ding dong

la beauté des lés

par Christine Pirot Hébras - 2 déc. 2019

un grain de folie maîtrisé

POUR JULIE BRIEST, LA COULEUR N’A PAS DE SECRET. EN TÉMOIGNE SA MAISON DES ANNÉES 30, DANS LAQUELLE CETTE COLORISTE ET DÉCORATRICE DE FORMATION A CHOISI DE LAISSER S’EXPRIMER SA CRÉATIVITÉ ENTRE RESPECT DE L’ANCIEN ET ORIGINALITÉ.

"C'est une chance sur Lyon de bénéficier d’un accès extérieur, un jardin plein de charme avec des rosiers grimpants” avouent Julie et son mari Steve. Un atout pour cette maison des années 30’, alors divisée en deux appartements distincts, avec un escalier extérieur en béton. Le premier objectif de cette rénovation est de relier les deux étages par un magnifique escalier en colimaçon du 19e siècle déniché par le couple dans une étude notariale. Un élément ancien qui ajoute un cachet supplémentaire à l’entrée, avec sa rambarde en fer forgé, ses marches en chêne et sa rampe en noyer.

LUMIÈRE TRAVERSANTE

L’espace du rez-de-chaussée est alors traversé par un long couloir en enfilade distribuant plusieurs petites pièces, caractéristiques des habitations anciennes. Cette configuration n’est pas au goût du couple, les différents volumes cloisonnés empêchent une circulation fluide et laissent peu de place à la fantaisie. Julie explique : “Adieu murs et cloisons ! Nous avons opté pour un espace ouvert afin d’obtenir une maison traversante, de gagner en luminosité et de créer un lieu de vie et de partage convivial pour la famille.”

LE SOUCI DU DÉTAIL

“En dehors de la restructuration de l’espace, nous nous sommes attachés à conserver au maximum l’existant, à mettre en valeur les éléments d’origine comme les portes, les parquets et le carrelage en carreaux de ciment du couloir...”, avoue Julie. Par souci d’authenticité et pour redonner du cachet à cette maison, rien n’est laissé au hasard. Même les interrupteurs en porcelaine ont été chinés par le couple sur Le Boncoin. La couleur est au centre du projet. Dans son métier, cette directrice des peintures Ressource est amenée à prendre en compte l’aspect psychologique de la couleur dans l’habitat. Julie a appliqué le même principe dans sa maison, choisissant la couleur en fonction de chaque espace, l’occasion de créer des ambiances différentes.

TROMPE L’ŒIL

Dans le salon, cette coloriste a choisi de laisser parler ses envies et exprimer sa créativité en matière de décoration, ce qu’elle appelle «son grain de folie». Voulant faire entrer la végétation dans la pièce, le vert «Eucalyptus» s’est imposé depuis la fenêtre. Le mur offre une palette subtile de nuances rappelant le jardin. Les couleurs patinées alternent avec des parties en papier peint déchiré qui retranscrivent de manière étonnante les marques du temps. Une idée de Julie après avoir essayé un premier papier peint durant un an, puis un deuxième... dont elle s’est également lassée, trouvant le résultat trop sage ! Au final, elle explique : “Cela ne me convenait pas, j’ai préféré tout arracher un soir, et travailler le mur en superposant papier peint et peinture, afin d’obtenir une usure et des traces du passé qui me plaisent bien.”

PALETTE AUDACIEUSE

La salle à manger couleur «Charbon» est imaginée comme un écrin pour mettre en valeur chaque repas. Pour Julie : “On doit se sentir enveloppé comme dans un cocon, d’où l’idée de cette boîte noire qui apporte de la convivialité et fait de chaque rendez-vous à table un moment privilégié.” Autre pièce, autre ambiance ! A l’inverse, la cuisine est très lumineuse. Pour Steve, qui est aux fourneaux, “la raison est technique, celle de pouvoir cuisiner en ayant de la lumière !” Une évidence qui se traduit par des murs vert pâle et des façades laquées d’un blanc chirurgical accentuant la clarté de la pièce.

LA COULEUR COMME REFUGE

L’atelier couture est la pièce de Julie, son recoin personnel pour créer et se ressourcer. Pour cette pièce, elle explique : “Comme les plafonds sont hauts, j’ai voulu recréer un refuge par la couleur en reprenant la teinte des murs qui monte en une voûte enveloppante.” Clin d’œil original à la fonction de cette pièce, des bobines de fil chinées aux Puces du Canal sont transformées en patère. Les papiers peints ne sont pas oubliés pour habiller chaque pièce. La chambre de leur fils Sacha est tapissée en soubassement d’un papier peint à motifs rétro. Pour cette maman : “Les dessins éveillent son imaginaire, c’est aussi une ligne d’horizon apaisante lorsqu’il joue au sol. Tout comme la couleur sombre des murs et du plafond est une manière de créer une boîte, un chapeau enveloppant et rassurant pour notre fils de 5 ans.” Peintes en noir, les plinthes et la baguette de finition sont un cadre pour le papier peint et finissent de souligner la chambre avec chic.

CONTRASTES HEUREUX

Le palier du premier étage quant à lui, est entièrement tapissé de lés de papiers peint vintage années 50’-70’ chinés : “L’escalier est un lieu de passage idéal pour s’amuser, l’occasion de découvrir, à mesure que l’on avance, des motifs rétro jouant l’alternance et dont on ne se lasse jamais. C’est aussi l’occasion de lier les deux étages, en mariant l’ancien très pré- sent avec un côté galerie dont les teintes orangées équilibrent les couleurs froides du rez-de-chaussée.”
Dans la salle de bain, Julie a créé entièrement le mur en parement de briques rouges, travaillant la couleur pour ajouter une patine qui donne l’impression que le temps a fait son œuvre. Le résultat est à s’y méprendre ! En contraste avec ce mur brut, un lustre en pampilles de cristal brille au centre de la pièce. Enfin, traitée dans des teintes pastel, la chambre parentale est une invitation à la détente, dominée par un blanc crayeux sur le mur de la tête de lit enduit à la chaux fine. Pas d’excentricité, mais un travail subtil sur la matière jouant sur les nuances de blanc...

photos : Frenchie Cristogatin
Christine Pirot Hébras
Journaliste