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sextoys : le coffre à jouets

par Mélanie Marullaz - 29 oct. 2016

jou- jou'issances

22 milliards d’euros par an, c’est le poids du marché mondial du jouet... pour adultes.
 A ce prix-là, le sex-toy est sorti des arrière-boutiques sombres aux néons aguicheurs, il s’est acheté une conduite, une notoriété, un nouveau look. Presque une virginité ?

Sex and the City - Saison 1, épisode 9 : “Il est tellement mignon ! Je pensais qu’il serait effrayant et bizarre, mais non, il est rose ! Pour les filles !” Avant d’en devenir totalement addict, Charlotte s’extasie devant le Rabbit, nouveau vibromasseur recommandé par son amie Miranda. On est en 1998, il coûte 92$ (plus de 550 francs de l’époque) et c’est la première fois qu’une série télévisée aborde ouvertement l’utilisation des sex-toys. Aujourd’hui, le lapin coquin, beaucoup moins cher, est toujours un best- seller, les endroits où l’on peut se les procurer ne sont plus ni effrayants, ni bizarres ou glauques et le marché des accessoires pour adultes est en plein boom.

Entre 2010 et 2013, les ventes d’articles coquins auraient augmenté de 58% en France*. Evidemment, Christian Grey et Anastasia Steele sont passés par là. Version papier ou à l’écran, leurs jeux érotiques ont eu un impact direct sur les ventes de jouets pour adultes. “Pour la St Valentin, trois jours après la sortie de Cinquante Nuances de Grey au cinéma, notre chiffre d’affaires a été multiplié par 10 !”, se rappelle Léa, responsable d’un magasin spécialisé, à Annemasse.

LOVE, LOVE, LOVE

Dans ce concept store de plusieurs centaines de mètres carrés, lumineux et aux couleurs acidulées, la clientèle visée est clairement féminine, comme dans la plupart de ces nouvelles boutiques qui ouvrent en France. Ici, pas de salle de visionnage, de soupirs évocateurs en bande-son, ni de lumière tamisée. “Il y a 10 ou 15 ans en arrière, dans les sex-shops, c’était surtout du porno et des hommes seuls. Aujourd’hui, ça va du petit couple joueur qui vient pour une première fois, aux cinquantenaires curieux, jusqu’au couple libertin ou tout simplement la personne qui veut faire une surprise à son partenaire... ” D’ailleurs, on ne dit plus Sex-, mais Love-shop. Bougies et huiles de massage en guise de préliminaires, on avance dans les rayons comme on devient audacieux en amour, en passant par la lingerie et la librairie-conseils avant d’entrer dans le vif du sujet : un arc-en-ciel d’accessoires de toutes les formes et à tous les prix, pour elle comme pour lui. “Les sex-toys pour hommes se démocratisent aussi”, explique Léa. “Pendant longtemps, on était surtout dans l’idée d’améliorer les performances, maintenant on trouve deux grands types de jouets, les masturbateurs et les stimulateurs prostatique, pour atteindre le Point P”. P, le pote de G, du côté masculin.

Y’A PAS DE MAL À SE FAIRE DU BIEN

La recherche du plaisir est donc de plus en plus assumée, on en parle ouvertement avec ses collègues ou son partenaire, comme le raconte Adeline, notre Savoyarde décomplexée. Cette assistante juridique de 31 ans a constitué une collection d’une dizaine de jouets, du canard au lapin, pour une utilisation d’abord en solo, à laquelle elle a ensuite converti son mari. “J’ai même fini par lui en offrir un ! On ne les utilise pas non plus tout le temps, pas à l’improviste par exemple, mais plutôt pour une soirée «spéciale», pour des rapports un peu plus élaborés. Si on a des fantasmes à plusieurs, ça permet de s’en rapprocher, mais sans passer le cap, c’est le petit truc qui vient pimenter, qui permet de sortir de l’ordinaire. Mon homme est assez ouvert, il a été curieux tout de suite, et tant mieux, sinon, ça nous aurait fait une chose en moins à partager, j’aurais dû garder ça pour moi”. Les Français préfèrent donc encore la communion à l’onanisme, dans 2 cas sur 3 en effet, ils utiliseraient leurs sex-toys en duo (d’après une étude de Priceminister- Rakuten - Février 2014).

