boys boys boys...

beboobike : le vélo en bambou
éthique et électrique

par Magali Buy - 27 sept. 2018

Sortez du cadre !

Inventer un concept ? Tout un programme ! Avec sa compagne Virginia Hermida, Arnaud Chevalier s’est lancé, tête dans le guidon, dans la construction de vélos en bambou éthiques et électriques, un modèle unique en France. L’un à la technique, l’autre à la com’, à chacun son rayon !

Originaire de La Roche-sur-Foron, goût du risque et inventions farfelues sur le porte-bagages, Arnaud reconnaît volontiers un côté baroudeur, la trentaine intrépide, un peu Mc Gyver à toute heure. Créer un bain nordique dans une ancienne cuve à vin ? En voilà une d’idée saugrenue ! Et même si elle a déraillé, il fallait oser !

Toujours à l’affût du moindre challenge, sensibilité à fleur de peau à peine dissimulée, depuis son premier tricycle, rien ne lui fait peur.

A l’autre bout du tandem, Virginia, 36 ans, mène d’un côté, carrière professionnelle dans le marketing publicitaire et de l’autre, développement de leur petite entreprise. Cadrée et plus expansive, on tombe sans conteste sous le charme de son accent espagnol prononcé, exotisme qui nous invite déjà au voyage. Allons voir ce qu’ils ont sous la pédale !

Activmag : d’où vous vient l’idée d’un vélo éthique ?

Arnaud : C’est une longue histoire. J’ai toujours aimé faire du vélo, c’est une vraie passion. Il y a une dizaine d’années, je suis parti avec un ami, sur un coup de tête, faire Annecy Istanbul à vélo. Le vélo-voyage a une telle saveur… Mais, pendant notre périple, j’ai été effrayé de voir que certains pays européens, pourtant proches de l’Union, pouvaient encore être si peu développés et aussi rudimentaires par endroits. Passer une frontière comme celle de l’Albanie et voir tout ce décalage, c’est déroutant… En rentrant, je me suis dit qu’il y avait sûrement une manière d’apporter de l’eau au moulin des plus démunis, même à petite échelle.

Quel rapport avec votre concept ?

Je voulais trouver un moyen d’associer l’utile à l’agréable, combiner mon intérêt pour le vélo tourisme, à un geste humain et responsable. En 2009, soutenu par Virginia, je suis allé au bout de ma démarche, j’ai entamé une formation de solidarité internationale à Bioforce, une école humanitaire proche de Lyon. Une fois finie, j’ai mixé le tout ! Vélo, création, impulsion et sensibilité, je me suis longuement trituré les méninges et l’idée a germé ! J’ai commencé à faire un prototype dans mon garage, il ne restait plus qu’à trouver une ONG avec qui travailler et le tour était joué… Enfin presque !

Résultats des courses ?

Après plusieurs échecs, on a conclu un partenariat avec The Yonso Project, une ONG ghanéenne qui nous permet de faire construire les cadres de vélo en bambou. L’atelier emploie des femmes qu’il rémunère et avec les bénéfices, finance des constructions d’écoles et tout un programme d’éducation. Nous reversons, nous-mêmes, une partie à une ONG ou une association locale à but caritatif. Ça paraît fou, mais l’histoire de nos vélos est bien plus importante que le profit ! Notre priorité, c’est l’humain pas l’argent !

Pourquoi ce parti pris du vélo en bambou électrique ?

Je cherchais une idée de vélo, originale et surtout différente de ce qui existait déjà. J’ai d’abord voulu tester le cadre en bois, mais j’ai vite été confronté aux difficultés, c’est bien trop lourd ! Alors j’ai fouillé un peu et me suis arrêté sur l’idée du bambou, matériau léger et bien plus souple. Pour ce qui est de l’électrique, on a tout d’abord conçu 3 modèles sans moteur, mais la demande nous a rattrapés ! Aujourd’hui, les gens cherchent de plus en plus à remplacer la voiture par un moyen de transport pratique et écologique, et souvent sur de longues distances. Le vélo électrique est parfaitement adapté, on ne pouvait pas passer à côté.

A part le cadre fabriqué au Ghana, la conception finale vous revient ?

Je dessine, je prototype et je fais assembler en Allemagne les cadres ghanéens à des pièces haut de gamme germaniques. Avec le bambou à l’état brut, chaque modèle est forcément unique, mais nécessite pas mal de réflexion sur le design, des lignes urbaines aux plus touristiques, tout dépend de l’utilité qu’on lui donne. Mais il faut être honnête, nous n’avons pas inventé le concept de base. Nous, nous nous différencions par le côté éthique et responsable, mais surtout parce que nous sommes les seuls à proposer le modèle électrique.

Et vous Virginia, quel est votre rôle ?

Virginia : J’aime bien moins le vélo que lui, mais j’adore le tourisme et le contact humain ! Alors je lui prête main-forte dans toutes les démarches de relations publiques, de communication et m’occupe de développer l’écotourisme qui est un de nos grands projets. Je viens d’une des régions les plus pauvres d’Espagne et forcément, je suis très sensibilisée aux problèmes socio environnementaux. Mon frère, installé là-bas, s’occupe d’une guest-house qui va me permettre de mettre bientôt un pied à l’étrier. On voudrait mettre à disposition nos vélos et inviter les touristes à se déplacer le moins possible en voiture. Nous avons cette chance d’avoir un vélo équitable, nous essayons de faire passer un message à travers nos bicyclettes, à nous de convaincre.

Vous rencontrez des difficultés ?

Les vélos en bambou sont encore peu connus du grand public. Même si nous avions l’idée depuis longtemps, notre société «Beboo» est toute récente. Nous l’avons créée en octobre 2017 suite à un crowdfunding et depuis, on travaille d’arrache-pied pour se faire une place. Souvent les gens trouvent l’objet très beau, mais ont clairement des doutes sur la solidité du bambou… Alors on essaie de le faire tester au maximum ! Oui, c’est très beau, mais c’est surtout très costaud, plus flexible et moins lourd qu’un vélo traditionnel ! Au quotidien ou en voyage, c’est une affaire qui roule !

+ d’infos :
beboobike
.com
facebook.com/beboobike/