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le libertinage :
bourses aux échanges ?

par Pascale Godin - 24 oct. 2017

sex choice

Les liaisons dangereuses ne le sont plus. Inutile de se donner du Valmont ou Merteuil pour écrire son roman, le libertinage fait son coming out. Les clubs se multiplient, les alcôves se démocratisent. Et boum, le corps fait boum !

Echangisme, triolisme, côte-à-côtisme, qu’importe. Quelles que soient ses voies, le libertinage n’est plus impénétrable. En 2014, 7% des français confient avoir déjà fréquenté un lieu échangiste (sondage IFOP). C’est 3 fois plus qu’en 2006. Issu d’un 18ème siècle aristocratique où il se définit d’abord par des adeptes libres penseurs, le libertinage séduit désormais tous les âges et toutes les classes sociales.

LE MÉLANGE DES GENRES

Le milieu des années 2000 déflore un sujet tabou. L’échangisme fait recette, papiers racoleurs et reportages voyeuristes dévoilent les contours mal floutés de corps entassés au cap d’Agde. Ou vaguement dénudés dans les salons feutrés des soirées parisiennes. A cette époque, Thierry Ardisson se revendique ouvertement libertin. D’autres suivent. C’est hype, c’est tendance. Et la France découvre un échangisme coincé entre ambiance poisseuse et raffinement bourgeois. Curieux, intrigué façon poule et couteau, un nouveau public se glisse dans les clubs libertins. Jacky Page connaît bien le sujet. Propriétaire de clubs dans la région d’Annemasse depuis plus de 15 ans, il a clairement vu le changement : “Avant, les clubs étaient plus fermés, ils étaient fréquentés par une certaine bourgeoisie, dans une logique d’entre soi. Les vrais libertins étaient avant tout des échangistes ! Quand c’est devenu à la mode, les clubs ont commencé à attirer une autre clientèle. Plus jeune, plus exhibitionniste, avec d’autres pratiques.” Si le vocabulaire du libertinage s’enrichit, il se décline en une seule langue. Celle du plaisir. Internet s’en mêle, les amateurs se lient derrière l’écran, avant de s’emmêler dans les soirées privées. Les verrous sautent.

BEAUF CAROTTE

Fini l’entre soi. Sorti de son alcôve bon chic bon genre, le libertinage cesse d’être une chasse gardée. D’après l’enquête IFOP, la proportion d’amateurs est aujourd’hui à peine plus élevée chez les travailleurs indépendants et dirigeants d’entreprise (7% chez l’ensemble des artisans, commerçants et chefs d’entreprise) que dans les catégories populaires (6% chez les employés et les ouvriers). Tout le monde se mélange ? Jacky éclate de rire : “Vous savez, quand tout le monde est à poil, on ne sait plus qui est qui !” Evidemment, cette démocratisation attire parfois une clientèle qui se trompe sur les règles et les codes du libertinage : “Certains viennent simplement pour sauter sur tout ce qui bouge !”, déplore Jacky. “Il faut être vigilant, on ne peut pas mélanger de vrais libertins avec des gros lourds qui viennent juste pour regarder. Ou qui croient pouvoir profiter d’un bon coup. Le libertinage, c’est d’abord respecter l’autre. Parfois, ça ne passe pas entre 2 couples. Et quand c’est non, c’est non.”

 Les libertins n’ont pas envie d’être infidèles, ils font tout ensemble ! 

DU PIMENT DANS LE PLAN-PLAN

Pour d’autres, c’est une révélation. Même si Jacky rappelle que franchir le pas reste une étape difficile : “ça n’a rien d’évident de passer du fantasme à la réalité ! J’ai vu des gens attendre longtemps sur le parking avant de se décider à entrer”.

Isabelle et Philippe se souviennent de leur première fois dans un club à Novalaise (Savoie). Menue, la quarantaine coquette, Isabelle raconte un passage à l’acte compliqué. C’était en 2010 : “J’avais très envie de me laisser aller et en même temps, je n’osais pas. Et j’avais peur de rencontrer des gens que je connaissais. Finalement, Philippe a pris l’initiative. Mais notre première fois était «timide», du côte-à-côtisme...” Le côte-à-côtisme, ou faire l’amour avec son partenaire à côté d’un autre couple. Une bonne dose d’excitant sans trop se mouiller. Aujourd’hui, Isabelle et Philippe libertinent une ou deux fois par mois. Volontiers échangistes, ils vivent cette pratique comme un jeu. Une désacralisation de la sexualité, un plaisir sensuel : “C’est un piment pour notre couple”, explique Philippe. “Nous sommes mariés depuis une vingtaine d’années et nos rapports devenaient un peu «plan-plan». Le libertinage rebooste la libido, il a resserré nos liens. Mais il faut être très complice avec son partenaire, très soudé. Sinon, ça ne marche pas!”. Ce que Jacky confirme : “Lelibertinage n’a jamais recollé un couple qui ne fonctionne plus. Au contraire. Les libertins n’ont pas envie d’être infidèles,ils font tout ensemble !”. N’en déplaise à Mylène Farmer, le libertinage rime avec câlin bien plus qu’avec catin.

RHÔNE-ALPES, CHAUD ROOM !

La région Rhône-Alpes- Auvergne recense plus de 75 clubs libertins. Elle se classe en tête du chaud room national, devant la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées (67). Dans les derniers de ce classement, les Pays de la Loire tirent la langue avec seulement 17 clubs recensés (analyse WeRomantic).

Illustration : Sophie Caquineau, © razoomanetu