en chantier

urbanisme au passé
- annecy centre-ville -

par Mélanie Marullaz - 6 nov. 2019

XXe siècle l'îlot trésor

AVEC LE TOURISME ET LE DÉVELOPPEMENT DE L’INDUSTRIE, À LA BELLE ÉPOQUE, ANNECY CHANGE D’ÉCHELLE. EN PLEINE EXPANSION ÉCONOMIQUE ET DÉMOGRAPHIQUE, ELLE A BESOIN DE POUSSER LES MURS, D’IMAGINER DE PLUS VASTES ENSEMBLES, PRÈS DE LA GARE ET DU LAC.

"L’histoire d’Annecy, c’est une Histoire du 19e et du 20e siècle”, résume Arnaud Dutheil, directeur du Conseil d’Architecture d’Urbanisme et de l’Environnement de Haute-Savoie (CAUE 74). “On donne de l’épaisseur historique à la ville, on conserve et on ajoute. C’était une très petite ville avant ça.”
Au crayon, les Frères Georges et Paul Fournier, deux architectes parisiens qui commencent par dessiner des bâtiments dans le quartier de la Gare. L’intention est très claire : il faut impressionner le visiteur dès sa descente du train. En rupture avec la construction traditionnelle annécienne, les premiers immeubles qui sortent de terre en 1929, rue des Glières et Vaugelas, sont donc inspirés de l’architecture des grandes villes, utilisant tous les codes et le vocabulaire de l’Art Déco. Sur 6, voire 7 étages, ils alignent des bow-windows, grâce auxquels les façades s’animent; insèrent des balcons aux garde-corps en ferronnerie, reprenant les motifs de fontaines, spirales, virgules ; et aux coins des bâtiments, leurs angles n’en sont pas, l’Art Déco leur préférant les pans coupés ou les arrondis.

Projet d'immeubles dans le quartier du lac, avant-guerre.

UN PROJET BÉTON

On leur commande ensuite un projet de plus grande ampleur : la construction d’un quartier entier avec logements, hôtels ou magasins, en lieu et place de l’ancienne caserne Decoux, sur le Quai Eustache Chappuis et la rue du Lac. “La modernité des îlots Fournier réside aussi dans leur utilisation du béton armé, remarque Arnaud Dutheil. La construction n’est plus en pierre, ils utilisent le procédé Hennebique -du nom du père de la poutre à étrier, système de construction en béton armé-, ça y est, on a changé d’époque, on est vraiment au XXe siècle !” Prévu pour une livraison en 1941, les travaux sont interrompus par la mort de Georges Fournier et la guerre, pendant laquelle son frère est mobilisé. Les immeubles du quartier du lac seront donc achevés en 1945. Georges Fournier est également à l’origine du projet de l’Hôtel Splendid et de l’Ancienne Chambre de Commerce et d’industrie.

Avec la collaboration d'Eliane Masset, Guide-conférencière d'Annecy / © Dominique Lafon / © Fonds Paul Fournier de la photothèque des musées d’Annecy