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Turin et la Juventus

par Emmanuel Allait - 7 mai 2019

le onze d'or de la juve

UN PALMARÈS UNIQUE, UNE CONSTELLATION DE STARS, DES MILLIONS DE TIFOSI SUR LA PLANÈTE ENTIÈRE. IMPOSSIBLE DE PARLER DE TURIN, SANS ÉVOQUER LA «VIEILLE DAME», UN CLUB MYTHIQUE PROPRIÉTÉ DE LA FAMILLE AGNELLI DEPUIS PRÈS D’UN SIÈCLE, ET DONT L’HISTOIRE ÉPOUSE CELLE DE L’ITALIE.

1- ROULEZ JEUNESSE !
Le coup d’envoi est donné en 1897 par de jeunes lycéens turinois, dont certains revenaient d’Angleterre, où le foot avait été créé une trentaine d’années plus tôt. Latinistes amoureux de la balle en cuir, ils baptisent leur petite association «Juventus», ce qui signifie «jeunesse». Un club dont l’âge plus que canonique lui vaut aussi -quel paradoxe- le surnom de «Vieille Dame».

2 - DRÔLE DE ZEBRE
La première tenue des joueurs était plutôt loufoque et peu seyante pour cavaler sur la pelouse : pantalons noirs, maillot en laine rose, cravates noires, béret savoyard sur la tête ! Pour le sex-appeal des joueurs, on repassera ! Heureusement, un industriel anglais, John Savage, s’entiche du club et lui offre une nouvelle parure, rayée noire et blanche, tout droit venue d’Outre-Manche. Un choix perspicace, car ces belles rayures permettront aux «bianconeri» d’être tout de suite reconnus sur le petit écran, lorsque la télé n’était pas encore en couleurs.

3 - FIAT LUX
Cela fait presque 100 ans que les Agnelli, propriétaires du groupe Fiat, impriment leur marque toute monarchique sur la Juve. Une continuité rassurante pour les millions de Tifosi. Dès l’arrivée de ces puissants industriels, en 1923, le club turinois change de dimension. L’équipe passe professionnelle, les joueurs deviennent des stars et dominent le Calcio. De quoi ravir la main d’œuvre de Fiat, venue largement du Mezzogiorno, et apaiser les tensions sociales. "Ce qu’on ne pardonnait pas à Agnelli la semaine à l’usine, on le lui pardonnait le dimanche au stade !", confiait un responsable syndical de l’époque. De quoi séduire aussi, à l’époque, Mussolini. Peu porté sur le ballon, le Duce comprend pourtant très vite l’intérêt politique du football, capable de rassembler les Italiens et d’unifier un pays tout jeune.

L'équipe en 1903

4 - DERBY DU MÔLE
Show chaud ! Il oppose depuis un siècle les deux équipes turinoises, la Juve et le Torino. Si la première a plutôt une image bourgeoise liée aux Agnelli, la seconde revendique un esprit plus turinois et plus «populo». Un antagonisme social qui se double d’une rivalité historique, puisque le «Toro» a été créé en 1906 par des dissidents de la Juve. Après des débuts tonitruants, les «granata» sont stoppés nets par une tragédie dont le club ne se remettra jamais vraiment. En 1949, l’avion qui transporte l’équipe percute la basilique de Superga, à Turin, décimant 31 personnes, dont le staff et tous les joueurs.

5 - TIFOSI
Si le club fétiche des Turinois est plutôt le Torino, la popularité de la Juve a une dimension plus universelle, ce qui en fait son originalité. Soutenue par plus de 12 millions de Tifosi, dans toute l’Italie, du Nord comme du Sud, elle compterait également 170 millions de fans en dehors des frontières. Un moyen pour la diaspora italienne de maintenir un lien avec le pays d’origine. Du coup, quel que soit le stade où elle joue, une partie du public lui est acquise. Mamma mia !

6 - WE ARE THE CHAMPIONS
Outre ses 34 «Scudetti», elle est la première équipe dans l'histoire du football européen à raffler les trois coupes d’Europe. Et aussi la seule au monde à avoir remporté toutes les compétitions officielles au niveau international, après son  triomphe en coupe intercontinentale en 1985 ! Seule fausse note, une victoire au goût amer en coupe d’Europe, au stade du Heysel, en 1985, face à Liverpool. Lors du match, les affrontements et bousculades entre supporters italiens et anglais firent 39 morts et plus de 400 blessés ! Comme l’affirmait la star des années 50, Giampiero Boniperti, aussi à l’aise dans les dribble que pour dompter ses boucles blondes : "À la Juventus, gagner n'est pas important. C'est l'unique chose qui compte"

7 - LE «JUVE STYLE»
Point de tapage, point de paillettes, la Vieille Dame n’est pas le Milan AC de l’ère Berlusconi. La Juve est l’incarnation du fameux réalisme à l’italienne, un football aussi enthousiasmant qu’un jour de brouillard dans la plaine du Pô. Un mélange de rigueur, de sérieux d’efficacité et de sobriété, à l’image de la ville, avec une bonne dose d’humilité, par respect pour les ouvriers de chez Fiat, et une pointe de classe aristocratique à la Agnelli. Un subtil équilibre entre conservatisme et innovation. Dernière nouveauté, un nouveau logo qui se rapproche des marques vestimentaires et des impératifs du marketing. Ce simple «J», à la place des références identitaires historiques du club, s’est attiré les foudres des Tifosi.

8 - CARTON ROUGE
En 2018, la Juve fête sereinement son 34e scudetto, et le scandale des matchs truqués qui fit vaciller le mastodonte en 2006 semble loin. Pourtant, à l’époque, deux titres de champions retirés, une rétrogradation en série B, des stars (sauf Buffon) qui quittent le navire. L’opprobre, le soupçon, une image écornée. 12 ans plus tard, il ne reste plus rien de cet épisode douloureux.  

9 - STARS A LA PELLE
La Juve est la Voie lactée du foot ! Une pléthore d’étoiles ! D’Ibrahimovic à Zoff, en passant par Buffon, Del Piero, Boniek, Baggio ou Nedved, jusqu’à Ronaldo aujourd’hui, beaucoup de champions se sont habillés en blanc et noir. L’astre le plus brillant est sans doute Boniperti, légendaire en Italie, et bizarrement inconnu ailleurs. Joueur charismatique au physique de dieu grec, recordman des buts marqués par la Juventus pendant 40 ans, il devint ensuite président du club, puis député européen.

10 - IL FRANCESE
Parmi les 17 joueurs français qui ont porté les couleurs de la Juve, comme Deschamps, Zidane, Trézéguet, ou Thuram, Michel Platini (1982-1987) occupe une place à part. Meneur de jeu exceptionnel, ce fils d’immigrés italiens, a été élu «meilleur bianconero du XXème siècle» par les Tifosi. 3 fois meilleur buteur du Calcio, 3 fois ballon d’or, notre Platoche national a profondément marqué de son empreinte la Vecchia Signora. What else ? Admiratif, Gianni Agnelli comparait le virtuose de la balle au danseur Nijinski et au torero Manolete. La classe, non ?

11 - MUSEE
Il suffit de pousser ses portes, sur le corso Gaetano Scirea, pour entrer dans la légende. Les stars, l’impressionnante collection de trophées, tout y est ! Situé dans le nouveau stade ultra moderne construit en 2011, et consacré à l’histoire du club, il fait déjà partie des 50 musées les plus visités d’Italie. Le mythe continue !