frou-frou

kumbhaka, le bijou voyageur

par Céline Leclaire - 22 mars 2017

Rayons de couleur

Afrique, Asie, Amérique du sud et du nord, Europe de l'est... C'est un véritable tour du monde depuis Grenoble que Charlotte Lefort propose de porter en tour du cou. Avec Kumbhaka, le bijou vogue à l'âme voyageuse sur un océan de couleurs...

Piercing dans le nez, crinière ébouriffée, joli ventre rond qui héberge un petit habitant (son troisième enfant)... Charlotte, 33 ans, a les yeux pétillants d’une femme qui pose un regard comblé sur la vie. Une vie qu’elle a eu peur de voir s’écourter quand elle a appris que sa maman était affectée par une maladie orpheline, incurable et héréditaire. Pour savoir s’il lui restait 15 ans à vivre comme elle, elle décide de faire le test génétique, un dépistage qui a duré 2 ans. Une longue attente qui lui a fait prendre conscience que la vie peut s’arrêter du jour au lendemain...

Qu’avait-elle envie de faire de cette vie ? “J’aime beaucoup de choses, comme la danse et la musique africaine, la sculpture... et faire des bijoux. Je m’en suis vraiment rendue compte quand mon amoureux, Victor, m’a ramené un jour un collier qu’il avait fait en macramé avec une pierre de son voyage en Nouvelle-Zélande. Pour lui rendre la pareille, je lui en ai confectionné un avec une grosse graine d’Afrique... C’était, il y a 12 ans. J’ai adoré ça. J’avais l’impression de renouer avec mon enfance quand je faisais des crocodiles en porte clé, ou des bijoux en pâte fimo ! Je me suis alors mise à faire des bijoux, au début avec des graines exotiques et en macramé, puis j’ai fait une formation en feutre de laine, dans le cuir... Enfin, j’ai mélangé tout cela !”

JOYEUX JOYAUX

Et loin des crocodiles en perles de son enfance, elle met alors toutes ces créations sur un blog, puis ouvre une page facebook... Et le succès fut immédiat et pour le moins fulgurant ! “A ce moment-là, je travaillais sur Grenoble, comme éducatrice spécialisée, à mi-temps avec des aller-retour sur Lille pour voir ma mère... Je savais qu’il fallait que je change de vie, alors je l’ai fait... Tout est allé très vite, mes colliers ont fait le tour du monde en une semaine, j’ai eu mes premières commandes... C’était hallucinant !”

Le collier Massaï fut son premier succès : “Ma mère m’avait donné tout un stock de tissus africains... Cela faisait longtemps que je connaissais ce tissu wax, ma nounou était sénégalaise, tous les étés, elle partait là-bas et en ramenait beaucoup. Au moment où j’ai fait mon blog, j’avais réalisé quelques bijoux dans cette matière, assez gros, personne n’en voulait vraiment... à part la copine de mon grand-père qui m’en a demandé un pour accrocher ses rideaux ! Du coup, j’ai failli ne pas les mettre... Et en fait, ce collier Massaï, c’est celui qui a vraiment plu ! C’est cet article qui a fait connaître mon travail et que je fais encore beaucoup aujourd’hui.” Même la chanteuse belge Lubiana (The Voice) lui demanda de lui confectionner un collier pour la photo de sa pochette d’album !

TISSUS DE MESSAGE

Sa technique, elle la peaufine, la travaille, la fait évoluer... Ainsi, c’est Victor son chéri, moniteur d’escalade et de canyoning, qui lui suggère de rembourrer ses tubes de tissus par de la corde... d’escalade bien sûr ! Ce travail à quatre mains, ou deux cerveaux, l’a fait avancer à vitesse grand V... jusqu’en Thaïlande notamment, où elle embarque toute la famille il y a deux ans. Une source d’inspiration pour ses collections Hmong et Akha : batiks délavés par le soleil et le temps, en coton teintés à l’indigo, broderies de vieux costumes traditionnels, pompons... cette matière première, elle la déniche au marché et dans de petits villages authentiques au fin fond des montagnes du Nord du pays. Des petits bouts d’histoire et des invitations au voyage qui deviennent parure et donnent une sacrée allure...

 

US ET COUTURE

Récemment, Charlotte s’est formée à la soutache, une technique polonaise, à la base utilisée pour orner les uniformes d’officier. “Un galon en passementerie en soie ou coton est superposé pour en faire des épaisseurs plus ou moins grosses qu’on vient sertir avec des cabochons, cela donne un résultat assez précieux... J’y ai associé mes tissus ethniques et cela a donné la collection Akina, ce qui veut dire Solidarité”. De la Pologne, elle aimerait partir au Maroc pour pouvoir s’immerger dans les kilims (tapis tissés) et les tissus berbères, en Inde pour toucher du doigt les broderies et la soie des saris... En attendant, c’est dans son atelier, chez elle, qu’elle voyage vers sa prochaine collection qui sortira cet été “plus bohème, dans des tons ocre, beige... moins colorée, avec du lin, du cuir...” encore dans les brumes de ses montagnes métissées...

+ d’infos : www.kumbhaka.fr

© Stéphane La Neve