ON VA CHEZ TOI OU CHEZ MOI ?

Mais avant de se rendre en magasin, certaines préfèrent encore découvrir l’univers des accessoires dans l’intimité ou presque, chez soi en tous cas, entre copines. Au Moulin Rose, SoftParis, Yoba... les sociétés qui proposent la vente de sex-toys à domicile se bousculent. “Il y a beaucoup de concurrence au niveau national”, confirme Kathia, secrétaire médicale et vendeuse pour la LoveForce, depuis 3 ans sur le Chablais, “mais la demande est très forte aussi, et pour y répondre, le contingent d’ambassadrices a doublé en un an. Moi, j’organise en moyenne 3 réunions pour un revenu moyen de 500/mois, ça met du beurre dans les épinards. J’ai une clientèle de 18 à 64 ans, et parfois même des mères et des filles en même temps. Les jeunes sont plus sur les huiles de massage et la lingerie, car elles ne voient pas l’intérêt d’apporter des accessoires dans leurs relations. A partir de 30 ans, elles savent ce qu’elles ont et ce qu’elles veulent, mais ce sont les quadras, qui consomment le plus, question de budget. Ce sont aussi elles qui ont le plus envie d’autres choses.”

De plus en plus design (les Suédois sont aussi passés par là, la marque Lelo propose de très beaux jouets), de plus en plus technologiques (rechargeables, matières incroyablement douces, très proches de la peau), parfois luxueux (appareils de massage ou menottes plaqués or, manche de cravache en cristal...), les sex-toys sont tendances, mais les Français restent encore assez prudes : ils ne seraient que 14% à en posséder un (étude BVA pour les magasins Passage du Désir - Février 2015).

LE PLAISIR À PORTÉE DE MAIN

Des dizaines de marques, des milliers de modèles... Mais comment trouver son bonheur ?

L’INCONTOURNABLE : le Rabbit. Vaginale ou clitoridienne, pourquoi choisir ? Le fameux Rabbit, créé en 1984, stimule simultanément les deux zones érogènes... extase quasi-garantie. En perte de vitesse dans les années 2000, il a été relooké par les Suédois de Lelo, pour une version ultra design et forcément tendance. Et pour célébrer sa vigueur, il a même sa journée internationale du Rabbit, le 22 septembre.

LE PLUS RAPIDE : le Magic Wand. Et oui, étonnamment, ce n’est pas le lapin. Conçue à l’origine pour détendre les muscles, cette baguette magique vibrante a vite été détournée de son but premier, sans perdre, loin s’en faut, en efficacité.

LES PASSE-PARTOUT : le canard, parce que franchement, sur le bord de la baignoire, entre la bouteille de shampoing et les jouets pour le bain, il n’a pas besoin de tenue de camouflage - il serait, par contre, assez médiocre en terme de sensations ; et les plugs annaux, qui, même portés en pleine journée, n’ont pas besoin de camouflage non plus.

LE RÉVOLUTIONNAIRE : le Womanizer. Lancé en 2015 dans sa première version, ce stimulateur clitoridien nouvelle génération a tout de suite suscité orgasme et enthousiasme. Simulant une aspiration, il procurerait des sensations inédites, pour un taux d’efficacité estimé à 98% par ses testeuses... Maïa Mazaurette elle-même, THE journaliste référence en matière de sexe, aurait largué son fidèle Fairy, qu’elle avait affectueusement baptisé «le lance-roquette à orgasmes», pour lui...

PETITS PLAISIRS LOCAUX

Privilégions les circuits courts, c’est dans l’ère du temps. Eau de draps affolante, crème câline pour les fesses, délice de luxe fraise ou barbapapa... Si, pour des raisons marketing, leur packaging indique Paris, les Cosmétiques Erotiques YesForLove sont pourtant bien basés à Meythet. Et c’est à Thonon - qui a dit que c’était une ville coincée ? - que le créateur de bijoux annaux de luxe Julian Snelling a installé sa marque RoseBud, dont la nouvelle gamme est quand même ornée d’un cristal Swarovski. Ça vous en bouche un... coin ?... J’ai dit un coin.

© kasezo, © sakkmesterke