boys boys boys...

chez papa, chez maman, l'alternance ? ça balance !

par Magali Buy - 20 juin 2019

mon fils ma bataille

L’IDÉE D’UNE GARDE ALTERNÉE FAIT FIGURE D’ÉLÉPHANT DANS UN MAGASIN DE PORCELAINE QUAND ELLE APPARAÎT EN 1970. LA MÈRE À LA MAISON, LE PÈRE AU TRAVAIL, QUAND ARRIVE UNE SÉPARATION, C’EST UN BEAU TINTAMARRE ! ALORS IMAGINER PAPA AU « BOULOT, FOURNEAUX, DODO » UNE SEMAINE SUR 2, QUAND SUR LE PAPIER IL NE SAIT MÊME PAS CUIRE DES OEUFS… C’EST LE MONDE À L’ENVERS !

Il en aura fallu des années pour le remettre à l’endroit et réveiller les esprits. Le 4 mars 2002, la loi officialise ce mode de garde enfin légitime : « La résidence de l’enfant peut être fixée en alternance au domicile de chacun des parents... » Si c’est une victoire pour les pères, de là à dire qu’il est à la mode, c’est une autre affaire. Entre 2003 et 2012, le nombre de décisions de justice en faveur de la résidence alternée a certes doublé, mais pour n’atteindre que 17% en 2015. Et si les mentalités s’ouvrent et font un bond considérable en à peine 15 ans, elles restent encore fragiles. En 2016, 400.000 enfants vivent au rythme de l’alternance, pour le reste, la garde exclusive maternelle reste la grande championne... Ça vous étonne ?

PAPA OÙ T’ES ?

Au regard de la loi, c’est kif-kif, les pères et les mères ont autant de droits et de devoirs ! Alors quand vient l’heure d’une séparation, les cerveaux bouillonnent: avec nos têtes blondes, on fait quoi ? S’entendre et choisir la solution la plus stable pour l’enfant, saisir un juge aux affaires familiales (JAF) pour trancher si besoin, ou s’arracher les cheveux pour voir qui gagne !
Dans le cadre d’un divorce, c’est plus radical. Passage obligatoire devant le JAF, garde alternée, garde exclusive ou encore fractionnée, c’est lui qui grille des neurones et décide. “Je pense qu’il faut systématiser la résidence alternée, même quand c’est conflictuel, parce que tant qu’il y a à gagner ou à perdre, ce sera toujours la bagarre et c’est l’enfant qui trinque au milieu. Si c’est directement tranché, ça s’apaisera toujours”, soutient Régis Fort, responsable Alpes Drôme pour l’association SOS PAPA. Pour lui, c’est LA solution! Privé de voir sa fille depuis des années, il s’investit auprès de pères, apporte soutien et conseil lors des procédures, son constat est sans appel : “devant la justice, les pères sont en permanence discriminés. Dès qu’il y a désaccord, c’est la maman qui a gain de cause !”.

PAROLE, PAROLE...

Maryline Texier, médiatrice familiale (DE à l’EPE d’Annecy), côtoie elle aussi ces pères: “J’en vois qui doivent parfois se battre pour obtenir un droit de visite même minime. Beaucoup de mamans pensent qu’elles sont meilleur parent, qu’elles ont le pouvoir, qu’elles peuvent décider seules. Certaines vont loin en se servant de tout stratagème possible pour arriver à leurs fins, jusqu’à de graves accusations, c’est horrible ! Mais vous avez aussi des mamans dans l’inquiétude, parce que les papas ne se sont jamais vraiment occupés des enfants, celles pour qui le lien est viscéral et la séparation impossible sans s’effondrer. Et côté papa, il faut rester prudent, certains ne réclament rien et ne sont pas présents, il ne faut pas généraliser.
C’est là le cœur de son métier. Conseillée par le Greffe ou ordonnée par le JAF, la médiation propose aux parents en situation conflictuelle, de trouver des solutions à l’amiable avant jugement. “Mon rôle est de leur permettre d’avoir les mêmes droits, de les mettre en place dans l’apaisement. Je ne prends pas partie, mais c’est très compliqué pour les papas, ils ont un vrai combat à mener et ne sont pas toujours aidés. Alors, j’interviens avant, pendant et après la séparation ou le divorce. Et parfois, in fine, on trouve des accords, toujours dans l’intérêt de l’enfant. Et quand les parents font le distinguo entre le conjugal et le parental, on y arrive.”
Et si une petite moitié des médiations aboutit, pour le reste, c’est la guerre au parquet !
 

ALLÔ MAMAN BOBO...

