boys boys boys...

Jean-Michel Lain, daddy cool, poule ou full ?

par Lara Ketterer - 15 juin 2019

ses enfants pour carburant

C’EST LE NOM DE SON PÈRE QUE L ’ON PEUT LIRE EN SIGNATURE SUR BON NOMBRE DE VOITURES DE LA RÉGION… ET POUR CAUSE CE NE SONT PAS MOINS DE 500 000 VÉHICULES QUI SONT SORTIS DES CONCESSIONS JEAN LAIN DEPUIS 1966 ! JEAN-MICHEL, L’ACTUEL PDG DU GROUPE, VEILLE SUR 52 SITES , QUELQUE 1250 COLLABORATEURS ET… SUR SES 2 ENFANTS. UN PATRON AMBITIEUX DOUBLÉ D’UN PAPA PLUTÔT COOL…

Il est discret de nature, probablement plus à l’aise pour parler stratégie et développement, modèle et cylindrée, que biberon et éducation, et pourtant...
C’est dans l’une de ses concessions chambériennes que Jean-Michel Lain nous reçoit avec une simplicité désarmante. La petite cinquantaine, son regard s’anime dès qu’on en vient à parler de ses enfants... Sa fille de 24 ans vit aujourd’hui à Los Angeles et travaille dans une agence de talents, tandis qu’à 21 ans, son fils étudie à l’Université américaine de Paris, le commerce et marketing. Assurément, l’homme a la fibre paternelle.

Activmag : Comment vous a-t-on an- noncé que vous alliez être père ?
Jean-Michel Lain :
En fait, je l’ai appris de façon assez fortuite. Ma femme avait un pépin de santé et devait passer une échographie de contrôle, et c’est là que le médecin m’a appelé pour me dire qu’on l’avait hospitalisée, que le diagnostic était confirmé et qu’en plus, elle était enceinte! Je m’en souviens très bien, j’étais en voiture à ce moment-là. Je me suis garé immédiatement sur le coup de l’émotion. C’était une vraie surprise, on ne s’y attendait pas. Mais une belle surprise. J’avais 29 ans... Une annonce mêlée de joie et d’inquiétude. On ne savait pas si elle devait se faire opérer. Au final, on a choisi de repousser l’intervention après la naissance... et bizarrement, le problème s’est résolu tout seul !

Vous sentiez-vous prêt alors ?
Déjà très jeune, je souhaitais avoir des enfants, vivre cette relation. Donc, oui, j’étais prêt.

9 mois après cette drôle d’annonce, votre fille arrive...
Et là, j’ai eu la chance de pouvoir assister à l’accouchement. Je l’ai dit et le redis : c’était le plus beau jour de ma vie ! Cette émotion, c’est au-delà de tout ce qu’on peut imaginer. Et quelle étrange impression d’arriver à deux et ressortir des lieux à trois ! Immédiatement, j’étais dedans, je voulais m’en occuper...

A cette époque vous étiez co-dirigeant de l’entreprise... Pas de congé paternité !
Et non, ça n’existait pas et encore moins pour les patrons. Mais pour autant, j’étais présent. Et je prenais mon rôle très à cœur : je l’ai tout de suite changée, lui ai donné le biberon. C’était un réel plaisir.

Et à ce moment-là vous envisagiez quelle taille de famille ?
Une chose est sûre, je ne concevais pas d’avoir un enfant unique, j’étais moi-même issu d’une fratrie de 3. Du coup, on a eu un second enfant 3 ans plus tard. A cette époque, mon épouse travaillait et mon fils était assez compliqué sur les premières années. On a décidé de s’en tenir à deux, mais qu’est-ce qu’on regrette aujourd’hui ! D’avoir privilégié notre confort, notre vie professionnelle au détriment d’une grande famille... Il nous manque quelque chose... Si c’était à refaire, c’est clair qu’on ne se serait pas arrêté là !

Quel genre de père êtes-vous ?
Je ne crois pas être dans le format père-fils traditionnel, peut-être davantage dans une relation potes. On part aujourd’hui encore beaucoup en vacances, avec leur petit copain-copine respectif, sous forme de couples, pas dans le registre parents-enfants. En fait, depuis toujours, je me suis plutôt positionné en coach, pour les soutenir, les préparer. Je ne cherche pas à être le père exemplaire, donneur de leçon ou autoritaire, loin de là ! Je suis plus un père complice. Tout en essayant de leur donner les bons repères, les bonnes valeurs, leur expliquer les choses, pas toujours avec le temps nécessaire qui nous fait souvent défaut... Mais une chose est sûre, ma démarche ne s’inscrit pas pour qu’ils réussissent, davantage pour qu’ils soient heureux.

C’est un modèle inspiré de votre père ?
Non, pas vraiment ! Lui, il était plus dans le mode autoritaire, directif, il nous préparait à la réussite. Il est de cette génération où l’éducation, l’école, la formation, les diplômes étaient prioritaires. Il n’y avait pas cette relation de complicité au cœur du processus, comme on peut l’avoir, ma femme et moi avec nos enfants. Je dis en permanence à mes enfants que je les aime... Avec mes parents, ça ne se faisait pas. Ça ne se disait pas. De même qu’on n’encourageait pas, pas de gratitude ou de reconnaissance quand tu faisais bien, c’était plutôt les choses négatives qu’on retenait, ce qui n’allait pas. Est-ce que j’ai complètement réussi à casser le schéma ? Je ne sais pas... Ce n’est pas facile de ne pas du tout reproduire sa propre éducation. Disons que je suis une transition, à la génération suivante de peaufiner les détails !

