c.o.d.

design
atelier économad

par Magali Buy - 15 nov. 2019

en verre et contre tout

QUAND CERTAINS LANCENT DES BOUTEILLES À LA MER, D’AUTRES LES RÉCUPÈRENT. COMME CHRISTOPHE GUILLERM, DANS SON ATELIER ECONOMAD, À CÔTÉ DE LYON. ENTRE SES MAINS, ELLES SE FONT DOCILES, MALLÉABLES, ET SE RÉINVENTENT POUR RÉINTÉGRER, DÉTOURNÉES, NOTRE QUOTIDIEN.
Christophe Guillerm

On dirait qu’elles ont fondu au soleil. Et ce n’est finalement pas très loin de la vérité. Ses bouteilles, Christophe Guillerm les a déformées à la chaleur d’un four à céramique. Quelle drôle d’idée... Et ce n’en est qu’une parmi toutes celles qui se bousculent dans le cerveau de ce trentenaire brestois, installé depuis un an à Grézieu-la-Varenne. Extérieurement, son calme et son ton posé ne laissent pourtant rien paraître de cette effervescence, mais il faut se méfier du volcan qui sommeille... C’est d’ailleurs au pays des volcans aux noms imprononçables, en Islande, que Christophe a peaufiné son projet. Pour fuir Paris, où il travaille alors dans la com’, il opte pour l’isolement et se fait embaucher, pendant un an, dans une ferme biodynamique. La sérénité des plaines agricoles à perte de vue -et l’ennui aussi- incite à la méditation. Christophe a du temps, alors il rêve, pense, imagine, et noircit des carnets de croquis d’objets du quotidien en matières recyclées, tout ce qu’il faut pour prendre une nouvelle direction une fois rentré. “J’avais envie de me rapprocher de la nature, j’aime tout ce qui est randonnée, donc l’Islande me correspondait... mais une fois sur place, je me suis dit que je ne pourrais pas passer ma vie là-bas !”

coquetier - set à sushis

VERRE À PLIER

En 2011, le voilà donc de retour à Brest, où il commence à fabriquer des abat-jour en papier tressé, à travailler le métal et le verre. “J’avais envie de réutiliser l’existant. Il y a 8 ans, on voyait déjà les surplus et le gâchis, les choses dont on ne sait pas quoi faire alors qu’elles sont encore utilisables, auxquelles on peut redonner une seconde vie, voire encore plus belle. C’est le principe de l’upcycling.”
En autodidacte, il se frotte donc à la matière, en observe les comportements : “on fait des erreurs au début, on perd pas mal de temps... Avec le verre notamment, c’est un matériau capricieux, il y a un côté très aléatoire, des courbes de cuisson à respecter. Parfois, on a de la casse et on ne comprend pas pourquoi.” Mais sur les marchés d’artisanat où il présente ses premières créations, des bouteilles transformées en planches apéro, l’accueil du public est bon, il vend très rapidement sa petite production. Encouragé par ce succès, et par souci de cohérence, il finit par abandonner les autres matières pour ne se consacrer qu’au verre.

 

plat à tapas - luminaires

SE METTRE AU VERRE

Le Breton est voyageur, toujours à la recherche de nouveaux horizons. L’année dernière, Christophe quitte donc la côte ouest pour gagner l’intérieur des terres et fondre ses verres en campagne lyonnaise. Ses créations deviennent son unique activité, et il cherche à travailler avec d’autres professionnels, décorateurs ou architectes d’intérieur afin de concevoir de nouveaux objets, notamment des luminaires.
Pour s’approvisionner en matière première, il privilégie le circuit court et fait la tournée des bars et restos du coin. Les bouteilles qu’il transforme en carafes, coquetiers, sets à sushis ou bol à olives, sont donc bues et recyclées en local. En accord avec ses convictions personnelles, car pour lui, l’upcycling n’est pas que du marketing : “ce serait un peu hypocrite de ne pas appliquer ces principes dans ma vie personnelle, non ? Je suis végétarien, je tends vers le zéro déchet, je fabrique mes propres cosmétiques, c’est une cause majeure que je défends. Et je sens que les gens sont de plus en plus réceptifs. C’est pour ça que je suis épanoui dans ce que je fais, je sais pourquoi je me lève le matin.”

 

+d’infos:http://ateliereconomad.com