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fenêtres sur (belle)cour

par Agnès Guillaume - 5 févr. 2017

Mesures & démesure

Situé sur la place Bellecour, cet appartement bourgeois de 400 m2, dont les propriétaires restent discrets, offre un décor à couper le souffle. Sa réhabilitation, avouons-le, onéreuse, a été entièrement confiée à la décoratrice Dominique Giughese.

Garder un œil sur la sculpture équestre de Louis XIV n’est pas donné à tout le monde. Mais l’essentiel est ailleurs ou plutôt à l’intérieur, à l’abri des regards et des indiscrets. Lorsque Monsieur et Madame B. prennent rendez-vous avec Dominique Giughese, ils n’ont pas de cahier des charges en tête. Ils lui ont déjà confié un précédent appartement et lui donnent carte blanche pour ce nouveau chantier.

“La crise n’avait pas encore sévi et le budget était très important”, explique l’architecte d’intérieur. Les 400 m2 se répartissent en deux parties. Une, centrée sur la vie de famille (trois enfants), la deuxième, sur la vie sociale. On est clairement dans un appartement de prestige et de réception. Six mois de travaux pour quasiment tout revoir. “Côté gros œuvre, on a cassé quelques murs pour créer une salle de bain, des sanitaires, un vaste dressing et une cuisine fonctionnelle. On a conservé les moulures existantes et le parquet Versailles qu’on a seulement remis en état”. Tout l’art de Dominique a été de proposer une décoration clé en main, pièce par pièce.

LE WENGÉ COMME UNITÉ DE STYLE

La visite débute par l’imposant hall d’entrée de 40 m2. Ici, deux fauteuils anciens côtoient une table en crocodile et un miroir vénitien. Le ton est donné. Avant même les salutations d’usage, on découvre au loin les pièces en enfilade. On fait une halte dans la salle de réception aux dimensions majestueuses. “Je suis partie d’un tableau qu’affectionnaient les propriétaires, peint dans les tons pastel. J’ai choisi des rideaux en taffetas avec des bandes de couleurs. Et, summum du détail, chaque chaise en cuir reprend une couleur des bandes”. Compte tenu de la hauteur sous plafond, le budget rideaux a été colossal.

Etrangement, se dressent ici, non pas une, mais deux tables. “On voulait pouvoir organiser des dîners thématiques où les femmes et les hommes seraient séparés par exemple...” On lève la tête pour apercevoir le lustre en cristal qui fait désormais partie des murs. “Cette pièce chinée est très difficilement transportable”. Juste après, suit le salon dans le même esprit et surtout de même dimension, près de 70 m2. “Ici, tous les meubles viennent de Souplina à l’exception des fauteuils en cuir signés Méridiani.” Pour atténuer la couleur forte des murs, toutes les patines ont été réalisées en ocre tirant sur le carmin. Pour le mobilier, Dominique a opté pour la neutralité du taupe.

UNE ENCLAVE D’INTIMITÉ

Petite pépite de bonheur lorsqu’on se pose un instant dans le couloir transformé en « home sweet home ». “Cette partie de l’appartement était aveugle, étroite et peu accueillante. J’ai conçu un couloir façon Coste avec des vitrines éclairées, des chaises hautes capitonnées où il fait bon s’asseoir. Un lieu agréable pour prendre le café du matin, dîner en tête-à-tête ou s’affronter au bridge... Je sais qu’aujourd’hui les propriétaires l’ont totalement investi”.

Changement de décor lorsqu’on pousse la porte de la cuisine. Le blanc ressort comme une évidence. Tout est fonctionnel, rationnel. Du design à l’état pur.

On poursuit la visite avec la chambre des parents très feng shui avec juste une ou deux œuvres mises en valeur à l’instar de cette sculpture vers la tête de lit. Petite entorse à la règle, le parquet est en chevron classique. Le dressing attenant permet toutes les séances de shopping effrénées. Enfin, de l’autre côté du couloir, on pénètre dans une vaste salle de bain. Une baignoire carrée et des vasques de chez Duravit composent le mobilier. “Lors de la démolition, on a découvert ce mur en pierre et finalement toute la pièce s’articule autour de lui. Il est devenu un élément de décoration à part entière”.

On pourrait encore ouvrir des portes, mais la visite s’arrêtera là. Derrière, se dresse une partie plus intime qui restera secrète, à l’image des familles lyonnaises nanties.

Photos : Studio Erick Saillet
Agnès Guillaume
Agnès Guillaume
Journaliste