Pour Cécile Voisin, Juge aux Affaires Familiales au tribunal de Grande Instance d’Annecy, il s’agit de rétablir les choses : “Quand on dit que les mamans ont le plus souvent la garde, c’est sans doute vrai, mais c’est aussi parce que la résidence alternée n’est pas demandée systématiquement (ndlr : 25% de demande en 2016), que certains papas très investis estiment que les enfants sont bien chez leur maman, c’est encore un mode de pensée très présent.”
Mais quand conflit il y a, il n’existe ni solution miracle, ni règles fixes. Il s’agit de décisions humaines, pas de jouer au loto, et si la loi s’impose, la sensibilité du juge pèse aussi dans la balance : “Il n’y a rien d’inscrit dans la pierre. Pour moi, la priorité, c’est l’enfant. De plus en plus de parents viennent en revendiquant leurs droits. Ils en ont, mais ils ont surtout des devoirs, le premier étant d’aller dans le sens de leur enfant, de le protéger. Malheureusement, les parents peuvent arriver à tant de haine entre eux, qu’ils ne sont plus en capacité de voir ce qu’il y a de bien. Heureusement, certains se séparent et s’entendent et ne passent même pas par nous!”.
Paul est de ceux-là : "j'ai deux enfants que je garde 3 jours par semaine, leur maman 4. Nous les avons toujours priorisés malgré les différends d’adultes et ça fonctionne très bien. Il ne faut pas oublier qu’ils vivent déjà une séparation, inutile d’en rajouter avec nos ego !”.

KRAMER CONTRE KRAMER

Et en parlant d’ego, quand chacun dit moi ! Moi ! MO I! On fait quoi ? Pas le choix, le JAF toque alors à la porte et rentre dans votre intimité. Il doit tenir compte des situations de chacun, professionnelles, familiales et personnelles... du lieu d’habitation, de l’environnement, du temps disposé pour l’enfant, mais également de la relation qu’il entretenait avec chacun d’entre eux avant la séparation. Qui s’occupait de lui en priorité? Comment ? “Quand les parents veulent la garde, ça ne fait pas tout. Il faut un dossier étoffé avec des justificatifs, autrement comment voulez-vous qu’on discerne le plus adapté ? Si l’enfant a moins de 3 ans, pour une question de construction, je ne suis pas pour la résidence alternée. Mais si on me justifie que l’investissement était le même des deux côtés, voire plus du papa, je n’ai aucun a priori”, précise Cécile Voisin. C’est le cas de Tom, 35 ans, qui a obtenu la garde de Louis suite au départ de sa compagne dans le sud de la France: “mon ex est partie avec notre fils de 2 ans et demi, se rapprocher de sa famille. Je le voyais de temps en temps, mais je n’étais pas d’accord qu’on nous sépare. J’ai proposé de trouver une solution plus proche, elle a refusé. J’ai alors saisi un JAF, ça n’a pas été de tout repos, sa mère a tout fait pour me déstabiliser, mais la relation proche que j’avais avec mon garçon, l’environnement stable dans lequel il était, et le fait qu’elle partait sans penser à l’intérêt de l’enfant, m’a valu la garde principale. Malgré tout, j’ai toujours entretenu le lien avec sa maman pour le bien-être de mon fils et je continue encore.”

PAPA ALLÔ ?

Mais parfois, ils ont beau se battre, la chute est terrible. Nombreuses sont les histoires que Régis Fort entend chaque jour, comme celle d’Yves Ugo qui n’a pas vu sa fille depuis 25 ans. Marié très jeune, papa à 24 ans, sa fille a 4 ans quand sa femme part, le début pour lui d’une longue bagarre. 8 ans pour divorcer, toujours une bonne excuse pour non présentation d’enfant : “Quand j’allais la voir, elle était tout le temps malade. Quand je la faisais venir, je l’attendais à l’aéroport et elle n’arrivait jamais. J’ai failli mourir de chagrin.” Epuisé de savoir sa fille ballottée et utilisée pour monnaie d’échange, il a choisi de quitter le pays et de libérer son enfant du conflit en 1994. Depuis, il est rentré à Annecy et n’a jamais revu son enfant.
Chaque histoire est unique, complexe et sensible. Les abus existent, certaines mères arrivent à contourner les choses pour interdire aux papas de voir leurs enfants, certains papas mentent pour avoir gain de cause, et les mères sont aussi décrédibilisées pour rien. Mais aux yeux de la justice représentée ici par Cécile Voisin : “Il faut que les papas se rassurent, il n’y a, à mon sens, pas d’a priori sur l’importance d’un parent en faveur de l’autre, ce n’est pas vrai. Les parents sont complémentaires dans l’éducation de leurs enfants, il s’agit juste de savoir comment était organisée la vie de famille avant la séparation, pour agir toujours, dans l’intérêt de l’enfant.”