boys boys boys...

Jean-Luc et Morgan, daddys cool, poule ou full ?

par Magali Buy - 18 juin 2019

deux hommes & trois couffins !

QUAND ON EST DEUX HOMMES ET QU’ ON N’A PAS D’UTÉRUS, DEVENIR PARENT, C’EST UN VRAI RÉBUS . ADOPTION, COPARENTALITÉ OU GESTATION POUR AUTRUI, JEAN-LUC BOYER ET MORGAN LOMENECH EN ONT BRAVÉ DES MONTAGNES AVANT DE GOÛTER À LA PATERNITÉ. NÉS DANS UN MOUCHOIR DE POCHES , LOÏS, LOU ET LÉO PARTAGENT AUJOURD’HUI LEURS DEUX SUPER PAPAS ET NA !

Jean-Luc veut être père, c’est dans ses tripes, impossible de voir la vie autrement. Des femmes, il en a connu, mais quand ça l’fait pas, ça l’fait pas, comme on dit. Alors quand il rencontre Morgan à tout juste 30 ans, il est déjà droit dans ses baskets, sait ce qu’il veut et qui l’aime le suive ! Morgan, lui, a 25 ans et... des enfants, là tout de suite maintenant, c’est un peu hors sujet. Les deux hommes croquent un petit bout de chemin avant de remettre l’idée sur le tapis, et c’est parti mon kiki, ils s’engouffrent dans la tempête, armés comme jamais ! Jean-Luc aux manettes, entre rigolades et coups de gueule en cascade, nous raconte leurs péripéties, attention émotions garanties !

FÉCONDATION IN TUTOS !

“On a commencé à se renseigner sur les différents pays, la législation, les contraintes, et toutes les possibilités d’avoir un enfant. On a d’abord pensé à l’adoption, avant de se rendre compte que c’était difficile, voire impossible pour des couples de même sexe”. Alors ils envisagent la coparentalité, se mettent à la recherche d’une femme partante, comme eux, pour l’aventure ! Certaines ne trouvent pas d’homme pour mari, d’autres sont homosexuelles, et plutôt que de renoncer à la maternité, autant s’entendre non ? L’éducation, les charges, la garde sont alors partagées et si ça paraît simple dans l’énoncé, en réalité, c’est bien plus compliqué.
“Il y avait toujours un problème concernant la répartition, l’éducation, selon notre vision en tout cas. Ce n’est pas un projet qui se décide à la volée, c’est pour la vie qu’on signe, il faut être sur la même longueur d’ondes. Morgan me disait : c’est déjà compliqué d’être en couple, ça va être compliqué d’être parents, s’il faut encore gérer les états d’âmes de personnes extérieures, je préfère payer et passer par une GPA.” Et c’est reparti pour un tour de girouette, ils regardent partout et s’effarent : 100 000 à 150 000 euros pour avoir un enfant, les deux hommes tombent des nues. “Ethiquement, ça me posait un problème de dépenser autant d’argent pour être père, on ne fait pas son marché ! Et comment j’explique une chose pareille à mon enfant, après ? Et pour couronner le tout, quand j’ai su que la mère porteuse touchait une infime partie, au profit de médecins, avocats et autres intermédiaires qui s’en mettent plein les poches, ça a clos le sujet.”

LES VACANCES DE L’AMOUR...

Le couple décide de mettre sur pause ses investigations et s’envole prendre l’air sous le soleil mexicain. Et là, surprise! Google leur sert la vie sur un plateau : “Je me souviens de ce moment où sur mon écran, apparaît un bandeau qui fait la promo de la GPA dans l’état de Tabasco, là, au Mexique ! J’étais tellement étonné de voir que ce pays si conservateur l’autorisait depuis 20 ans ! Pas besoin d’avocats, un acte notarié suffit, la notion de mère de substitution est dans les droits civils, c’est altruiste, sans aucune transaction financière”. Le couple ne perd pas une minute, rencontre une famille avec qui ils parlent projet et valeurs, une famille qui les aide à faire les premières démarches. Et quand tout roule comme sur des rails, pas de raison que ça déraille, non ?
Ils font la connaissance de Loréna, mère porteuse, c’est le coup de cœur ! Pas d’ambiguïté, elle fait don de son corps (mais pas de ses ovules) et explique que dans la Bible, il y a deux mères porteuses et que pour elle, qui a déjà trois enfants, il est merveilleux d’aider ceux qui ne le peuvent pas, à devenir parents. Ils trouvent une donneuse d’ovules : y’a plus qu’à ! Et Walt Disney de conclure : « ils deviennent pères et tout est bien qui finit bien ! » Mais les contes de fée, ça ne marche que dans les livres...

