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les entremetteuses

par Mélanie Marullaz - 12 oct. 2016

mon agence (très) spéciale

Sur les 1 100 agences matrimoniales que comptait la France en 1989, il n’en
reste plus que 400, dont la moitié des franchisées. En bouleversant le marché de la rencontre, la concurrence des sites internet a surtout permis l’assainissement du secteur.

Meetic, Zoosk, Easyflirt... François a surfé sur Internet pendant plusieurs mois “parce qu’à 54 ans, on sort moins, on devient fainéant. Alors on se pose devant son ordi et on choisit.” Il a rencontré des filles, venues parfois de l’autre bout de la France pour le voir à Chamonix, mais comblant rarement ses attentes : “la photo sur le site datait bien souvent de 10 ans, ou elles avaient pris 15 kg entre temps, ou n’étaient pas bien dans leur peau... Je n’ai peut-être pas rencontré les bonnes personnes non plus. Et elles aussi étaient dégoûtées, parce que sur les sites, tout est mélangé. Il y a beaucoup de faux profils, notamment des hommes mariés.” En effet, d’après l’IFOP, environ trois personnes sur dix actuellement inscrites sur un site seraient en réalité en couple, et la proportion d’utilisateurs admettant n’y rechercher que des aventures sans lendemain serait passée de 22 à 38% en 3 ans (sondage Ifop pour Cam4 - Mai 2015).

François, échaudé, s’est donc tourné vers les agences. Dans ses agences savoyardes, Valérie Périnel confirme accueillir de plus en plus de déçus d’internet : “les femmes disent qu’on les sollicite pour du sexe dès le premier soir, même chez les seniors ; les hommes en ont marre qu’on leur demande combien ils gagnent. Mais les gens ne veulent plus être considérés comme des objets et être positionnés sur un marché comme des produits dans un magasin.”

ECRÉMAGE

Changer d’entremetteur n’a pourtant pas réussi tout de suite à François. Inscrit auprès de la franchise d’une enseigne nationale, il a vite déchanté. “J’ai signé, ils ont empoché les sous et m’ont envoyé très peu de filles. Et elles ne correspondaient pas du tout à ma recherche. Une vraie escroquerie !” Pourtant, d’après Gilbert Liard, président de l’Ordre National des Conseillers en Relations Humaines (ONCRH), il y aurait eu d’abord “un premier coup de rabot avec la promulgation de la loi 89-421 et son article 6 qui obligeait le professionnel à observer un délai de rétractation de 7 jours sans pouvoir percevoir un quelconque règlement durant ce délai. Il s’en est suivi un écrémage entre les agences ayant une approche purement mercantile et les autres.

Encore une fois, François n’avait pas dû rencontrer les bonnes personnes. Depuis 2 ans, il «travaille» avec Valérie Périnel. Il a déboursé 2300€ et n’a rencontré, en tout, qu’une douzaine de femmes, “mais toutes étaient motivées, voulaient vraiment trouver quelqu’un, n’étaient pas là pour s’amuser. Ça représente un budget, on attend donc les prestations qui vont avec et un service de qualité”.

EMBELLIE

Aujourd’hui, François est encore seul. Quant à Valérie Périnel, elle ouvre sa 6ème agence en Rhône-Alpes. Les célibataires sont toujours plus nombreux et les agences matrimoniales refont surface. Gilbert Liard confirme cette embellie, tout en assumant une part de remise en question salutaire pour la profession : “je crois qu’Internet a été bénéfique pour les agences traditionnelles et sérieuses. Depuis presque la nuit des temps, nous ronronnions, nous étions des «donneurs d’adresses», le conseil ne faisait pas ou peu partie de notre équipement...” La boîte à outils s’est depuis étoffée.

© Olly