boys boys boys...

Henri Dès, daddy cool, poule ou full ?

par Mélanie Marullaz - 19 juin 2019

point de re-père

PAN PAN PAN, QUI EST LÀ ? C ’EST LE PAPA DE LA PETITE CHARLOTTE. ON LUI ATTRIBUE AUSSI LA PATERNITÉ D’UN PETIT ZINZIN, D’UN GROS LOUP, D’UN FANTÔME, D’UNE FLOPÉE DE POULES ET D ’UNE TRENTAINE D’ALBUMS DE CHANSONS POUR ENFANTS. MAIS LE CHANTEUR SUISSE HENRI DÈS AURAIT-IL ÉTÉ AUSSI INSPIRÉ S ’IL N’ÉTAIT LUI-MÊME PÈRE, EN CHAIR ET EN GOSSES ?

Un public en liesse, sautant en rythme et reprenant à tue-tête : « on ne verra jamais, mais, mais, on ne verra jamais »... Il s’agit bien d’un concert d’Henri Dès. Sauf que, dans la fosse des Docks de Lausanne ce soir, pour applaudir ses classiques, il n’y a ni doudous ni bonnes joues, mais une horde de trentenaires électrisés par les airs qui ont bercé leur enfance. Electrisés, c’est le mot. Sur scène, la guitare bientôt octogénaire est en effet musclée par l’énergie rock et loufoque de Ze Grands Gamins, le groupe de son fils Pierrick, casque blanc et lunettes vertes derrière la batterie. Après lui avoir consacré un livre en 2007, Pierrick sort cette année un album de reprises des toutes premières chansons de son père, du temps où celui-ci s’adressait aux adultes.
C’est pour lui qu’Henri Dès, alors jeune auteur, écrit ses premières comptines au milieu des années 70. On entend d’ailleurs sa petite voix sur le 1er album, «Cache Cache », puis c’est sa sœur Camille, de 5 ans sa cadette et plus discrète, qui prend le micro auprès de leur père. Dans les premiers temps, les médias passent un peu à côté de cet univers doucement écolo, mais, à une époque où les mégas stars Dorothée et Chantal Goya sont en perte de vitesse, c’est un raz-de-marée chez les parents et enseignants. 50 ans de carrière, 93 Olympia et une quinzaine de disques d’or plus tard, l’homme à la moustache est toujours sur scène, version solo ou métal. Il nous a reçus chez lui, dans un petit village au-dessus de Morges avec vue sur le Léman et le Mont-Blanc, pour parler paternité.

Activmag : dans la chanson « Le vieux cheval », dont vous reprenez un couplet avec votre fils Pierrick sur son album, vous évoquez votre père. A-t-il été un modèle pour vous ?
Henri Dès :
je suis plutôt une espèce de mélange entre ma mère et mon père, que j’ai perdu à 17 ans, mais je le sentais comme quelqu’un de posé, de réfléchi, d’intelligent. Ma mère, elle, était très instinctive. Il était l’intellect, elle était le ventre. Ils tenaient un salon de coiffure/pédicure, y étaient tout le temps ensemble, mais avec quand même une répartition des rôles traditionnelle, que j’ai reportée sur notre façon de faire. Mon fils me dit que j’étais donc un père à l’ancienne, un peu macho, qui ne faisait pas les langes ou la vaisselle... Je faisais mes chansons. Mais j’avais établi des conventions avec ma famille : je leur avais promis que je ne partirais jamais plus de 10 jours par mois, du vendredi au dimanche de la semaine d’après, ce que j’ai toujours respecté - sauf quand je suis parti au Canada -. Pendant ce temps-là, Pierrick faisait chevrer sa mère, mais j’ai une autorité très calme et très solide, je remettais les choses en place à mon retour.

Etiez-vous prêt à devenir père ?
La paternité, je l’ai attendue longtemps... Avant les enfants, nous avons vécu une bonne dizaine d’années de manière très précaire à Paris. Ma femme faisait du secrétariat et moi le pied de grue devant les cabarets. Il n’était donc pas possible de fonder une famille dans cette situation, une fois qu’elle a été un peu meilleure, on se l’est permis.

Henri Dès entouré de son fils Pierrick, à gauche, et de Raphaël Ortis à droite, du groupe Ze Grands Gamins

Vous êtes vous senti père tout de suite ?
J’ai assisté à l’accouchement, le docteur m’a même prêté sa caméra. Ça m’a impressionné, mais je suis venu et je ne suis pas tombé dans les pommes ! C’est vrai que le rapport charnel est plutôt avec la maman quand ils sont tout petits, mais il s’est créé une vraie relation, comme une évidence, quand Pierrick est arrivé à parler, qu’il a commencé à chanter avec moi. J’avais mon bagage d’auteur, je commençais à savoir un peu écrire des chansons et j’en ai écrit 2-3 pour lui. Il les chantait tout le temps, j’ai donc trouvé un vieil appareil pour enregistrer sa voix avec la mienne, dans le grenier, ce qui a donné un 45 Tours puis un album, « Cache Cache ». On en avait tiré 2000 pochettes et 1000 vinyles, mais il s’est vendu à 200 000 exemplaires ! Pierrick est donc à la base du processus de création, à la base du projet des Grands Gamins et maintenant, il reprend mes chansons... Enfant, Camille a aussi été dans le même processus, elle a également fait 5 ou 6 disques avec moi.