Quelles sont, du coup, les valeurs que vous leur avez inculquées ?
Celle du respect avant tout, à commencer par celui d’eux-mêmes, qu’ils prennent soin d’eux, de leur condition physique, de leur apparence. Le respect de ce qu’ils ont, des autres. Ça avec la tolérance, l’honnê- teté, le travail... Après, est-ce les bonnes ? Y suis-je arrivé ? Je l’espère...

Si on vous donnait la possibilité d'être un meilleur père, qu'est-ce que vous changeriez ?
Ce qui m’a manqué, c’est du temps. Plus de temps... Pour autant, est-ce que si on rembobine le film, j’aurais pu changer ce facteur... Pas certain. Je me dis qu’au final, c’est la qualité de ce temps qui compte, plus que la quantité. Des moments vrais. Quand on est ensemble, on l’est réellement. Pas de téléphone portable à table par exemple ! Des moments encore plus intenses aujourd’hui que ma fille vit aux Etats-Unis et mon fils à Paris. Quand on se retrouve, c’est d’autant plus fort, plus riche. La notion de partage en famille est essentielle pour moi.

Fille/garçon, vous les avez élevés de la même manière ?
Non, mais en fait, ça ne tient pas à leur sexe, mais à leur caractère si différents. Mon fils, c’est totalement sa mère, il reproduit ses idées, sa façon de parler... et ma fille, c’est tout moi ! L’autre jour, on était en rando tous les 4 pour voir des chutes d’eau. Il faisait grand beau, mais les 2 ont immédiatement enfilé leur poncho imperméable en prévision, comme un réflexe, alors qu’on était encore loin des chutes ! Ils étaient morts de chaud ! Et nous, avec ma fille, morts de rire !

Comment les avez-vous éduqués sur les questions d’égalité homme-femme ?
C’est davantage venu de ma femme. Elle est californienne. Et aux Etats-Unis, c’est plus naturel comme notion, contrairement à nos contrées... En plus, moi, je suis issu d’une famille italienne. Heureusement qu’elle était là pour tempérer notre côté latin ! Elle a apporté plus d’ouverture, de possibilités, de tolérance. Pour l’anecdote, mon grand-père vient de Vicenze. Il a fui Mussolini à 20 ans. Et ma grand-mère était d’une fratrie de 12 : 11 filles, 1 garçon. Et c’est le garçon qui a hérité de tous les biens de la famille ! Les 11 sœurs n’ont rien eu, c’est comme ça que ça marche en Italie ! On a, dans nos gênes, le culte de l’homme chef de famille... Et ma femme a bien compensé ça !

Quelle est votre réaction si votre fils/ fille, vous annonce qu'il/elle est gay ?
Sans problème... Enfin... pour être tout à fait honnête, il y aurait une forme d’inquiétude pour accueillir la nouvelle, mais je l’accepterais, si c’est leur bonheur, leur vie, l’amour... Mais ils rentrent dans des complications, pour fonder une famille notamment... Ma première réaction serait donc de me dire « Aïe... Comment vont-ils le vivre ? Est-ce qu’ils savent à quoi ils vont s’exposer ? Ils ne se simplifient pas la vie. » Mais si ce choix les rend heureux, alors je le suis aussi.

... qu'il/elle se convertit à une religion qui n'est pas la vôtre ?
Je n’ai jamais pensé à un tel cas de figure ! C’est tellement peu probable avec mes enfants que je ne sais pas... Perso, je ne suis pas très religion à la base. Alors, faudrait vivre le truc pour vous répondre. Là, je sèche...

.... qu'il/elle va être parent ?
Super ! On attend que ça !

Qu'est-ce qui peut vous décevoir chez vos enfants ?
Une sortie de route qui les rende malheureux... Ça voudrait dire que je n’ai pas été à la hauteur, que je ne les aurais pas suffisamment préparés.

Vous rendre le plus fier ?
C’est qu’ils arrivent à trouver leur talent et à en faire quelque chose. Ce peut être dans le sport, la culture, la musique, qu’ils se détectent une passion. Et c’est peut-être d’ailleurs la seule déception que j’ai avec eux, c’est qu’ils manquent de passions. Alors voilà ce qui me rendrait fier, c’est qu’ils trouvent leur passion, leur talent, et qu’ils s’expriment à fond dedans, qu’ils ne voient pas passer les journées, qu’ils prennent du plaisir...

Quel est le dernier grand moment complice que vous avez partagé avec vos enfants ?
C’était il y a 2 ans, on était tous les 4, sans copain-copine, et on est parti en périple en Afrique, dans la savane, on dormait sous les tentes, dans des lodges, à proximité des animaux. C’était un moment de partage assez incroyable. Une vraie aventure.

Quel est le prochain auquel vous aspirez ?
On se retrouve tous en Californie cet été, toute la tribu... même si on n’est qu’une petite tribu.

Justement, imaginons, là, votre femme toque à la porte et vous annonce qu'elle est enceinte, vous re-signez ?
Bah oui, je file racheter des couches ! Même si ça arrive à un moment de notre vie où on aspire plus à s’occuper de nos petits-enfants...

©Flo Art Photography