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monsieur Z

par Pauline Marceillac - 26 avr. 2018

le mad men du sud

Monsieur Z est Richard Zielenkiewicz. A moins que ce ne soit l’inverse ? Ce cinquantenaire est l’une des figures de proue de l’illustration. Entre mer et montagne, son style néo vintage n’est pas sans rappeler les affiches de tourisme des années 30 à 50. L’humour en plus. Rencontre avec l’illustrateur le plus glamour de sa génération…
Monsieur Z - Autoportrait

"J’ai toujours dessiné. Comme une manie. Quand je m’ennuie, je dessine. Quand je regarde les gens, aussi, c’est plus fort que moi. Alors, le plus simple était d’en faire mon métier!” Graphiste-illustrateur, Richard Zielenkiewicz est né à Royan il y a 53 ans, mais sa voix et son regard pétillant lui en feraient paraître dix de moins, facile! A moins qu’il ne soit sorti des années 50, dont son univers semble baigner…

Qu’importe l’âge, Monsieur Z est délicieusement rétro, évolue dans un univers chic et glamour, entouré de superbes créatures un rien fatales.

Ses influences? Elles sont multiples. Des peintres, illustrateurs, architectes, sculpteurs, cinéastes, “du Bauhaus à Walt Disney, d’Hitchcock à Savignac… Rien à voir me direz-vous, mais c’est ce qui m’a construit!”

 IL FAUT QUE ÇA FASSE VIEUX, SANS ÊTRE VIEUX. COMME UNE VIEILLE MÉLODIE AVEC DES BEATS MODERNES. 

Aujourd’hui, son inspiration, il la puise sur la riviera française, qu’il habite depuis dix ans, et qu’il avoue volontiers trouver savoureusement kitch. “Mais avant de m'inspirer des paysages varois, j'ai collaboré pour les éditions André qui éditent des cartes postales de stations de ski, spécialisées dans les Alpes françaises.” De Chamonix à Courchevel, les joies de la glisse, du vin chaud et de la fondue, il les croque encore régulièrement.

Diplômé de l’Ecole Supérieure des Arts Graphiques Estienne, Richard fait ses armes dans la publicité. “Avant tout, je suis un fils de pub !”, reconnaît-il avec malice. Dans ce métier, il affine son coup de crayon, et s’aperçoit qu’il sait raconter des histoires. Puis, passe par le dessin animé, avant de s’illustrer dans... l’illustration. Il devient Monsieur Z.

“Z ? C’est la première et dernière lettre de mon nom de famille d’origine polonaise que personne ne sait écrire ! Alors plutôt que de m’échiner à l’épeler… Z, c’est désormais ma marque de fabrique.” Tout comme son style graphique, coloré, élégant. Il est aujourd’hui l’un des illustrateurs les plus emblématiques de sa génération.

Activmag : Vous dites vous inspirer du design et de l'architecture Mid Century. C’est quoi exactement le Mid Century ?

Monsieur Z : C’est l’architecture du milieu du 20ème siècle. A cette époque, beaucoup d’intellectuels d’Allemagne, de Tchécoslovaquie ou encore de Pologne ont fui la guerre, et se sont retrouvés aux Etats-Unis. C’est devenu un formidable laboratoire d’expérimentations architecturales pour des Lautner, Schindler, Lloyd Wright, Hans, Koenig, Neutral. Ils ont enrichi l’Amérique de nouvelles pensées en terme de construction, de manière de vivre, qui allaient avec l’American way of life. Mon père est architecte et d’origine polonaise. A la maison, il y avait plein de bouquins de ces architectes. J’ai été très influencé par ce renouveau d’après-guerre, alors extrêmement moderne, voire dérangeant pour l’époque. Chez mes parents, j’ai grandi dans cet univers design, au milieu de très belles pièces, des chaises Knoll, notamment. Je me souviens que mes copains étaient envieux, mais moi, c’était mon quotidien. La base était là.

La mode du Mid Century opère un retour en force depuis quelques années. Vous êtes le Mad Men de l’illustration du coup ?

L’Amérique est super nostalgique de cette époque-là ; mais je pense que nous aussi. Quand je dessine un peu vintage, c’est parce que je sens que c’est dans l’air du temps, comme collectionner de vieilles affiches de pub. Je représente des villes du sud de la France, mais avec un style des années 50/70, ça sensibilise les gens, ça leur fait revivre une époque révolue. Il y a à la fois une nostalgie et une quête identitaire locale proposées dans mon travail. J’essaye de faire en sorte que ça fasse vieux, mais pas vieux. Comme reprendre une vieille mélodie avec des beats modernes. On s’habille à la Mad Men, mais les tissus ont changé.

