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stations : ça chauffe !

par Pascale Godin - 15 déc. 2016

fronts de neige

Les Alpes ont la fièvre. Face au bouleversement climatique, les stations anticipent le futur en développant d’autres ressources. Même si le ski reste au cœur du modèle.

2 degrés... En un siècle, la température dans les Alpes a augmenté de 2 degrés. Sécheresses, canicules, chutes de neige de plus en plus tardives, le phénomène s’accélère depuis les années 80. Et l’enneigement devient aléatoire au-dessous de 1500 mètres. Directement impactées, les stations de basse et moyenne altitudes jouent sur 2 fronts. Réduire les émissions de gaz à effet de serre, et s’adapter aux mutations climatiques pour perdurer.

SUREMENT, MAIS LENTEMENT

“Il ne faut pas tout bouleverser, mais prendre un virage progressif sans aller trop vite. On ne peut pas se passer de l’hiver”. Philippe Trépier, maire des Aillons-Margériaz en Savoie, est inquiet. Les 3 derniers hivers ont été compliqués. Tardifs. Les pistes de la petite station poussent à 1500 mètres. C’est bas. Plus haut, le stade de neige de la Margériaz reste préservé. Mais la fréquentation touristique piétine, après avoir sauvé le village à la grande époque de l’or blanc : “Au début des années 60, la commune subissait les effets de l’exode rural, tout le monde partait travailler en ville et l’agriculture mourrait”, rappelle Philippe Trépied. “La création de la station, en 1964, a permis aux cultivateurs de trouver un emploi l’hiver. Et l’argent du ski a permis, entre autres, de relancer la fromagerie.”

Difficile d’anticiper le bouleversement climatique à l’époque, personne n’y pensait. Sauf qu’il touche désormais la plupart des stations de la Chartreuse, du Vercors ou du massif des Bauges. Pas de panique, la neige ne va pas disparaitre d’un coup. Le climat évolue sûrement, mais lentement. Et pour Christophe Chaix, chargé d’études du changement climatique à la Mission Développement Prospective Savoie (MDP73) : “Le sujet est extrêmement complexe. C’est la première fois que l’espèce humaine s’interroge sur ce qu’elle peut faire à long terme. Nous n’avons strictement aucune idée de ce qui se passera dans 100 ans”.

L’HAUT DANS LE GAZ

D’abord, limiter la casse. En montagne, 57% des émissions de gaz à effet de serre proviennent des transports vers la station. Les trafics routiers et aériens augmentent, le trafic ferroviaire sature en hiver: “Du coup, les gens viennent en voiture !”, déplore Christophe Chaix. “Nous avons identifié des solutions, mais rien n’a encore été fait !” Le livre Blanc du Climat en Savoie (disponible en téléchargement sur le site de la MDP73) préconise, entre autres, le développement de transports collectifs adaptés, et l’amélioration de l’offre sur les derniers kilomètres et sur les liaisons entre fonds de vallée et stations. Un développement qui nécessite de nombreux investissements et surtout, une cohésion entre les différents acteurs du territoire. Ce qui n’est pas encore le cas. Mais pour Michel Giraudy, maire de Bourg-Saint-Maurice et Président de l’association France Montagne, l’urgence serait plutôt dans la rénovation du bâti : “La réduction des gaz à effet de serre passe aussi par là. A Bourg-Saint-Maurice, nous lançons l’opération «Cap Energie». Nous allons repenser 18 de nos bâtiments municipaux d’un point de vue énergétique. L’opérateur nous garantit, contractuellement, une baisse de consommation et d’émission de GES de 40% !”.

 

BOUILLON DE CULTURES

Le champ d’action est vaste. S’il représente une véritable manne économique depuis les année 60, le ski ne doit pas faire oublier que le territoire possède d’autres ressources et d’autres atouts. Les 2 peuvent cohabiter, affirme Christophe Chaix : “On peut maintenir les activités actuelles, tout en trouvant comment développer d’autres façons de faire ou de penser. Cette problématique interroge notre implication dans la vie, comment on peut agir pour peser, un tant soit peu, sur ce qui apparaît comme inéluctable.”

