ding dong

de bouchons en traboules...

par Magali Buy - 2 déc. 2019

carré rose

PLACE PRÉFÉRÉE DES GOURMANDS, LA RUE MERCIÈRE SONNE L’HEURE DE POINTE. IL EST MIDI, BOUCHONS LYONNAIS ET RESTAURANTS S’ENTRECHOQUENT, AU MILIEU, ANASTASIA M’ATTEND, UNE PRALULINE DANS UNE MAIN, LES CLÉS D’UN ANCIEN COUVENT DU XVIIE DANS L’AUTRE. LE RAPPORT ? D’APPARENCE, AUCUN, ET POURTANT...

Une porte cochère, puis une seconde, elle s’engouffre dans une des plus vieilles traboules de Lyon, et referme derrière elle, en catimini. Si le passage a longtemps été emprunté par les guides touristiques lyonnais, aujourd’hui, seuls les propriétaires en profitent. Piliers de pierre, lavoirs et déco murale d’époque, l’atmosphère est chargée d’histoire, celle des Résistants cachés dans les mystères d’une vie souterraine, d’un bâtiment classé au patrimoine de l’UNESCO, prêt à révéler ses secrets. La jeune femme s’arrête, la cour intérieure fait lumière, le moment est idéal pour s’en faire l’interprète. Et pour cette podologue de métier, difficile de ne pas savoir où on met les pieds.

LA VIE EN ROSE

Pour Anastasia et Xavier Mignot, la vie marche au coup de foudre sinon rien. Tout commence il y a 5 ans au rayon d’un supermarché tropézien, elle est lyonnaise, lui berjallien, et Cupidon plutôt en forme ! Ils viennent tous deux de milieux différents, mais leurs points communs batifolent, en tête de liste, l’amour de l’histoire et des plaisirs de la vie. Sacré carburant ! “Mon mari a grandi à la campagne, avec une éducation plutôt religieuse, basée sur l’histoire et les anecdotes du coin. De mon côté, mes grands-parents m’emmenaient voir des expos, visiter Lyon et dénicher ses trésors, et m’ont appris à apprécier l’âme de la ville et son architecture. En 2016, quand Xavier et moi avons eu l’opportunité d’acheter le carré Mercière, quel bonheur de pouvoir révéler son héritage et de le sublimer.”

A LA RUE !

Ici, tout est pittoresque. Escalier poli par les années, balustrade chantournée, volets, boiseries et pavés protégés, le cahier des charges est colossal, avant même d’avoir franchi le seuil de l’appar- tement. Au premier étage, il profite d’une hauteur sous plafond aérienne et d’une belle pièce principale en forme de carré, c’est certain, il porte bien son nom. Quel cachet ! Nec plus ultra, il baigne des lumières de la rue, et pour les curieux comme moi, impossible de ne pas dévorer la vie qui y fourmille depuis des lustres. La rue Mercière est une des plus anciennes, si ce n’est la plus emblématique. Longtemps baptisée rue de l’Imprimerie, elle abrite dès le 16e siècle, nombre d’imprimeurs, libraires et artistes, acteurs de sa réputation sans précédent. Mais après la Révolution, l’activité est déloca- lisée, la rue se délabre et laisse place au monde de la nuit. Contrebande, squats en tous genres, elle devient un haut lieu de la prostitution. Et quand on sait que le carré Mercière est un ancien couvent, c’est péché !
Le quartier fait grise mine jusqu’à l’ouverture du Bistrot de Lyon en 1900, restaurant qui rend ses lettres de noblesse au plaisir de la bonne chère. Une enseigne, puis une autre, la gastronomie envahit les locaux vacants et renverse la vapeur. On laisse pousser le bouchon, et la rue reprend sa vie de place to be !

LA LUMIÈRE À TOUS LES ÉTAGES

Bien sûr, Anastasia connaît tout ça sur le bout des doigts, elle adore ce folklore, il n’en faut pas plus pour l’émoustiller. Et quand on sait que son mari est rugby-man pro, se mettre des défis ne devrait pas être un souci : “Quand je suis dans l’ancien, j’ai envie d’apporter du confort et de la modernité, mais surtout de conserver l’essence première. On a fait 4 mois de travaux pilotés par un artisan un peu fou, véritable génie du bâtiment et des matériaux. Sa base-line : je rénove l’ancien et rien n’est un problème ! On a des souvenirs incroyables estampillés sur un pêle-mêle dans l’entrée, c’était épique ! J’avais 29 ans, mon mari 22, c’est notre premier bébé et un sacré challenge. Et même si quand on aime, ça n’a pas de prix, les premières nuits, on n’a pas beaucoup dormi!” Les époux ont mis toutes leurs billes, remonté leurs manches et participé intégralement à la rénovation. S’ils ont conservé les parquets, arches en pierre, ou plafonds à la française, a contrario, l’électricité les a fait disjoncter. Question de mise aux normes, mais aussi d’esthétique, ils ont pris le parti de mettre en lumière le moindre recoin historique. Et coller des interrupteurs partout, quel foutoir ! A cœurs vaillants rien d’impossible, c’est pari gagné, l’authentique est là, propre et bien huilé, il est grand temps d’aménager...

GLAMOUR TOUCH !

Chaises d’inspiration Voltaire en plexi, table en verre ou canapé capitonné, leur choix se porte sur du mobilier de créateurs haut de gamme, du plastique au laqué, de l’inox au vernis. Dans des tons de gris et de blanc, des matières douillettes et confortables réchauffent l’atmosphère sans modération, laissant place aux effusions en tous genres, ou au farniente des moins polissons. Tapis molletonnés, jetés de lits en pilou-pilou, ou drapés velours, l’ambiance rétro chic s’invite et vous love dans une intimité parfaite. Mais quand l’heure est à la fête, les rideaux blindés laissent entrer la lumière et place au banquet ! Chandeliers éparpillés, corbeille de fruits frais, bouquet d’orchidées blanches ou pomme à croquer, pour Anastasia et Xavier, il n’y a pas meilleure déco que le sourire de leurs invités. Accroché au mur d’époque, un tableau de Philippe Shangti résume parfaitement le tout. Une scène gargantuesque qui réunit femmes provocantes et sexy, gastronomie un brin aristo et histoires à gogo... Pas de doute, 4 siècles sont derrière, et on est bien rue Mercière.

+ d’infos : http://carremerciere-lyon.fr

© Teo Franck /© Lara Ketterer