On n’invente jamais rien alors ?

On réinvente en permanence ! Parce qu’on a besoin de se créer notre propre mythologie. On s’inspire du passé, d’un souvenir, mais on le réécrit pour en faire quelque chose de mieux. Mad Men, c’est aussi l’Histoire réinventée. Moi je re-raconte une grande histoire dans une petite image. Je fais un super short film. Le figuratif fonctionne à nouveau pour ça, même s’il est plus graphique. Il faut du lien entre le dessinateur et le lecteur, que l’image suscite une émotion. Il faut embarquer la personne dans son histoire, la scénariser. C’est ce qui me plaît. Je gagne ma vie avec ça, et j’aime ce que je fais. Je suis privilégié.

Quand est-ce qu’on sait qu’on a réussi en tant qu’illustrateur ?

Quand on est illustrateur, on est un peu solitaire, un peu déconnecté. Ce sont les réseaux comme facebook qui m’ont permis de me rendre compte du lien avec mon public. Ça, c’est nouveau! Là on se rend compte du succès. Et puis après, lors d’un événement, d’une expo, les «likes» se transforment en vrais humains qui viennent vous rencontrer, c’est génial. Je suis passé d’illustrateur qui vendait des pots de yaourt et des voitures, à fabriquer des images qui n’ont d’autres buts que d’être regardées. Et j’ai remarqué surtout que mes visuels sont entrés dans l’esprit des gens par les téléphones portables. Comme les bons points autrefois, on les distribue, se les échange, ça a de l’impact. C’est la génération Z !

Y a-t-il des petits nouveaux qui vous font peur ?

Non, je les adore. A chaque génération, son héros. Mais chacun doit se chercher une identité propre, même si le monde s’inspire de tout le monde. Quand on devient source d’inspiration pour les autres, c’est une fierté. Quand c’est du copié collé, là c’est gênant ! Surtout quand c’est fait par des grandes marques! Mais des talents, j’en connais partout. Prenez Charlie Adam, il a son univers, son terrain de jeu (les Alpes). Il est très inspiré par les années 60, et a un côté plus cartoon que moi, qui suis plus «architecturé». Nous sommes influencés par la même mouvance californienne (contre-culture américaine, le lowbrow). Lui encore plus que moi. Je comprends son univers et je trouve ça très bien.

Alors, c’est vous qui êtes venu jouer sur son terrain avec vos cartes postales sur les Alpes ?

Franchement, je crois que l’agence (les éditions André), quand elle m’a approché, avait contacté Charlie Adam avant, mais il a refusé. J’adore les Alpes, donc j’avais déjà plein de dessins. En fait, j’aime autant dessiner la mer que la montagne!

Vous vous considérez comme le héros de votre génération ?

Non, mais je contribue à une époque (les années 2000, ndlr). Moi parmi d’autres: Savignac, Labanda, Jason Brooks... Personne ne nous attendait dans l’illustration, parce qu’on déboulait de la pub, comme directeurs artistiques, graphistes, etc, mais on avait appris à bosser avec Illustrator, Photoshop, alors que les illustrateurs «officiels» étaient encore à la gouache.

C’est quoi la suite ?

Sachant dessiner, je saurais me réinventer. C’est assez intuitif… Si on est en lien avec les gens, notre époque, la vie, l’évolution suit. Je suis très visuel. Je détecte tout ce qui me dérange et tout ce qui est nouveau : en gros, je scanne quand je me déplace. Je pense que je vais me réemployer à dessiner des hommes, parce qu’on assiste à un changement des représentations des sexes, et l’homme est à redéfinir.

Aujourd’hui, vous êtes plus Monsieur Z ou Richard Zielenkiewicz ?

Là, au moment où je vous parle, je suis Monsieur Z. Richard, c’est celui qui arrête de bosser et qui s’occupe de sa petite famille. Mais ce n’est pas évident, parce que Monsieur Z bouffe un peu Richard parfois le soir et le week-end. Et quand je fais l’affiche du festival de Cannes, là, ça vire carrément people. Mais c’est bien qu’il y ait Richard à côté, je peux continuer de dessiner en slip ! Au final, Monsieur Z est pratique, il permet à Richard de se planquer...

+ d’infos:
facebook.com : Monsieur.Z.illustration

Illustrations : Monsieur Z