Pour préserver l’activité ski, la neige de culture palie à des hivers trop doux. Aujourd’hui, la plupart des stations s’équipent : “Nous avons lancé un dossier dans le cadre du «Plan Montagne» (voir encadré) précise Philippe Trépied. “C’est un plan de neige de culture pour 2 pistes sur la station des Aillons. Nous attendons de savoir s’il sera pris en charge par la région et nous envisageons de développer la luge d’été”. Selon les territoires, la saison estivale représente entre 20 et 30% de l’économie touristique. En misant aussi sur une cascade de tyroliennes, une via ferrata, la spéléo-rando et d’autres pratiques, les Aillons veulent étendre l’activité touristique aux 4 saisons. Mais la station reste encore tributaire de l’hiver : “Notre clientèle est familiale, il faut qu’il y ait d’autres activités que le ski, même en hiver. Nous voudrions ouvrir la piscine municipale, mais il faudrait la couvrir. Et nous manquons de moyens”, se désole le Maire. “80% de notre clientèle vient des Savoie et nous voulons aussi développer un vrai tourisme de séjour. Nous ne pourrons y arriver que si une politique touristique territoriale est mise en place. Il faut qu’on se batte avec notre potentiel, c’est un vrai défi !”

PLUS FORTS, PLUS PRÊTS

Chaque station est unique et possède des ressources spécifiques. “A défaut d’or blanc, le territoire sera extrêmement valorisable demain”, affirme Cristophe Chaix. “C’est une question de volonté politique, les élus choisiront les solutions. Et il faut être ouvert à toutes.” A Bourg-Saint-Maurice, l’avenir passe par la transformation d’un ancien quartier militaire en zone touristique ouverte à l’année. Avec un hôtel, un spa, un espace séminaire. Michel Giraudy cible un tourisme international en tirant vers le haut l’image de la station. Mais il prend aussi l’exemple de nos voisins pour justifier le développement d’autres activités : “Toutes les grandes stations suisses vivent à l’année, grâce à des structures comme les écoles privées. Si les stations françaises ouvrent des écoles hôtelières, des cliniques, des activités liées au secteur digital, nous pouvons créer 100 ou 200 emplois pérennes. Le cinéma reste ouvert, le boulanger aussi, la piscine municipale vivra mieux. Une activité à l’année favorisera le tourisme à l’année...”

Autant de stations, autant de défis. Et Christophe Chaix ne doute pas de la capacité d’adaptation des communes : “Il faut se donner des objectifs, faire preuve d’innovation, d’imagination, se tenir prêts pour que les impacts soient minimisés. Ce qui peut créer des opportunités, tout en sachant que maintenir le ski fait aussi partie des objectifs. Et les opportunités, pour les territoires savoyards, c’est d’être plus forts et plus prêts que les autres.”

Sources : météo France

PLAN NEIGE, BACK TO THE FUTUR ?

Le nouveau plan neige de la région Rhône-Alpes-Auvergne prévoit 10 millions d’euros pour l’enneigement des stations, auxquels s’ajouteront 50 millions pour poursuivre l’équipement. A terme, il vise un objectif de 200 millions sur 6 ans, grâce au potentiel apport des conseils départementaux et des investisseurs publics et privés. Ce nouveau plan s’inspire du plan neige de Georges Pompidou. Et renvoie aux oubliettes le programme «montagne 2040» de la majorité précédente.

ÇA CHAUFFE !

Les modèles climatiques prévoient tous une augmentation progressive de la température moyenne de l’air sur l’ensemble du globe, au cours du 21ème siècle. En France, cette augmentation se situerait, à l’horizon 2100, entre 1 et 5°C par rapport à la moyenne 1976-2005. Cette large fourchette est due aux différences entre les modèles de climat, à l’incertitude sur les quantités de gaz à effet de serre que l’humanité émettra au cours du siècle et à des différences régionales.

© michelangeloop, © Franco Visintainer, © Eléonore H, © SEM des Bauges