en chantier

urbanisme au passé
- evian et ses remparts -

par Mélanie Marullaz - 6 nov. 2019

moyen-âge hospitalité médiévale

AVANT QUE LE THERMALISME NE COULE DE SOURCE, ÉVIAN NAGEAIT PLUTÔT EN EAUX TROUBLES... COMME LA TRUITE QUE L’ON RETROUVE SUR SON BLASON, LA VILLE ESSAYAIT SURTOUT D’ÉCHAPPER À DE PLUS GROS POISSONS. DE CETTE ÉPOQUE MÉDIÉVALE, IL NE RESTE POURTANT PAS DE QUAI OU DE PONTON, MAIS UN HÔPITAL.

Photo : Les anciens hospices devenus Hôtel de Ville

Au XIIIe siècle, le bourg médiéval d’Evian ressemble très peu à la ville d’aujourd’hui. Il est ceinturé de remparts, comme peut l’être encore Yvoire. Entre ses murs, des tours, des ponts-levis, des maisons fortes, une halle couverte et un château, celui de Pierre II de Savoie. Le Comte, qu’on surnomme le «Petit Charlemagne», pour ses qualités de diplomate, de chef de guerre, mais aussi de bâtisseur, a fait d’Evian son arsenal et la base arrière de ses expéditions. C’est donc sous son impulsion que l’activité économique se développe, la population croît, la ville s’agrandit. Et doit bientôt se doter d’un hôpital, son enceinte ne suffisant pas à retenir, hors-les-murs, la peste.

DE GRENAT À VIOLLET

En 1355, les services de santé déménagent rue Nationale, dans la maison qu’une Demoiselle Pernette Grenat, bourgeoise native d’Evian, a léguée à l’institution. Le bâtiment continue d’accueillir, parallèlement aux malades, des pèlerins de passage.
Ses arcades en rez-de-chaussée et ses fenêtres à meneaux sont, avec l’église Notre Dame de l’Assomption et le tracé des Gaffes (les petits passages, comme des traboules, à travers les cours d’immeubles), les seuls vestiges évianais de l’époque médiévale. Car jusqu’au XVIIIe siècle, le Chablais, théâtre d’affrontements permanents entre les Savoie et leurs voisins, est régulièrement envahi. L’année 1591 s’avère particulièrement dramatique pour Evian : après 9 jours de siège, elle est prise par les Français et les Genevois, le château est démantelé, les églises pillées, les cloches emportées. La ville entre ensuite dans une phase «dormante» jusqu’au XIXe et XXe siècles.
Ce sont les virus, peut-être, qui ont tenu les assaillants à distance de l’hôpital. Ce dernier reste debout, pour être rénové plusieurs fois, notamment en 1865 par Viollet-le-Duc, à qui l’on doit, entre autres, la restauration de Notre-Dame de Paris et du Palais de l’Ile à Annecy. Sur la façade de ce qui deviendra, jusqu’en 1927, l’Hôtel de Ville, l’architecte-star laisse sa patte, des fleurs de pierre sculptées au centre des fenêtres à meneaux, et le blason de la Ville sur lequel un gros poisson (une truite ?) en avale un plus petit... Libre à vous d’y voir toutes les allégories possibles et imaginables...

Avec la collaboration de Evelyne Hurtaud, guide-conférencière à Evian-les-Bains / © Archives Municipales d’Evian