ça m'énerve

textot'émoi

par Magali Buy - 22 avr. 2017

textot' émoi

Qui est l’abruti qui a inventé le Short Message Service, roi de tous les vices, petit bout de rien à la va vite, honte orthographique et langage mono syllabique ? «Tu m’m ?», «;-p», «tu coné la dernière ?», «ben nan», «John a kité brenda !», «On boa 1 ver a ça senT ? », «t’es chelou», «pren du pin G fin». Echanges démentiels en pleine tour de Babel. Bienvenue dans le monde parallèle des sans cervelle. Vous connaissez son deuxième prénom ? Séduis-Moi Sauvagement.

Facile, à distance ! Les yeux dans les yeux, c’est pour les courageux ! Tout feu tout flamme, du bout du doigt, il attise, chauffe et brûle, le serial tombeur en boîte (sans conservateur) ouverte la veille se transforme de bonne heure en arnacœur sous messenger ! Toucher n’est pas jouer ? Quitte à finir ventre à terre, c’est de bonne guerre ! N’ayons pas peur des mots et tout d’ego !

C’est tellement plus simple d’écrire en quelques clics que de dire. Les planqués du clavier dégainés font les malins, roulent des mécaniques, rêvent de te faire la nique sans risque de se faire couper... la chique !

Plume virtuelle trempée à l’encre digitale, on pianote, on se tatote, on efface, puis on se lâche. Partie de ping-pong endiablée. Chacun prend sa dose et s’explose. Soudain, la vibration libératrice se fait longue, la métaphore suprême qui mène au septième ciel avec. Oh attente lamentable ! Don juan dort ? Ou joue les Casanova dehors pendant que mon cœur se tord ?

Nerfs à vif, relecture, larmes et tourments, prise au piège plus qu’au jeu, frustrée et accro comme la moule à son rocher, emballée trop vite pesée, c’était pas une bonne idée ! On est faible, lâche et surtout seul.

Si le clavier fut en fête, ivre de mots jetés à la hâte, l’affect lui prend perpette ! Naïve, stupide, écervelée, tu t’insultes : qu’as-tu récolté ? Des sensations ? Peut-être... Le sentiment d’exister ? Ah ça, la boule dans ton bide est bien réelle, oui ! Tu parles d’une affaire, t’as eu le droit gratos à un petit tour de manège, celui qui tourne bien la tête et qui donne surtout la gerbe.

Parce qu’on n’est plus à l’époque où les mots authentiques, longuement muris, sont grattés à la plume, courbes et déliés couchés sur le papier parfumé... Parce qu’on ne sait plus ce que séduire veut dire, sans brûler d’impatience, la technologie nous invente des papillons cybernétiques sans ailes et sans battement, ventre vide et cœur à nu.
Cerveau dévasté et neurones cramés par nos écrans de fumée, on en oublie les prémices de tout, même de l’essentiel.

Parce que ce petit message peut nous rendre complètement marteau, laissons-lui sans contrefaçon son utilité première : à l’origine, les SMS furent inventés par une équipe finlandaise pour aider les personnes malentendantes à communiquer...

Sur ce, ça vibre : c’est lui, mon branleur de service. Mais bon... Il paraît que ça rend sourd...