NAUSÉES MATINALES...

Alors que le couple annonce la bonne nouvelle, la mère porteuse fait une fausse couche à 3 mois et c’est le drame : “Je ne dormais plus, j’ai même fait une couvade et pris 10 kilos ! Et c’est elle qui nous a consolés, nous promettant de réessayer.” Un petit changement de donneuse, et euréka, ça marche, ça marche même trop bien ! Dans le ventre de Loréna, c’est la fiesta ! 3 embryons d’un coup, panique à bord ! Les garçons sont un peu chamboulés. Mamma Mia !
Contrainte de subir une réduction embryonnaire, la grossesse finira gémellaire, sur les chapeaux de roues : “On nous a appelés un peu en avance pour assister à la naissance de nos enfants Lou et Loïs le 17 mars 2015, on est parti en catastrophe et arrivé à temps ! Morgan, le « papa » (génétique) était très ému et comptait tout ce qu’il pouvait, pour voir s’il ne leur manquait rien. C’est quelque chose de mystique, ma fille avait 8 secondes de vie quand je l’ai prise dans mes bras, elle a ouvert ses yeux, m’a regardé, il s’est passé un truc entre nous, je me suis senti père tout de suite ! J’ai changé d’identité pour le reste de mes jours.” Mais quand l’heure du retour en France sonne, c’est une autre paire de manches qui les attend !

RETOUR DE COUCHE !

Suite à des abus, à Mexico, tous les certificats de naissance sont gelés, et pour couronner le tout, le consul français les bloque : c’est la révolution !!! “Moi vivant, vous ne sortirez jamais du Mexique avec vos enfants. Ils iront à l’orphelinat.” Ça, ce sont les propos homophobes du consul ! “J’ai contacté les radios françaises et on a tapé sur le gouvernement français, les accusant de ne pas respecter la loi, qu’il n’était pas interdit de faire une GPA à l’étranger. Et on a eu gain de cause. En rentrant en France, j’ai fait pas mal d’émissions de télé, j’ai été censuré parce que j’expliquais que tout était prémédité. Que l’Etat français nous bloque, nous débloque, c’était un moyen de décourager les initiatives. A l’heure où, avec le mariage pour tous, 6000 unions avaient été célébrées, je voyais ça comme de la manipulation pour freiner les désirs de fonder une famille.”
Et vous savez quoi ? Même pas peur, ils ont remis ça ! Jean-Luc veut des enfants rapprochés et surtout de la même mère biologique (donneuse d’ovules). Et puis avoir une fratrie rapprochée, c’est pratique : on concentre couches, bib et insomnies et hop, on passe à la suite ! Morgan flippe un peu mais re-signe, pas le temps de dire ouf et c’est reparti ! Avec cette fois-ci, Jean Luc pour « papa », Léo, son petit survivor comme il dit, rejoint la tribu, le 22 décembre 2015.
9 mois à peine après les deux premiers. A eux la pagaille, mais vaille que vaille. “Ce qui est drôle, c’est qu’ils ont la même mère biologique, mais ils nous ressemblent en croisé ! Les jumeaux sont plutôt mates de peau comme moi qui ne suis pas leur papa biologique et Léo est blanc de peau avec de grands yeux bleus comme Morgan, qui lui est papa biologique des jumeaux, c’est assez exceptionnel !” ... Ah l’amour ! Aujourd’hui, les papas parisiens envisagent de s’installer à Thonon d’ici peu, sont enfin mariés, les enfants de l’un adoptés par l’autre et vice versa... Le club des 5 dans un livret de famille, en 9 ans, ça en fait du chambardement !