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- freewind custom -

par Mélanie Marullaz - 6 nov. 2019

steel* loving you

FREINS À DISQUE DÉCHUS, BEC BUNSEN DÉSŒUVRÉ, VOLANT MOTEUR ABANDONNÉ... MÊME QUAND UN OBJET MÉTALLIQUE EST EN FIN DE VIE, NICOLAS FENESTRAZ L’AIME TOUJOURS. C’EST DANS SON ATELIER DE ST BALDOPH, À CÔTÉ D’APREMONT, QUE LE SAVOYARD RESSUSCITE CES PIÈCES QUI LUI ONT OFFERT, À LUI AUSSI, UNE 2E VIE... PROFESSIONNELLE. (*acier en anglais)
Nicolas Fenestraz

Barbe taillée, mais pas trop, carrure de rugbyman et regard vert clair, Nicolas Fenestraz fait partie de ceux que le démontage n’effraie pas. Ou le remontage plutôt. Car, tous autant que nous sommes, à force de déboulonner et dévisser, nous pourrions certainement mettre consciencieusement en pièces un vélo ou une radio. Mais après, pas sûr que nous soyons en mesure de lui redonner vie... Depuis tout petit, Nicolas, lui, refait le rayonnage de ses biclous, se débrouille avec les moyens du bord pour remettre tout ce qui ne veut plus avancer sur roues, entretient, répare, bidouille... Bref, il a le bricolage sauvage, le système D inné, et joue de la clé à mollette comme d’autres de la trompette. L’outil est d’ailleurs tatoué sur son avant-bras gauche. Sur le droit, c’est le manche d’une guitare. Restauration et musique, voilà ses deux passions.

FAN DE MÉTAL

Pour nourrir la première, il en a fait son métier : des vélos, il est simplement passé aux ascenseurs. “La maintenance, c’était assez naturel, c’est ce qui se rapprochait le plus de ce que j’aimais”. Pour alimenter la seconde, ce fan de métal, mais aussi de rap ou musique celtique, s’est mis à la basse dans un groupe de rock, dont les tournées l’ont emmené jusqu’en Angleterre... mais c’est une autre histoire.
ll y a 5 ans, avec Clément, son pote peintre en lettres, il commence à retaper une vieille japonaise, une vraie Virago -version deux-roues, qu’alliez-vous imaginer?!-, puis une autre moto, et, de freins à disques en ailettes de moteur, ils élargissent leur champ d’action : “on faisait des modifications esthétiques, pas mécaniques. A l’école et dans mon boulot, j’avais touché à la ferronnerie, la soudure, l’électricité... J’avais donc des facilités. Du coup, on s’est mis à développer des choses différentes, des objets de déco, du mobilier.”

WIND OF CHANGE

En 2017, son ascenseur professionnel tombe en panne, offrant à Nicolas, tout juste trentenaire, l’opportunité de se réinventer : dans son atelier FreeWind Cus- tom, l’artisanat et la création deviennent alors sa principale activité. Toujours à partir de pièces métalliques récupérées ou d’objets du passé qu’il aime détourner, il conçoit et fabrique principalement des luminaires, mais aussi des tables basses, des horloges, des étagères... “Souvent, on m’amène un objet, une chose à laquelle les gens tiennent, dont ils ne veulent pas se séparer, mais dont il ne se servent plus et je le transforme, en tenant compte de leur passion, ou de l’endroit dont vient l’objet. Du coup, ils sont uniques.” Une lampe roue de vélo pour un fan du Tour de France, un ancien sèche-cheveux transformé en luminaire parti chez un coiffeur, et pour un bar, un abat-jour réalisé avec une bouteille de whisky... “L’objet le plus original que j’ai fait, c’est à partir d’une Dame Jeanne, une grosse bonbonne à gnôle qu’on m’a amenée en demandant de faire quelque chose sur la thématique du voyage. Je l’ai retournée et transformée en lampe-montgolfière, l’ampoule ressemble vraiment à la flamme qui chaufferait le ballon.”

MASTER OF DECHETS

Et quand on ne lui apporte pas la matière première, Nicolas va la chercher. A bord de son vélo cargo, il part à la pêche aux disques de frein, volants moteur et autres serre-joints, qui lui serviront de pieds de lampe ou plateau de table. “Je ne vais jamais plus loin qu’Annecy pour récupérer des objets, si on traverse la France, ça n’a pas de sens, j’essaie d’être raisonné.” Il se met également en cheville avec d’autres professionnels de la région, notamment via le réseau Solucir (Solutions pour mieux produire, consommer, recycler en Pays de Savoie), une démarche dans laquelle Rumilly, Grand Annecy, Grand Chambéry et Grand Lac se sont engagés afin de réduire et valoriser les déchets. “La plupart des entreprises voudraient bien avoir une démarche écologique, mais elles n’ont pas toujours le temps, il faut leur faciliter la tâche. Par le biais de ce réseau, j’ai donc pu rencontrer un ferronnier auprès de qui je récupère des pièces. J’essaie toujours de trouver une utilité à des choses qu’on jette.”

Principe qu’il a appliqué également pour aménager son atelier. “Même si j’ai acheté des machines, j’ai fabriqué tout le plan de travail avec des chutes de métal, des IPN (poutrelles acier) de l’espace Malraux, la maison de la culture de Chambéry, les tables et les tiroirs viennent d’une autre entreprise, et les vieilles boîtes, du garage du père de ma copine. J’y suis allé petit à petit, j’ai attendu que les occasions se présentent. Pour moi, c’est important de prendre le temps de faire les choses et de discuter avec les gens... Du coup, j’ai l’impression que ce que je fais n’est pas un boulot, je ne travaille pas, là dans mon atelier, je fais ce qui me plaît, je vis beaucoup plus librement.”
Libre comme l’air... ou plutôt, comme le free wind, libre comme le vent.

 

+d’infos: www.freewindcustom.com