable avantage lié à l’originalité de la formule café-maison d’hôtes.

 

SOIE AIME TISSER DES LIENS...

Tout n’était pas gagné d’avance. Soie se situerait dans une grande ville, rien n’interloquerait. Sauf que Crest affiche 8 500 habitants au compteur. “On est arrivés un peu comme un ovni, avec un petit temps d’avance sur l’évolution des modes de consommation. Il a fallu éveiller la curiosité des locaux qui ne comprenaient pas ce que l’on proposait. En l’occurrence, du circuit-court qui écume toute la région pour magnifier le local, du 100% veggie, beaucoup de bio, en plus du café de spécialité...”

L’ardoise cite, non pas l’habituel gratin de ravioles, mais des salades-bol, “ça ne leur parlait pas”. Si l’offre change, elle vise à refléter les richesses d’une contrée très ouverte sur la nature, tout en conservant les codes urbains : apéros du vendredi, brunch le samedi, concerts et même un off du festival de jazz en été. Car dès le départ, Laure et Thierry avaient pour ambition d’alimenter la vie de quartier aussi.
Et la mayonnaise prend. Le spot devient un QG pour les gens du cru. Mieux, il fédère : indépendants, artistes de la friche l’Usine vivante, habitants des villages environnants... En hiver, habitués et hôtes se croisent au petit déjeuner (de compétition) qui, l’été venu, peut aussi s’engloutir sur un charmant patio. Preuve que les choses évoluent, un bar à cocktails vient de se monter, à côté. Laure, de poursuivre : “J’ai rapidement découvert qu’on était sur un territoire d’artisans, de faiseurs. Ici, on ne se demande pas ce qu’on peut faire, on le fait. Ça ouvre le champ des possibles”.

+ d'infos : http://cafe-soie.com

photos : Clémentine Gras