degré cep

ne lâchons pas nos grappes !

par Béatrice Meynier - 10 oct. 2019

sauve terres de vignes

LE VIN DE SAVOIE A SU TROUVER LA SIENNE ET S’IMPLANTER PEU À PEU SUR LES BONNES TABLES. POURTANT, DANS CERTAINS SECTEURS DU TERRITOIRE, CE N’EST PAS TOUJOURS LE PIED POUR LA VIGNE ! AFIN DE PRÉSERVER LES VIGNOBLES D’APREMONT ET DE CHAUTAGNE, LA CAVE COOPÉRATIVE DU VIGNERON SAVOYARD A LANCÉ UNE INITIATIVE DE FINANCEMENT PARTICIPATIF.

La Cave Coopérative du Vigneron Savoyard (basée à Ruffieux) résulte de la fusion en 2016 des caves coopératives de Chautagne et d’Apremont.
Son directeur, Fabien Danjoy, en fait l’alarmant constat : si environ 170 hectares sont encore aujourd’hui exploités sur l’ensemble de ce territoire, près d’une cinquantaine ont été «perdus» depuis 2005. Un déficit conséquent qui trouve sa source dans différents facteurs.
“Nous souffrons particulièrement d’un renouvellement des générations. Beaucoup de viticulteurs ont désormais un certain âge et se retrouvent sans successeurs lorsqu’ils partent à la retraite. La conséquence est lourde, puisque cela signifie non seulement que leurs vignes ne sont pas reprises, mais aussi que certaines sont carrément arrachées !” Quelques vignerons font également le choix d’un changement de vie face aux difficultés d’un métier exigeant, assorti d’une rémunération qui n’est pas toujours à la hauteur.
Et s’ajoute à cela une pression foncière qui n’est pas des moindres, les anciennes terres viticoles étant convoitées à des fins de promotions immobilières.

NE PAS LÂCHER LA GRAPPE !

Pour «empêcher le recul des surfaces exploitées et préserver le patrimoine viti-vinicole savoyard», la Cave Coopérative du vigneron savoyard a lancé une initiative «citoyenne, écoresponsable et solidaire». Fonctionnant sous forme de financement participatif, la Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) «Les Vignes des Alpes» a été créée en décembre dernier après un an et demi de gestation. “L’idée, c’est d’acquérir des surfaces à l’abandon à Apremont et en Chautagne et de les confier à quelqu’un qui s’engage à produire. La SCIC va ainsi exploiter les vignes, le temps de trouver un repreneur”, explique Fabien Danjoy. La démarche permet en outre à des jeunes exploitants dans l’incapacité financière d’acheter des vignes, de s’installer. Et elle s’inscrit tout naturellement dans une dynamique de sauvegarde de l’environne- ment et des paysages.
La SCIC a pour objectif de sauver 50 hectares de vignes d’ici 5 ans. Elle vise un million d’euros de collecte, qui serait apporté par 1000 à 2000 souscripteurs.

CEP POSSIBLE

Pour devenir sociétaire, il faut investir au moins 500 euros, somme qui représente une part de la SCIC.
Particuliers ou institutionnels, travailleurs indépendants ou salariés, retraités, collectivités locales, associations, sociétés... La souscription est ouverte à tous et donne droit à de jolis retours. “C’est un projet de l’économie sociale et solidaire qui peut intéresser les gens de manière «gratuite», juste parce qu’ils sont touchés par le projet. Et il y a aussi des avantages plus matériels”, développe le directeur de la Cave Coopérative. “Plusieurs fois par an, les «associés» peuvent participer à des ateliers de dégustation et d’assemblage en compagnie de professionnels du secteur. C’est du concret, on leur fait vraiment mettre la main à la pâte ! Et nous leur offrons l’équivalent de 5% de leur investissement en vin (à titre indicatif 500 euros investis représentent 3 bouteilles). Ils bénéficient également d’une déduction fiscale de 18% sous forme de crédit d’impôt et de remises dans notre boutique”.

LES FRUITS DU RAISIN

L’initiative a d’ores et déjà séduit 130 souscripteurs et permis la constitution d’un capital de 130 000 euros. “Nous sommes agréablement surpris par le démarrage. Au départ, nous avons eu l’opportunité de pouvoir présenter notre projet à l’Assemblée Nationale. Il a suscité beaucoup d’intérêt et tout s’est très vite emballé sus”, souligne Fabien Danjoy, ajoutant que “5 des 7 mairies du territoire couvert par la Cave ont investi dans la SCIC”. Grâce à cette première vague, l’entité a déjà pu acheter le domaine Chautagnard dit «Les vignes des Alpes», soit 5 hectares cultivés selon les principes de l’agriculture biologique. Une acquisition totalement en phase avec la philosophie de la Cave Coopérative du Vigneron Savoyard, adepte du principe d’une « agriculture saine ».

MONTER LES DEGRÉS

La SCIC est aujourd’hui dans la deuxième phase de son développement consistant à «continuer le mouvement» en trouvant de nouveaux souscripteurs. Elle compte pour cela s’appuyer sur les actuels membres comme prescripteurs et offre un magnum de vin pour chaque parrainage. “Devenir propriétaire d’une vigne et faire son propre vin : nombreux sont ceux qui en rêvent, bien peu y parviennent. C’est souvent faute de moyens, faute de connaissances, faute de temps ou d’opportunités. Mais aujourd’hui, le rêve est à portée de main”, annonce le site internet de la Cave Coopérative. Alors si un viticulteur sommeille en vous, c’est le moment ou jamais de le « ré-vin-iller » !

 

+ d'infos : http://caveau-chautagne.com/

 

 

Ali Boubred