ding dong

un air de toscane lyonnais

par Estelle Coppens - 15 févr. 2017

on dirait le Sud

On a souvent dit que Lyon avait de petits airs toscans. Cette belle maison de l'ouest lyonnais, aux ambiances contrastées, joue de cette parenté.

Maison de bord de mer, avec ses poutres immaculées et son décor vivifiant ? Appartement de ville lumineux, planqué dans un coin secret de Toscane ? Maison de campagne enviant ses consœurs de la ville ? Vu de l’intérieur, peu d’indices laissent à penser que cet espace, dosant avec doigté matières brutes, mobilier intemporel et pièces contemporaines, s’est niché dans une vieille ferme des environs de Lyon. Le décor a cette qualité d’être à la fois raffiné ET accueillant. Il met d’emblée à l’aise : on ne s’assoit pas du bout des fesses sur le canapé gris (Lowland, Patricia Urquiola pour Moroso), vaguement intimidé par l’aseptisé de la scène. Non, ici, le mobilier vous dit “Prenez place, vous êtes entre de bonnes mains. Profitez !”. On se voit presque déjà deviser avec les hôtes dans le petit salon de l’entrée, une tasse à la main, et rectifier sa coiffure dans l’un des miroirs circulaires Adnet Gubi, avant de passer à table.

Installés depuis une dizaine d’années, les propriétaires avaient envie de réveiller leur lieu de vie, de le faire changer de personnalité. Le couple est donc retourné toquer à la porte de Claude Cartier, lui confiant pour la seconde fois, les clefs de leur maison de près de 300 m2. La fidélité paie. La décoratrice lyonnaise ne les a pas abandonnés en rase campagne. Sa partition montre toute la maîtrise et le sens de la composition qu’elle est capable de déployer. L’introduction de couleurs franches, sans débordement ni charivari, met au chômage technique les variations plus contemplatives (et plus vues) autour du crème, du taupe, de l’anthracite. En accord avec les propriétaires, la décoratrice a ainsi choisi de laisser la couleur s’exprimer librement. Avec pour résultat, des effets sur le moral, similaires à une balade sur la plage, hors saison, un jour de grand soleil et de zéphyr.

NOM DE ZEUS !

Dans le grand salon, qui accueille plusieurs éléments décoratifs forts, tout est question d’équilibre : par leurs lignes graphiques, légères et qui semblent comme imprimer un mouvement, la suspension ronde Vertigo répond au mythique lampadaire à trois bras de Serge Mouille. Des touches discrètes de rouge et de jaune forment un parfait ménage à trois avec le gris. Ce traitement chromatique rend ce dernier plus lumineux, moins neutre. Quant à l’épatante fresque, elle confère beaucoup de noblesse et de magnétisme à la pièce. Il s’agit du papier peint panoramique Desus qui reprend le détail d’une fontaine de Rome. Zeus, descendu de son Olympe pour l’occasion, semble surveiller les destinées de la maisonnée. A côté du mur en pierres, à gauche de la fenêtre, une toile prolonge l’ambiance italianisante ; ses hautes frondaisons évoquent la Toscane. Le sol, en pierre claire, fait office de trait d’union entre les différentes époques, avec son charme serein et immuable fait pour traverser le temps. Sur le manteau de la cheminée, on aperçoit une partie d’une grande photo du photographe lyonnais Cédric Rouillat.

RETOUR VERS LE FUTUR...

Les beaux volumes du salon-salle à manger sont mis en valeur par la dominante du blanc, zébré par des lignes graphiques noires. Un peu plus loin, vers l’entrée qui n’existait pas et qui a été aménagée par les décorateurs, un vestiaire est dissimulé dans une bibliothèque. Claude Cartier et son équipe se sont amusés à décupler l’aspect géométrique des poutres apparentes et de celle, porteuse, qui dessine une flèche dont le chapeau serait renversé, au milieu de la pièce. Sur cette toile de fond noire et blanche, une série d’objets jaunes, disposés çà et là, lancent leur fusée éclairante. Discrète mais ô combien précieuse, dans un coin, une coiffeuse, toute en laque brillante à l’extérieur et en chêne massif, incrusté de cristaux Swarovski, à l’intérieur, annonce le grand retour d’un meuble ressorti des décennies passées.

Dans la chambre mansardée, les visages du papier peint Fornasetti volent la vedette. Les héritiers du designer italien, lassés de voir les nobles motifs inonder le marché des produits dérivés, ont décidé de mettre un coup d’arrêt à la production de ce papier peint. Il s’agit des derniers rouleaux que la décoratrice a pu se procurer. Un coup de maître !

Photos : Studio Erick Saillet