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- laure kan -

par Magali Buy - 6 nov. 2019

yes, she kan !

TRÈS ATTACHÉE À SA TERRE, C’EST DANS SA MAISON DE CALUIRE ET CUIRE QUE LAURE KAN A INSTALLÉ SON ATELIER EXIGU, ET BIEN DANS SON JUS. LE MINIMUM SYNDICAL À PORTÉE DE MAIN, LA CÉRAMISTE LYONNAISE NE S’ENCOMBRE PAS DU SUPERFLU ET LE REVENDIQUE... À QUOI BON TOURNER AUTOUR DU POT ?
Laure Kan

Des chaussures vertes, une salopette XXL sous un immense tablier couvert d’argile, la quarantenaire est en plein boulot ! La poigne efficace et le sourire chaleureux, elle m'invite à entrer dans son univers confiné, j'ai un peu l'impression d'être chez les troglodytes, à la différence près que le roc, c’est elle.

Vases muraux : pièces tournées ou modelées (grès blanc et or)

TERRE À TERRE

Laure a toujours été sensible à l’esthétique et aux objets. Un crayon à la main, déjà petite, elle observe à loisir et laisse son imagination s’évader, croquant ce qui lui plaît et rien d’autre. Souci du détail, elle aurait pu mettre à profit sa perception du monde dans des études haut perchées, mais là n’est pas sa tasse de thé : “je n’aimais pas l’école. Par ignorance du milieu artistique et par peur d’une vie de bohème, mes parents n’ont pas voulu que je me dirige dans l’art plastique. Aujourd’hui, je suis maman, je peux comprendre leur choix.” Elle suit donc le mouvement qu’on lui impose et s'accomode de comptabilité, manque de bol, c'est raté... Pas pour longtemps !

Vases rocher : pièces modelées numérotées (grès noir)

ET FAIRE UN TOUR

Son conjoint est muté au Brésil, l’occasion de réparer les pots cassés : “J’avais 24 ans, j’en ai profité pour faire un bon remue méninges, et remettre les compteurs à zéro. Quand on est à l’étranger, on est davantage face à soi. Je me suis rendu compte que tout ce qui était artistique était vraiment mon élément.” Et qu’est-ce qu’elle savoure ! Elle fait un max de rencontres, se lie d’amitié avec une étudiante de l’université de Campinas, et de façon inopinée, tout bascule : “Mon amie faisait des études d’arts plastiques, et pour l’aider dans son mémoire, je prenais des photos, j’avais beaucoup de plaisir à l’accompagner.” Elle la suit jusque dans ses cours de céramique, et soudain: le déclic.

Vases muraux : pièces tournées ou modelées (grès blanc et or)

PEAU À POT

Pendant 3 ans, Laure apprend les différentes méthodes, les techniques de cuisson, fait du troc avec les céramistes enseignants, et remplit ras bord les vases communicants: “Je leur proposais de ranger l’atelier et de recycler l’argile -ce que tout le monde détestait faire- et en contre partie, je gagnais des heures d’atelier.” Porcelaine, grès ou faïence, cuisson au feu, raku ou Anagama, elle tourne partout, mais en rond, pas du tout! “Dans le 3e atelier où j’ai mis les pieds, j’ai eu la chance d’être apprentie. Je passais toutes mes journées à émailler les pièces et à les tournasser (donner une forme à la terre à l’aide d’un tour, comme dans Ghost ! ndlr). Et dès que je maîtrisais une compétence, j’en cherchais une supplémentaire.”

À FLEUR DE POT

Mais après 3 ans et demi au Brésil et un bagage solide, il faut rentrer. Une chose est sûre, elle veut faire de la céramique et n’en démordra pas. Elle ajoute un four au container de meubles, et en route pour Paris ! Laure bosse pendant 5 ans au sein d’une association de réinsertion, trouve un nouvel équilibre, ça remet les pieds sur terre et c’est plutôt bien : “On se servait d’ateliers collectifs comme moyen d’expression, et on aidait des gens dans des situations très difficiles à sortir la tête de l’eau. Je n’étais qu’un maillon de la chaîne, mais c’était une expérience très riche et surtout très utile. Le moyen d’apporter du concret et de l’essentiel, à travers la création.” Et l’essentiel, pour Laure, est un cheval de bataille.
Après la naissance de son premier enfant, la petite famille retourne aux sources lyonnaises, dans la maison familiale à Caluire et Cuire. Dans la foulée, elle se met à son compte, un deuxième petit garçon rejoint le premier, la vie prend son cours, l’atelier sort de terre.

COULER DE LAURE

“Dans le boulot, comme dans la vie, je suis tournée sur l’essence même des choses.” Alors forcément, elle fait de l’art, mais de l’art utile, des pots, des tasses et quelques assiettes, toujours fonctionnel. “Nombre de pièces ont un pied quasi invisible et donnent la sensation de toucher à peine la table, de flotter. Quant aux vases rochers à forme géométrique, j’aime les imaginer s’intégrant à la nature.”
Dans des tons clair-obscurs, les créations de Laure prennent vie dans du grès, tout en rondeur et en cocooning.
Toujours en quête de nouvelles sensations et de «shoot d’adrénaline», elle explore depuis un an le travail de l’or, sous une forme bien particulière : “Plutôt que d’effacer la coulure qui apparaît au moment de retourner la pièce fraîchement émaillée, comme on le ferait normalement, j’ai choisi de la souligner en la recouvrant d’or liquide, comme un bijou, un décor, une signature.” Ça vaut de Laure, non ?

 

+d’infos: http://laurekan.com