bouclez-la !

carnet de voyages
- pôle nord -

par Céline Leclaire - 15 juil. 2019

nomade des glaces

LA BANQUISE NE LE LAISSE PAS DE GLACE, LES PAYSAGES GELÉS LUI RÉCHAUFFENT LE CŒUR, IL S’ENFLAMME DÈS QU’ON LUI PARLE DU PÔLE NORD... ALBAN MICHON, EXPLORATEUR DE L’EXTRÊME, PASSIONNÉ DES RÉGIONS POLAIRES ET DE PLONGÉE SOUS-MARINE, A PARCOURU L’ANNÉE DERNIÈRE LE MYTHIQUE «PASSAGE DU NORD- OUEST». UNE FAÇON POUR LUI D’ALERTER LE GRAND PUBLIC SUR LE SUJET CHAUD-BOUILLANT DU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE...
Alban Michon

"En 2015, je suis tombé sur un reportage à la télévision montrant un groupe de tou- ristes chinois en train de faire un barbecue géant avec DJ et champagne sur la banquise du Pôle Nord. Un choc... J’étais au même endroit en 2010 et c’était très différent, accessible au prix de beaucoup d’efforts à l’époque. Quelques années plus tard, avec la fonte des glaces, l’endroit est devenu abordable en brise-glace. J’ai alors voulu repartir à l’aventure pour montrer ce monde polaire qui change si vite.”

Moniteur passionné de plongée à tout juste 18 ans, il achète l’école de plongée sous glace de Tignes 4 ans plus tard. Devenu une référence dans ce domaine, il entreprend différentes expéditions (plongées sous la banquise en 2010, aventure en kayak sur la côte Est du Groenland en 2012...). Fort de ces expériences, à 40 ans, début mars 2018, il se prépare à emprunter ce fameux passage du Nord-Ouest.
Ce trajet qui relie l’océan Atlantique à l’océan Pacifique est un enjeu économique et politique majeur, permettant de raccourcir (de quelque 6000 km tout de même !) le trajet maritime actuel entre l’Europe et l’Extrême Orient. Englacé toute l’année, ce passage est emprunté l’été par les bateaux de marchandises lors de la fonte de la banquise. “A cause du réchauffement climatique, la glace fond de plus en plus chaque année. Je voulais attirer le regard du grand public sur ce phénomène qui contraint les Inuits à changer leur mode de vie et montrer ces paysages magnifiques et majestueux qui vont disparaitre...”

PÔLE D’ATTRACTION

Après une halte au village inuit de Kugluktuk, pour préparer le matériel, le tester et optimiser son rangement pour qu’il prenne le moins de place possible, c’est parti pour une traversée seul sur la glace, à pied, à ski ou même en kite. Les débuts furent très compliqués : résister au froid jusqu’à -55°, dormir dans une tente minuscule où il fait à peine -30°, être potentiellement entouré d’ours, faire attention de ne pas passer à travers la glace avec les deux traîneaux de 170 kilos... “L’homme n’a rien à faire là, il faut s’adapter. J’ai bien mis 15 jours à prendre mes repères. Au fur et à mesure de mon avancée, j’ai découvert des paysages extraordinaires, retrouvé une certaine liberté, savouré le vrai luxe d’être seul avec les aurores boréales.”
On pourrait le prendre pour une tête brûlée, mais il n’a juste pas froid aux yeux. Quoique... à force de jouer avec le feu, sa cornée a gelé pendant 3 jours ! Heureusement, grâce à une pommade ophtalmologique, tout est rentré dans l’ordre. Bref, Alban a eu très chaud !
Mais attention de pas avoir « trop » chaud non plus. Sur la banquise, il faut apprendre à ne pas transpirer, pour ne pas geler. De quoi tout de même se faire quelques sueurs froides... Pour effrayer les éventuels animaux sauvages, Alban a embarqué une carabine : “En aucun cas pour tuer, juste pour faire peur aux ours et me protéger. C’est obligatoire quand tu pars du Canada. J’ai aussi mes balises de détresse, mon pistolet d’alarme à fusée rouge... Tous les deux jours, j’essaye de donner des nouvelles par GPS, mais difficile par des températures extrêmes de charger ses batteries !”

SANG-FROID À TOUTE ÉPREUVE

Seul sur cet itinéraire, quelle ne fut pas sa surprise de croiser un jour une meute de 12 loups arctiques, à 200 mètres de lui. Après un échange de regard, chacun a poursuivi sa route... La solitude aurait pu lui faire froid dans le dos, mais ce sentiment, Alban l’affectionne tout particulièrement. “Je sais que je marche sur un fil, je ne peux pas me permettre d’être déconcentré. Toujours sur le qui-vive, c’est épuisant. Mais il faut savoir se dépasser, c’est compliqué, difficile, mais pas impossible !” Après quelque 500 km de marche, il arrive au premier village. Le temps de refaire le plein de carburant pour son réchaud, il repart récupérer son matériel de plongée et retrouver son photographe, Andy Parant de Tignes, à Cambridge Bay. Même si cela ne faisait pas partie de la finalité du voyage, c’est comme ça, plonger sous la glace depuis ses débuts dans le lac gelé de Tignes, il ne peut pas y résister ! ”Un challenge technique car mon matériel avait gelé et il a fallu que je fasse un trou dans deux mètres d’épaisseur de glace. J’ai mis 7h pour enfin me plonger dans le monde sous-marin... J’avais tout de même une mission scientifique dont l’objectif était de prélever du plancton.”

Au bout de 62 jours, Alban a dû s’arrêter. “Mi-mai, les conditions devenaient trop dangereuses avec la fonte des glaces. J’ai alors écourté l’aventure Arktic. Je suis explorateur, je n’ai pas besoin de faire un exploit.” Un an plus tard, il vient de sortir son livre « L’itinéraire d’un nomade des glaces » relatant son périple givré. Une façon de partager sur papier glacé “cette chance incroyable d’avoir été là, seul, dans le silence le plus pur qu’il soit... et de montrer qu’il est possible de vivre ses rêves. En plus, si j’arrive à passer le message de la protection de l’environnement et du changement climatique...”

 

+ d'infos : http://albanmichon.com

©Andy Parant et Alban Michon