frou-frou

cisaline,
sortez couvert !

par Magali Buy - 3 avr. 2018

bibi & co

Béret, borsalino, casquette ou simple cloche ? Pour Emeline Régent, pas de prise de tête : pourquoi choisir ? Porter un chapeau, ça claque. La chapelière d’Annecy maîtrise son sujet sur le bout des doigts… Attention, ça décoiffe !

Rendez-vous fixé sur une journée d’hiver idéale pour porter l’bonnet, pile dans le sujet !
Derrière la porte de son petit atelier recroquevillé sur les pavés de Rumilly, c’est une jeune femme d’une trentaine d’années qui m’accueille. Emmitouflée dans un poncho confortable, idées planquées sous un bandeau entortillé, son sourire ultra bright peine à cacher son impatience. Il m’aura suffi de quelques secondes pour oublier qu’il fait -12 tellement l’atmosphère réchauffe. Juste le temps d’une tasse de bonne humeur torréfiée, la voilà lancée, prête à raconter son histoire !

Et des choses à dire, elle en a ! Tous à couvert !

TOUT DOUX BIJOU…

D’une grand-mère culottière pour la maison Allard à une sœur peintre, dans la famille, on sait quoi faire de ses mains et on le fait bien! Artiste des bacs à sable, Emeline suit son cours et démarre sur les chapeaux de roues dans l’univers du bijou. Idées plein le canotier, elle présente sa première collection sur les bancs du collège, pour le plus grand bonheur de ses camarades.

Des doigts de fée ? Elle en a, c’est certain. Mais la jeune femme ne s’emballe pas.

Entre clairvoyance et objectivité, elle reste pieds sur terre, rêve de parures et d’accessoires félicités, mais garde la tête froide. Loin de n’enfiler que des perles, elle mène de front passion et raison : “J’ai failli m’orienter sur une école de bijouterie après mon bac, mais j’ai finalement opté pour un BTS action commercial en me disant que ça me servirait toujours.”

Pas franchement dans son élément, en 2009, elle prend une bouffée d’oxygène et donne priorité à ses premières amours : les bijoux fantaisie, faits maison. Elle se souvient d’ailleurs de ce marché des créateurs : “C’était ouvert aux amateurs, je me suis dit si ça marche, je me lance. J’ai cartonné et c’était parti !”

Mais prudence, toujours prudence, elle assure ses arrières :“J’ai gardé une activité professionnelle en parallèle, je ne voulais pas que la création devienne une contrainte, pour rester avant tout une passion.” Employée dans une boutique de fourrure annécienne, Emeline conjugue le tout et commence à enchaîner marchés de cordeliers et salons de créateurs en tous genres. En 2013, un peu ras le képi, des envies de changement la bousculent. Tous azimuts, elle bat le fer tant qu’il est chaud et cherche le p’tit coup de fouet qui va la faire vibrer ! Impulsive, un peu feu follet, pour être inspirée, il faut que ça bouge! Formation bijoux de tête dans le viseur, elle embarque pour Roanne, spécialisation haute en couleur en vue !

Emeline Régent

J’ENVOIE VALSER…

Et c’est la révélation ! Des étoiles encore plein les yeux, elle raconte :“à l’époque je ne mettais pas vraiment de chapeaux, j’en avais quelques-uns, j’aimais bien voilà tout. Lors de cette formation, le bibi était à l’honneur, il m’a suffi de quelques minutes pour savoir que j’avais trouvé mon dada!” Faites tourner les chapeaux, bille en tête, Emeline s’engouffre et ne s’arrête plus! Sans tarder, elle cherche un atelier et trouve son nom : Cisaline Bijoux et chapeaux fait la une. “Jusque-là, je pouvais encore créer mes bijoux à la maison, j’en mettais partout, mais c’était encore gérable. Avec le chapeau, mon mari aurait perdu patience!” dit-elle avec humour.

Totalement addict, la jeune chapelière croque son bonheur et enchaîne les formations : capeline pour les cérémonies, feutre pour le traditionnel, paille, résille, chanvre, cuir, liège ou velours, perles, plumes, strass et paillettes, tous sont à la fête! Idées à la minute, cerveau en ébullition, si la créatrice ne dessine pas ses modèles, elle ne manque pas d’imagination! Des chapeaux, elle en a partout. Dessus, dessous, d’étagères en présentoirs, confinés dans des boîtes ou juste là, déposés, entre galures et parures, son atelier déborde de bout en bout!

Jamais rassasiée, elle en veut encore! Sous la pulsion, elle choisit d’enfiler une nouvelle casquette et prend la direction du Jura, bien décidée à étancher sa soif d’apprendre!

Et elle ne sera pas déçue. Elle fait la rencontre de Myriam Lapp, formatrice un peu incognito, qui lui livre techniques et petits secrets. “Myriam quittait ce boulot pour être plus libre et moi je le prenais pour la même chose, un joli pied de nez !” Passation effectuée, y’a plus qu’à.

HAUT DE FORME AND CO !

Elle rentre bobines, aiguilles et tutos sous le bras, s’entraîne, monte, démonte et signe enfin sa spécialité, le chapeau déstructuré. En accordéon, calotté ou en bandeau, il se tord, se détord, mais n’est jamais retord!

Après une dernière spécialisation en octobre dernier au côté de Tracy Chaplin, célèbre chapelière haute couture, Emeline est parée pour répondre aux demandes les plus alambiquées.

Entre chapeau de cow-boy, Gatsby, turban, coupelle et autre couvre-chef, même les têtes en l’air n’auront plus d’excuse! Vous n’avez pas une tête à chapeau? Avez-vous des pieds à chaussures?

+ d’infos :
cisaline
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Photos : Studio Sur Le Mur