bouclez-la !

bhoutan's train !

par Magali Buy - 9 juil. 2018

erik sampers au bhoutan

Bien au chaud entre l’Inde et la Chine, le Bhoutan nous invite au voyage. Destination coup de cœur d’Erik Sampers, photographe et grand reporter primé au world press photo 2018, ce petit bout de terre est connu pour sa politique du bonheur national brut. Une escale, ça vous dit ?
Erik Sampers

Prenez un coucou, une dose d’espoir et attachez votre ceinture... à l’arrivée, ça va décoller ! Pas de temps à perdre et dépaysement garanti, Erik rentre direct dans le sujet : “En 1992, la première fois que j’ai mis les pieds à l’aéroport, c’était une guérite plantée au milieu des montagnes et c’est tout. 15 ans après, c’est un peu moins sommaire, mais toujours aussi escarpé, très peu de pilotes y ont accès tellement ça pique du nez, faut vraiment pas se rater !”

Atterrissage sous contrôle, lot de surprises et recoins secrets en vue, en chemin !

Locaux motiv'

Une unique route tortueuse traverse le pays et vous conduit à Tim Phu, la capitale, où tout reste volontairement rudimentaire : “Avant 1974, le Bhoutan était fermé au tourisme et au monde extérieur. S’il reste encore peu accessible, il s’adapte un peu, mais offre surtout le luxe de vous parachuter cent ans en arrière, hors de tout schéma. L’important ici n’est pas la richesse financière, mais le bonheur. L’ancien roi Jigme Singye Wangchuck l’a même fait inscrire dans la constitution, leur PIB, c’est la nature et la religion, c’est vraiment unique.”

Jeans interdits il y a encore peu, internet et télévision à dose homéopathique, un seul feu rouge, cigarette interdite... tant de particularités signent cette volonté de préserver coutumes et environnement sans superflu et loin de tout excès : “C’est le seul pays qui affiche une empreinte carbone négative et qui produit plus de ressources qu’il n’en consomme. Le panorama est exceptionnel, les forêts et parcs nationaux sont intacts et prédominent, rhododendrons en masse et végétation généreuse, dans les villages escarpés, il n’est pas rare de croiser panthères des neiges, tigres ou tout autre animal sensible au climat, tranquilles, en toute liberté! Tout est dans son jus, dans la simplicité même, rien que pour voir ça, ça vaut le coup de crapahuter!”

TREK GRAND VERTIGE

C’est équipé d’un cheval, d’un guide et du nécessaire de survie à la mode du coin, qu’Erik prend la route des trésors cachés loin de la capitale. Ce qui l’anime? 

L’anecdote derrière un regard, l’histoire secrète d’un sourire, la vie cachée, là, au milieu de nulle part. Prendre de l’altitude avant de cueillir l’authentique? Sacrée programme!

Habitué des treks, marcher des jours entiers ne lui fait pas peur, plus il avance, plus la déconnexion est totale : “On a fait trois jours de marche et on est arrivé dans la vallée de l’Aya, un microcosme fabuleux au cœur des montagnes. En pleine autarcie, ils font tout eux-mêmes. Ils vivent dans des maisons sommaires avec des décorations en bois somptueuses, battent le riz, élèvent des yacks. Les femmes portent de drôles de chapeaux coniques avec une petite pointe pour être en connexion avec le ciel, tissent les vêtements... C’est un autre monde! Je me souviens des enfants qui partent le matin le ventre vide et attendent d’être à l’école pour dévorer le bol de riz de la journée. Je me rappelle aussi du petit-déjeuner des plus adultes, du riz au piment - ou plutôt l’inverse! - accompagné d’une tasse de thé au beurre de yack. Dépaysant, mais parfois raide! Ils vous accueillent à bras ouverts, il faut faire honneur, mais c’est tellement épicé que c’est souvent immangeable! Mémorable... En somme, ce sont des gens heureux, qui se contentent de ce qu’ils ont et qui vous offrent sourire et belle leçon de vie. Si pour vous, c’est du folklore, pour eux, c’est la vie.”

Et question folklore, ils ne sont pas en reste!

GARE AUX ESPRITS !

Une fois par an, au printemps, une grande fête, le tsechu, est organisée dans les dzongs des villages, monastères bouddhistes symboles du Bhoutan : “Il faudrait voir ça au moins une fois dans sa vie, c’est sublime! Ils portent tous la kira et le gho, vêtements typiques du pays, des écharpes en soie et autres incroyables costumes. Les villages s’habillent de mille couleurs, c’est magnifique! Ça commence par un spectacle de clowns - souvent des moines -, habillés pour faire rire, qui utilisent au cours de leurs danses des phallus en bois pour énerver les jeunes femmes qui, elles, rient aux éclats. Si pour nous la connotation est évidente, pour eux, c’est la normalité. Puis, il y a les danses plus religieuses, plus spirituelles comme l’arche de feu. Plus vous franchissez l’arche en premier, plus le bonheur tapera à votre porte l’année d’après, c’est la bousculade! ”

A travers masques et rubans colorés, s’ils laissent libre cours à leur plaisir sans limite, Erik nous remet sur les rails et insiste sur l’importance de la religion et de la spiritualité, même une fois la fête finie: “Elle est partout dans leur quotidien. Emménagement, maladies, décès ou tout évènement de la vie, les moines amènent trompettes et tambours pour évacuer les mauvais esprits, attirer les bons. Des phallus sont aussi peints sur leurs maisons pour apporter fertilité, prospérité et bonheur.”

C’est Drukpa Kunley qui serait à l’origine de ces croyances. Moine un peu fou et messager des plaisirs, il serait arrivé sur un tigre volant, au 15ème siècle, dans le monastère de Taksang, apportant avec lui le bouddhisme tantrique! Protection contre le mauvaise œil, apologie des plaisirs... tout viendrait de là.

Après 4 voyages au Bouthan, Erik reconnaît : “Ce peuple en perpétuelle connexion avec la spiritualité et la nature, cette quête incessante du bonheur ne me laissent jamais intact. A chacun de mes retours en France, je me fais la promesse de suivre leur modèle, de mettre à profit l’expérience incroyable que le Bhoutan m’a offerte, mais malheureusement, ça ne dure qu’un temps...” Avant de repartir...

+ d’infos : www.eriksampers.com

Photos : Erik Sampers