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libido, boulot, dodo

par Emmanuel Allait - 11 mars 2020

mise en orbite

FROID, FATIGUE, ABUS DE RACLETTES... AU SORTIR DE L’HIVER, LA LIBIDO EST DEVENUE AUSSI RARE QU’UN FLOCON DANS UNE STATION DE SKI. LE MOTEUR DU DÉSIR CALE, LE CUL LASSE. FAUT-IL ATTENDRE LA MONTÉE DE SÈVE AU PRINTEMPS, OU TENTER D’ACCÉLÉRER LE RETOUR DE CUL-PIDON ?

Pourquoi faire en effet dès maintenant des efforts pour une laborieuse copulation au scénario académique, du style bisou furtif, caresse fugace, pénétration bâclée, orgasme hypothétique et dodo immédiat, alors que d’ici quelques semaines, les hormones seront en ébullition et les saillies vigoureuses ?

TRAVERSÉE DU DÉSIR

Inutile de se forcer au devoir conjugal tant que l’hiver n’est pas fini. Tant que le rapport énergie dépensée/jouissance n’est pas favorable, pourquoi ne pas se la couler douce devant le suce-pense de la saison 3 de la Casa de Papel, et laisser le sexe en « ibère nation » ? Mauvais calcul ! Baisser les bras devant les difficultés n’est jamais une bonne stratégie. Si vous restez en boule sous votre plaid à manger des spéculoos, vous risquez d’entrer dans une spirale infernale qui vous donnera encore moins envie.

JE LUI FAIS POÈTE POÈTE

Sortez donc de votre apathie et montrez de l’appétit ! Histoire de remettre en branle la mécanique du désir. Comment faire ? Ne proposez pas une orgie ! Soyez romantique ! Un doigt de poésie, un soupçon de souvenirs communs, voilà la clef. Attention, n’espérez pas retrouver l’exaltation des débuts avec trois bougies, un coussin cœur, un banal resto, un bain moussant ou d’autres artifices du même acabit, tout justes bons à pimenter une saint Valentrain-train mollassonne. Pas la peine non plus, même si vos bourses sont bien garnies, d’emmener votre dulcinée sillonner les mers en lui rejouant «la croisière s’amuse», sauf si vous trouvez sexy de finir en quarantaine au large des côtes japonaises.

PLEINE LUNE

Pour ne pas choper une migraine, faites simple et sincère, du genre balade main dans la main, un soir, en montagne, pour regarder les étoiles. Un peu cucul certes, mais si cela vous permet ensuite, comme Armstrong, de planter votre éten-dard sur la lune, où est le problème ? Les constellations ne sont pas votre truc ? Il existe heureusement des applications d’astronomie très pratiques, qui feront de vous le seigneur des anneaux de Saturne, afin de ne comète aucune erreur. Subjuguée par votre savoir jupitérien, elle aura peut-être envie de s’incliner sur l’axe des pôles. Quelques positions du Kamasutra sont facilement réalisables au grand air, sans retirer la doudoune. La balance, l’andromaque, voire l’étoile de mer si le sol n’est pas trop humide (une couverture de survie sera dans ce cas très pratique) permettent à la fois de mater paisiblement la voûte céleste et de conclure par la Voie Lactée. Pas besoin d’avoir un corps d’Apollo pour retrouver Vénus. Alors, si vous sentez votre désir fléchir, ne vous éclipsez pas, sous peine de voir votre relation se transformer en étoile... filante.

©sanneberg