frou-frou

Julie Meuriss

par Estelle Coppens - 11 mars 2019

t'as pas 100 sacs ?

DÉJÀ 24 COLLECTIONS AU COMPTEUR DE JULIE MEURISSE. UNE FILLE DU NORD, PASSÉE PAR LILLE, PARIS ET LE PRÊT-À-PORTER AVANT D’ÉLIRE LA MAROQUINERIE, POUR LA RENDRE PLUS PÉTILLANTE. DEPUIS 2 ANS, LA CRÉATRICE A POSÉ CARTONS, VALISES ET SACS À LYON.

Faut-il écrire Julie «Meurisse» ou «Meuriss»? Quand il s’agit de la personne avec un «e» final. Et pour la marque, sans: “A mes débuts en 2007, tout était très artisanal. J’apposais le logo avec des lettres d’imprimerie. Comme je n’avais qu’un seul «e», le dernier a disparu.” Douze ans plus tard, cette native de Dunkerque, qui dispose d’une trentaine de points de vente en Europe, fait encore tout quasiment seule.
La faute a une vocation précoce, cultivée par des aïeules couturières qui aiguisent tôt sa curiosité pour la chose, son sens de l’esthétisme et l’envie de créer. Après l’école Duperré, à Paris, Julie Meurisse attaque par le prêt-à-porter chez Bill Tornade. On lui demande d’y développer la maroquinerie. Elle réitère l’exercice pour la créatrice Sylvia Rielle, puis s’occupe d’import-export avec la Chine. De ces expériences, elle tire deux conclusions: la petite structure est faite pour elle. La maroquinerie, aussi! “Il y a une grande liberté par rapport à la mode en termes d’exploration de formes, de volumes. Sans cet aspect de devoir bien aller au corps. Pour moi, c’est presque de l’objet”, d’où une approche design assumée.

SAC À MALICES

La néo-Lyonnaise goûte peu aux signes ostentatoires. La sobriété ennuie toutefois cette brune de 36 ans à la nature joyeuse, qui s’attache à dérider un univers un poil poseur, servant souvent de marqueur social (en gros, si t’as pas ton Vuitton à 50 ans, t’as raté ta vie). “Le sac est là pour se faire plaisir, s’amuser”. Son moteur? Trouver une patte par « la subtilité des formes», en renouvelant couleurs et matières habituelles. La créatrice ne peut s’empêcher de greffer «des détails féminins, des surprises, pour faire évoluer son sac». Un pompon, un fermoir-bijou, une touche de brillant, une option cachée. Le modèle Mustang, cabas urbain, peut ainsi adopter la forme d’un panier plus logeable grâce à des liens qui se desserrent.

DURS À CUIR

Outre la toile française, les sacs sont majoritairement en cuir italien et espagnol. “La durabilité du cuir, le fait qu’il se bonifie dans le temps, ça compte. Les faux cuirs fabriqués à base de pétrole s’abîment vite, laissant apparaître leur sous-couche textile”. Quant aux cuirs en fibre végétale comme celui d’ananas, “son toucher n’est pas agréable”. En attendant, Julie Meurisse cherche des solutions écologiquement plus vertueuses du côté des cuirs recyclés et du tannage végétal.

VIDE TON SAC

Les sacs Julie Meuriss travaillent aussi leur beauté intérieure: “L’intérieur d’un sac, c’est très intime. Il doit y avoir quelque chose de réconfortant qui se passe quand on l’ouvre”. Le spectacle doit être joli. D’où l’emploi de tissus provenant de la surproduction de marques de luxe pour doubler ses créations. Cette étape, comme celles de la broderie et de l’impression de motifs, s’effectue d’ailleurs dans le Rhône.
Si la féminité est capitale pour cette dingue d’accessoires, la dimension pratique l’est tout autant: “Un sac se doit de limiter stress et sources d’inquiétude”. Etre zippé. Permettre de récupérer rapidement son tél sans sonder de manière hystérique sa besace, de faire coulisser le porté épaule vers la bandoulière pour enfourcher un vélo. La mode est à la bandoulière portée croisée. Conseil de pro, le plus flatteur pour la silhouette, c’est le tombé du sac “dans le creux de la taille, pas à la hanche et surtout pas à mi-cuisse”. Merci Julie.

 

http://www.juliemeuriss.com

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