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urbanisme au passé
- évian et l'hôtel royal -

par Mélanie Marullaz - 6 nov. 2019

XXe siècle royal de luxe

1905 - LA SOCIÉTÉ ANONYME DES EAUX MINÉRALES D’ÉVIAN COMMANDE À L’ARCHITECTE PARISIEN ALBERT HÉBRARD, QUI A DÉJÀ CONÇU LES PLANS DE SA BUVETTE, « LE PLUS BEL HÔTEL D’EUROPE ». S’IL Y AVAIT UNE ÉCHELLE POUR MESURER LA FORCE DE L’INTENTION, LE ROYAL POURRAIT SERVIR DE MÈTRE-ÉTALON...

Mais remettons les choses en contexte : depuis la découverte des vertus bienfaisantes de son eau, en 1790, la ville surfe sur la vague du thermalisme. En 1827, est érigé un premier établissement thermal, agrémenté, 12 ans plus tard, d’un premier «des Bains». Un complément du nom que la ville sera autorisée à utiliser à partir de 1865. Résultat, les curistes affluent et les hôtels de luxe fleurissent. Au tournant du siècle, Evian-les-Bains en compte déjà une quinzaine.
« Parrainé » par le souverain britannique Edward VII, en l’honneur de qui il est baptisé, le Royal sort donc de terre. De style anglo-normand, mélange de pittoresque et de modernité, il est bâti en béton armé, la nouvelle technologie de l’époque, et décoré par le peintre suisse Gustave-Louis Jaulmes. De par sa position géographique dominante, sa vue imprenable sur le lac et son ensoleille- ment quasi permanent, il est, de fait, une tête au-dessus des autres. A l’ouverture, en juin 1909, une suite est d’emblée réservée pour Edward VII, qui décèdera l’année suivante, sans avoir pu y séjourner. C’est Elisabeth, la Reine-Mère, qui représentera la couronne d’Angleterre près de 90 ans plus tard.

BARRE HÔTES

Contemporain du Ritz parisien ou du Carlton cannois, il est, selon les gazettes de 1910, «le plus bel hôtel du Monde». Les objectifs sont dépassés, et tout le gotha s’y précipite, des maharajas, des shahs et nombre d’artistes. Marcel Proust, notamment, aurait écrit quelques chapitres d’A la Recherche du Temps Perdu en regardant le Léman. On y croise aussi Greta Garbo, Maurice Chevallier, Sacha Guitry, l’Aga Khan et sa belle-fille Rita Hayworth... Un tel prestige permet l’organisation de rencontres internationales de la plus haute importance. En 1938, par exemple, le Royal abrite la «conférence de la peur», à l’occasion de laquelle les dirigeants occidentaux doivent décider de la politique à mener face à l’afflux de migrants, juifs principalement, fuyant l’Allemagne et l’Autriche nazies. Et en 2003, c’est Jacques Chirac et Gerhard Schroeder qui graviront les marches du palace savoyard dans le cadre du G8.
Peu après avoir franchi la barre des 100 ans, le Royal, qui, déjà quinqua, a survécu à un incendie majeur, s’est offert une cure de jouvence : il a tout de même conservé ses fresques fleuries, ses lustres en cristal et ses meubles en bois rares de la Belle Epoque, et obtenu, en 2016, le titre officiel de Palace.

Avec la collaboration de Evelyne Hurtaud, guide-conférencière à Evian-les-Bains / © Archives Municipales d’Evian