boys boys boys...

muki, pépite suisse
du costume sur mesure

par Mélanie Marullaz - 17 sept. 2018

d'ici & tailleur

A quelques kilomètres au nord de Lausanne, en pleine campagne vaudoise, l’ancienne filature de la Sarraz, dans laquelle étaient tissées les fameuses couvertures de l’armée suisse, abrite aujourd’hui une brasserie artisanale, une association portugaise, un garage et… l’atelier du tailleur itinérant MuKi. Sa caverne d’Ali Baba et sa table ouverte aussi…
Joël Kinnar & Catherine Muriset

Ils se sont rencontrés autour d’un projet artistique, il y a 10 ans. Mu-, c’est Catherine Muriset. Formée et formatrice à l’Ecole de Couture de Lausanne, après avoir fait dans la confection féminine et le recouvrement de meubles, elle est alors spécialisée dans le bustier, mais rêve d’autre chose, professionnellement et personnellement.

-Ki , c’est Joël Kinnar. Son air facétieux, derrière d’épaisses montures, et son tutoiement immédiat ne laissent aucun doute sur ses origines : il est belge, de Namur, expatrié en terre helvétique. Avec son cursus en sciences économiques, il travaille dans l’imprimerie, la banque ou le transport quand ses poches sont vides, mais il est surtout peintre-sculpteur à ses heures et cherche un modèle. Catherine accepte mais elle ne se contente pas de poser pour lui, elle participe à sa réflexion, la nourrit, l’enrichit… leurs idées se répondent, premiers échanges d’une partie de ping-pong créatif qui ne fait que commencer.

MY TAYLOR IS SWISS

Le couple se forme dans le projet, Joël a trouvé sa muse et s’amuse. Il n’aura de cesse, dès lors, de chercher un trait d’union entre sa fantaisie à lui et son expertise à elle. Ou l’inverse. Ce sera le costume pour hommes. Il n’y connaît pas grand-chose, Catherine n’en a jamais fait, tous les voyants sont donc au vert pour ce binôme qui n’aime rien tant que les défis. En 2015, dans ce local de la filature que Joël a aménagé, sa «caverne» où s’entassent objets chinés, recyclés, sculptures, peintures et plantes, MuKi naît. Mu- cherche les différentes façons de travailler, organise, planifie, affine les détails et les petits plis. -Ki prospecte, cerne le marché, valide les coloris, apporte la rondeur et le grain de folie. “Avec lui, c’est sans fin, sourit Catherine, il a des idées tout le temps, arrive à imaginer les choses. Du coup, parfois, c’est un peu dans l’urgence, mais on arrive à tout faire.”

 Etonnamment, les ronds veulent des carreaux, les grands des lignes, les petits de l’uni sombre… ce qui va plutôt à l’encontre de leur morphologie. A moins qu’ils ne l’assument complètement ! 

SERVICE COMPLET

Avec l’expérience de Catherine dans la confection industrielle, ils commencent par chercher des fournisseurs en Suisse, mais c’est en Pologne qu’ils trouvent la qualité correspondant à leurs exigences et celles du sur mesure. Les tissus, eux, viennent de prestigieuses filatures européennes, comme les laines d’Holland&Sherry ou Scabal, les flanelles cardées d’Ariston… chaque pièce est unique. Du sérieux en toute légèreté, du style avec ce qu’il faut d’humour dans la maille pour qu’elle soit originale, décalée.

A partir d’une collection standard, ils autorisent donc tous les caprices, les encouragent même volontiers : denim avec surpiqûres apparentes et doublure liberty, envies de tweed, de carreaux fenêtre, d’orange vif ou d’assortir son frac à une paire de sneakers vintage jaune et blanche… “Tout est un challenge, même quand ça ne l’est pas. Si quelqu’un arrive avec une idée toute cuite, on va essayer de le faire sortir de sa coquille, pour éviter que, le jour où il portera son costume, on ne le confonde avec un serveur”, taquine Joël. “Etonnamment, les ronds veulent des carreaux, les grands des lignes, les petits de l’uni sombre… ce qui va plutôt à l’encontre de leur morphologie. A moins qu’ils ne l’assument complètement, on essaie de les orienter différemment.”

BOMBANCE ET ÉLÉGANCE

A domicile ou dans l’atelier, sous le tableau de nœuds pap’ noués à la main et de pochettes assorties, les hommes s’exposent donc sous toutes leurs coutures, se mettent à nu, au propre comme au figuré. “On voit la confiance s’établir au fil des rendez-vous : au bout du troisième, plus besoin de paravent, ils se désapent à peine la porte franchie”, s’amuse Catherine dont les yeux se plissent derrière un large sourire. Et deviennent vite des membres de la tribu MuKi. A l’image de William, photographe officiel de la maison, lui-même habillé par Joël et Catherine, qui a fait une signature de ses complets et nœuds papillons originaux. “Chez MuKi, tout se termine toujours à table, résume-t-il. La première fois, on en a profité pour faire un shooting photo, Joël avait préparé une grande lasagne, autour de laquelle étaient conviés les «clients», devenus en fait des amis.”

La cuisine, c’est la «passion ultime» de Joël. Aujourd’hui, c’est donc autour un couscous-grillades qu’il raconte MuKi et la profession de tailleur. “On est le styliste de chacun, résume Joël. C’est un métier qui est un peu tombé aux oubliettes car on s’est habitué à la consommation immédiate. Mais, que ce soit à cause d’un physique qui ne rentre pas dans la norme ou parce qu’ils ont des goûts différents, les hommes sont en train de le redécouvrir ”.

+ d’infos :
mukidistribution
.ch

Photos : William Gammuto