éditoLARAPORTEUSE

Lara Ketterer
Lara Ketterer
meneuse de revue
6 sept. 2019

play again !

"Alors, que veux-tu faire plus tard ?” La question s’est aussitôt mise à jouer au billard américain, rebondissant à la vitesse d’un flipper - la machine, pas le dauphin - sur les parois de ma boîte crânienne. Ça fait flipper. D’autant que cette dernière n’est pas bien grande, il faut reconnaître, quoiqu’un peu plus depuis que j’ai pris la grosse tête. C’était en Ecosse le mois dernier, lorsque j’ai réussi à formuler une phrase entière en anglais n’écoutant que mon courage et mon gosier à étancher. Pas de quoi prendre le melon!? Détrompez-vous, la performance relève de l’exploit chez moi. Devant ma requête en kit, le barman en kilt a même pris un air entendu, voire admiratif, sans doute troublé par ma syntaxe détaxée, brexit oblige, doublée d’un accent qu’Arafat n’aurait en rien renié. Quoi qu’il en soit le message est passé. L’homme est revenu avec un french coffee fumant, comprenez une cafetière bodum à presser, on n’a peut- être pas inventé l’eau chaude, mais le café à pomper, Shad’ok. Alors oui, j’avais commandé une pinte de bière, mais là n’est pas la question. C’est l’intention qui compte.

So what ? Que veux-tu faire plus tard ? J’ai toujours répondu, un peu précipitamment sans doute : Anne Sinclair. Enfiler des pulls woolite sous 40 degrés à l’ombre des projecteurs et des yeux aussi bleus que la cuisson de mes steaks, susurrer des questions indiscrètes en battant des cils et accoucher par le siège des politicards sans péridurale, c’est rudement tentant. Mais à bien y réfléchir, assurer le 7 sur 7 pendant que ton homme se tape des 5 à 7, c’est comme le mohair, ça me donne de l’urticaire.

Alors quoi ? Avocate bien mûre attachée aux barreaux d’un li’tige? Ça interpelle, je dois avouer. Ou traductrice de notices de montage de meubles do it yourself? Avec mes nouvelles compétences linguistiques, on créera à coup sûr une ligne Déco by Picasso. Et pourquoi pas écrivaine en veine depuis qu’elle a une touche avec son clavier? Une femme azerty en vaut deux, vous prêchez une Qwerty!

Ah non ! J’ai trouvé : quand je serai grande, je serai Miss Gulliver ! Mon passeport, aussi vierge que le casier de Sarkozy, ou presque, difficile de lutter, réclame la fin de l’immunité parlementaire. Il s’en tamponne de mes excuses bidons : maintenant que me voilà quasi bilingue, le monde va me faire du gringue. Et l’éconduire serait inconvenant, un con venant le confirmerait. De plus, ne dit-on pas que les voyages forment la jeunesse : si une place en Boeing vaut un lifting, je préfère me tirer au bout du monde, que la peau des fesses !

“Alors, chérie, que veux-tu faire plus tard, après le petit dej’ ?

Heu... La question s’est aussitôt mise à jouer au billard américain...