ding dong

la maison
aux chaises musicales

par Estelle Coppens - 15 févr. 2017

l'auberge espagnole

En banlieue lyonnaise, une maison du 19ème siècle jongle avec les époques et les styles, en toute authenticité. Et avec bonne humeur. Le goût personnel comme élément essentiel.

Haute de deux étages, cette demeure de l’ouest lyonnais, banlieue cossue et paisible, a une identité propre, loin des canons actuels qui plébiscitent jusqu’à l’overdose le vintage ou, à l’autre bout du spectre, les intérieurs ultra-modernistes plutôt réfrigérants question atmosphère. Difficile en effet de confondre l’endroit avec un showroom de mobilier italien... Non, ici, il y a beaucoup de vie. De couleurs et d’imprimés. D’objets. Exit les solutions toutes faites. Les meubles passent et ne se ressemblent pas. Seule constante : le mélange revendiqué de matériaux anciens et de teintes contemporaines.

Ne souhaitant pas s’orienter vers un style particulier, les propriétaires, du genre hyperactifs et habiles en diable de leurs dix doigts, ont choisi de développer un univers : le leur. Le mot d’ordre est au fait maison. Et cela dure depuis des décennies. Il y a 40 ans que le couple a posé ses valises dans cet ancien bâtiment à mi-chemin entre la maison de bourg et la ferme. Bâtiment qu’ils ont entièrement retapé au fil des ans, durant les vacances et les week- ends. Que la maison ait longtemps abrité un cabinet médical, couvé une tribu de 4 enfants, et qu’elle voit aujourd’hui gambader douze petits-enfants, ne fait qu’ajouter du défi au défi.

UN BATAILLON DE COMPÉTENCES ET DE TALENTS

Lui est le genre d’homme que l’on bénit d’avoir pour voisin : il sait tout faire. Accessoirement, il était médecin. Elle, ancienne dentiste, n’est pas en reste : férue de décoration, de peinture et de couture, elle est tout aussi moteur dans les transformations que connaît en continu cette maisonnée, qui compte une centaine de mètres carrés par niveau. Hop, tous les 3-4 ans, Marie modifie notamment les tonalités des murs, pour le plaisir de changer et surtout pour fuir les intérieurs figés dans le temps. “Quand je me rends chez des amis, je suis toujours étonnéede constater que rien n’a bougé depuis 20 ans !”. Impensable pour le tandem. Illustration : l’esprit un peu gustavien du salon gris du rez-de-chaussée ne correspond plus à leur goût : trop précieux. Marie est sur la piste de canapés de style scandinave et de tables rondes gigognes pour gommer son côté désuet et lui redonner de l’allant. Ses lieux de prédilection : les Puces du canal, où elle a fait l’acquisition, l’année dernière, “à un tarif un peu élevé”, d’un lot de chaises colorées en provenance d’Europe de l’Est, qui dynamisent la cuisine campagnarde aux tommettes. 

“Comme nous aimons faire évoluer le décor régulièrement, nous ne consacrons pas des fortunes au mobilier”. La solution : chiner pour redonner du peps. Et fabriquer soi-même.
Monsieur a percé lui-même les nombreuses verrières qui éclaboussent l’intérieur de vert. D’ailleurs, le grand jardin échevelé, autre terrain de jeu du docteur, a été photographié par Botanic pour illustrer l’un de ses catalogues. Un autre talent à ajouter à la liste, sachant que Jean a également conçu la plupart des tables et des bibliothèques de la maisonnée. Et l’énumération s’allonge quand Marie révèle que son « mari est un artiste dans l’âme ». Plaît-il ? Et oui, c’est encore lui qui a confectionné les trophées d’animaux de tous poils qui peuplent la demeure. Quant à Marie, elle a peint bon nombre des toiles qui ornent les murs, notamment dans la chambre aux tons bleu-canard-turquoise. Respect.

UNE MAISON QUI VOIT DOUBLE

La présence d’un cabinet médical en rez-de-chaussée, aujourd’hui transformé en cuisine et salon d’été explique l’existence de 2 cuisines et de 2 salons, à la fois de plain-pied et au premier étage. Une spécificité qui s’avère aujourd’hui bien utile quand il s’agit d’accueillir toute la famille le week-end, avec un potentiel de 22 convives... Tout en permettant de profiter d’atmosphères contrastées.

“Nous avons préféré faire à notre manière pour les différents réaménagements de la maison, sans faire appel à un architecte. Lequel aurait certainement préconisé de tout casser. Or notre maison reflète les différentes étapes de notre vie, elle s’est construite avec nous”, résume joliment Marie.

« Dépouillé » n’est pas précisément l’adjectif qui convient pour décrire la physionomie des lieux... “On est très collections, confirme Marie tout sourire. Je trouve que cela donne tout de suite une ambiance, et que l’on peut créer des ambiances avec tout.” Mais en ce moment, Marie a mis la pédale douce sur cette inclination : “Je ne peux plus rien mettre dans ma maison ! Et puis il y a des moments dans la vie où l’on a envie de davantage d’épure, de se libérer un peu... Avant de recommencer !”

Photos : Frenchie Cristogatin