Vous demandiez leur avis, leur faisiez « valider » vos chansons ?
Je les faisais écouter d’abord à ma femme, puis à mes enfants, mais je n’ai jamais demandé leur avis. Par contre, je les observais beaucoup. C’est leur petite vie, leurs bagarres, leurs rigolades, qui m’ont inspiré.

Garçon et fille, les avez-vous élevés différemment ?
Evidemment, on ne réagit pas de la même façon, surtout qu’eux, ils étaient totalement opposés. On disait qu’ils étaient un œuf, l’un le jaune, l’autre le blanc, et encore maintenant, il y a des choses qui les séparent vraiment et qu’il faut lier. Petits, ils jouaient de la même façon, après, devenus ados, leurs intérêts ont divergé. Pierrick était un peu plus bousculant, un peu plus difficile, mais on n’a pas senti cette difficulté avec Camille.

Y’a-t-il des choix de vie, qu’ils seraient susceptibles de faire, qui vous décevraient ?
S’ils étaient homo par exemple ? Et bien qu’est-ce qu’on fait ? On accepte. J’aurais été surpris, mais je n’aurais pas fait la guerre... Et pour tout le reste, on ne peut pas sans arrêt être derrière. Ma fille a toujours été sur des rails. Pierrick, lui, c’est une espèce de Janus, diable et dieu à la fois, à la recherche d’excès, ça bouscule les gens de le voir faire, encore maintenant. Mais je considère que c’est sa vie, que le cordon est coupé, alors je ne vais pas le sermonner. Je suis assez calme, et je me suis toujours dit que la seule façon de garder un lien fort, c’était de rester en bons termes. Quand il a quitté la maison, à 17 ans, il a dit : « je veux partir parce que tu as changé, tu es devenu con ». Je lui ai répondu qu’à mon âge, on changeait moins qu’au sien, que c’est lui qui changeait. Et j’ai dit : « ok, je te cautionne pour un studio, mais si tu ne le paies pas, tu te débrouilles ». Il l’a fait et au bout de 4 mois, nous a écrit une lettre d’amour magnifique, s’est excusé. Avec la transition de l’adolescence à la réflexion, ça lui avait sauté aux yeux. C’était risqué, mais on lui a fait confiance.

Vous vous voyez plutôt comme un père copain ou autoritaire ?
Ni l’un ni l’autre, je suis peut-être un peu entre les deux : je pose des barrières, mais je suis très proche de mes enfants par la discussion. De toute façon, que ce soit dans ma vie personnelle ou professionnelle, je suis en permanence à la recherche d’équilibre.

Le dernier moment complice avec eux ?
Samedi soir dernier, sur la scène des Docks de Lausanne avec Pierrick, si c’est pas complice, ça ? En plus on tourne un film, on improvise ensemble, on se fâche pour de faux... Avec Camille, depuis le décès de ma femme, Marie-Josée, il y a une année et demie, on est très proche, on se voit souvent. Elle avait tellement peur pour moi, d’ailleurs, qu’elle m’a tout de suite pris en main et m’a emmené avec elle en Afrique du Sud, pour me sortir de cette noirceur.

Avec le recul, y’a-t-il des choses que vous auriez pu faire mieux, en tant que père ?
Forcément. Ce serait prétentieux de dire le contraire. Quand on fait quelque chose, on ne sait que beaucoup plus tard qu’on s’est trompé. Mais j’aurais peut-être pu faire pire aussi. Je pense que j’ai réussi avec mes enfants, et le mariage aussi. Nous étions très proches avec ma femme et nous avons fait en sorte que notre famille ne soit pas éclatée. Aujourd’hui encore, on peut aller à pied chez l’un et chez l’autre. J’ai toujours consacré autant d’espace à ma famille qu’à ma vie professionnelle, ce qui n’est pas toujours le cas dans ce métier. Et quand je vois ma fille avec ses ados, ouverts aux choses, ça vient d’elle bien sûr, mais un peu de nous aussi, on a quand même dû transmettre ça.

 

+ d’infos : www.henrides.net
Prochains concerts :
14 juin à Arnex sur Nyon (CH) : concert punk trash avec Ze Grands Gamins
15 et 16 juin à Morges (CH) : spectacle en Famille au Diabolo Festival
29 juin à Le Levron (CH) : concert punk trash avec Ze Grands Gamins au St Jean Rock Festival
11 août à Payerne (CH) : spectacle en solo

©Daniel Balmat, Medhi Benkler