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goery lalloz sort du bois

par Magali Buy - 14 nov. 2019

goerywood boulevard

APRÈS UN AMÉRICAIN À PARIS, VOICI, EN AVANT-PREMIÈRE, UN VOSGIEN À ANNECY ! À L’AFFICHE, GOERY LALLOZ, ÉBÉNISTE RÊVEUR ET BRUT DE DÉCOFFRAGE : QUESTION SCÉNAR, C’EST SÛR, ON NE VA PAS FAIRE DANS LE MÉLO. GRAND FAN DE VINTAGE ET D’ART DÉCO, IL DÉROULE SA BOBINE ET NOUS PROJETTE À TRAVERS LES ÂGES, D’UN BUREAU 50’S À UNE FIGURINE LEGO, SILENCE ÇA PLANCHE !
Goery Lalloz

Ça sent le bois réchauffé. L'odeur des résines et des balades en forêt, brindilles craquantes sous les pieds et essence de sapin à plein nez, pas de doute, je suis bien arri-vée. Les machines sifflent et tournent à plein tube, la radio s’affole, Pascal, Séverine, ses compagnons d’atelier, et Goery s’activent en rigolant, si ce n’est pas de la bonne humeur en stère, ça y ressemble. Entre copeaux, ciseaux et tonnes de plan, je pose un coude sur l’établi, j’me marrerais bien moi aussi.

SCIONS DU BOIS...

Le bois, chez les Lalloz, si c’est une histoire de famille, c’est surtout une question de culture. “Dans les Vosges, ça fait partie intégrante de notre vie, on est mi homme, mi sapin !” Résultat, petit bonhomme les pieds dans la sciure deviendra charpentier à la dure. Mais n’est pas Ben Hur qui veut, ça ne va durer qu’un temps, et comme il le dit en riant : “Vu comme je suis taillé, la charpente est vite devenue limite pour moi... Et puis j’avais envie de bouger et de partir pour de nouveaux horizons.” Petits boulots de saison, trois petits tours et quelques décors pour l’animation et puis s’en vont. Il s’envole dans les lointaines contrées d’Asie et d’Océanie, croquer un bout de vie.

PROM’NONS NOUS !

Pendant plus de 5 ans, Goery s’imprègne des us et coutumes simples et authentiques, des histoires d’autochtones et de loups solitaires, un marteau dans une main et la générosité dans l’autre. Il vit de woofing, de bénévolat et de petits travaux, clouer trois planches, bricoler un portail, “j’avais toujours besoin de toucher le bois.” Et puis le programme va changer. Comme dans un film carrément mélo, il rentre en France par amour, Céline -notre Miss Pagaille annécienne-, alors journaliste à Paris, l’attend. Ensemble, ils trouvent un point de chute pour construire une vie à 2 et pointent leur doigt par ici, c’était il y a 8 ans, bienvenue à Annecy !

LA PORTE OUVERTE...

Il prend un job en intérim et travaille dans les ouvertures, quand la création vient gratter à la porte : “On récupérait de vieilles fenêtres centenaires et ça me faisait mal au cœur de les jeter. J’ai commencé à les stocker dans l’appartement, avant de trouver un petit atelier et d’en faire des meubles. J’étais très attaché à l’éthique depuis mes années à l’étranger, je voulais traiter un maximum de déchets pour un minimum de perte.” Mais la tâche est complexe, les morceaux de bois sont inégaux et souvent très abimés, plantés de ferraille, ils demandent un boulot minutieux et assez colossal, et quand on sort de la charpente, il faut tout réapprendre, le souci du détail en ligne de mire. Et puis Goery n’est pas tout à fait près... S’il a le cœur à l’ouvrage et les pieds bien sur terre, il reste encore la tête en l’air “Ça a fait un flop. Je bossais dans mon coin en espérant que quelqu’un tombe du ciel et vienne m’acheter des trucs, alors forcément, ça ne marche pas !” Ah la la, les temps sont durs pour les rêveurs !

PIED À TERRE

En 2014, tout s’accélère. Une nouvelle maison, un bébé et condition sine qua non, a new job. Arrêt sur image, l’ébéniste en herbe se met sur pause et signe un contrat dans le monde du transport. Rien à voir avec le reste, c’est juste plus stable, plus sûr, et ça dégage du temps en famille. Oui mais voilà, l’imagination pousse au portillon et le train-train le rattrape. Il veut construire, s’évader dans la créativité, s’arrêter sur les belles choses et être surpris, et la routine, ce n’est pas son truc ! Et puis Céline et sa boutique de brocante en ligne, ça bouge tout le temps, c’est beau et ça met du piment ! Ni une ni deux, il démarre en septembre 2018 une formation d’ébénisterie chez Estam- pille à Vallières (où il fait la connaissance de Pascal et Séverine avec qui il partage l’atelier). Jusqu’en juin 2019, il apprivoise la marqueterie, la sculpture et un peu de feuille d’or -pour les dorures à l’ancienne (ndlr) -développe un vrai savoir-faire avant de rêver son nouveau métier, en dessous des nuages cette fois-ci !
Sortis du bois local pour la plupart -chinés en priorité dans les vieilles fermes de la région- fauteuils, étagères en biais, petits bureaux vintage ou Playmobil déco, naissent aujourd’hui de ses mains. Soignés et transformés dans son univers particulier, ses meubles racontent, en somme, l’histoire d’une vieille planche séchée par les années juste à révéler : “J’adore les années 50, scandinaves et Art déco. Ce sont les plus belles lignes. J’aime l’épuré et le simple, pas le moderne, ça manque de corps pour moi. Et puis je pense que Céline n’y est pas pour rien. A force de voir pas- ser des belles pièces et de chiner avec elle, tout prend une autre dimension, les pro- portions, les courbes, ça a de la vie !” Ah la la, le mélo, c’est beau finalement...

 

+ d’infos : http://gl-ebenisterie.com