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mode
calchemise

par Magali Buy - 12 mars 2020

coup de pression

COMBI’ TOMBÉE AUX CHEVILLES, SEINS À L’AIR ET PIEDS EN DEDANS, SI LES P’TITS COINS SONT EN PLEIN GAME OF TRÔNE, POUR ADÈLE FOUQUET, LE CINÉMA A ASSEZ DURÉ. QUAND PORTER UNE COMBINAISON DEVIENT UN JEU D’ENFANT...

Mais avant d’en arriver là, attention, branle-bas de combat ! Si je vous dis que tout part des hommes, vous me croyez ? Non ? Et pourtant...
Né d’une idée complètement farfelue : créer un Babygro pour «grand», le pari était osé... “Au départ, en 2016, Simon, l’un des 3 créateurs de la marque, se prend à rêver d’une pièce unique unissant la chemise au caleçon, qui résoudrait considérablement le problème de cette chemise qui sort intempestivement du pantalon... Le rêve quoi ! Deux de ses copains le prennent au mot et lui offrent un prototype pour son anniversaire. Au final, les potes ont voulu le même et ainsi de suite...”, résume Adèle.
Succès total, la combi est baptisée Calchemise, la presse s’empare de l’affaire, «l’extravagance dissimulée», comme on l’appelle à l’époque, fait le buzz total. Effet boule de neige, la demande afflue et roule jusqu’à Adèle Fouquet, qui reprend le flambeau au printemps 2017. Installée dans son atelier lyonnais, la jeune femme de 35 ans revient sur ses débuts bien loin du prêt-à-porter : sa chemise, elle a dû la mouiller.

MISE À NUE

Car si Adèle partage aujourd’hui son quotidien entre stylisme et remue méninges, l’univers de la mode sort d’une pochette surprise. Originaire de Limoges, ses parents sont agricul- teurs, elle baigne sa jeunesse dans un milieu rural, bien loin des patrons et autres surfilages. Attachée à ses racines, elle ménage la chèvre et le chou, mais garde les pieds sur terre: “Quand j’ai vu à quel point mes parents galéraient, je me suis dit que s’il y avait bien un secteur dans lequel je ne travaillerai pas, c’était celui de la terre. Sauf que l’air de rien, j’adorais ça. Je me dirigeais vers un diplôme d’ingénieur assez généraliste, que j’ai orienté vers l’agriculture, mais dans le but de faire autre chose après. Pour autant, j’ai quand même réussi à garder mon cheval devant ma chambre d’étudiante, histoire de ne pas être trop dépaysée...”. C’est sûrement pour ça qu’elle est toujours au galop ! Et quand elle comprend que sortir du cadre est son cheval de bataille, pas de barrières à l’imagination, pas de frein aux projets, cet électron libre veut tout. Elle fera de l’entreprenariat sinon rien, liberté quand tu nous tiens.

 Pas de pression, que des solutions ! Adèle sort un modèle avec un système d’ouverture à l’entre-jambes, un côté body qui séduit les hommes et sauve la production un peu en stand by. 

COMBI MAISON

Mais pour le grand saut, il faudra attendre : “mes parents n’avaient pas les moyens de financer mes études, j’avais 80 000 € de dettes à rembourser en 5 ans, me mettre à mon compte était impossible.” Adèle botte momentanément en touche et suit Yann Fouquet, qui fait dans la reprise d’entreprise et qui deviendra son mari. Elle passe 6 ans dans le domaine de l’industrie - «pas très glam», comme elle dit - et entend se carapater pour d’autres projets aussitôt son arriéré épongé... Il lui faut trouver une place plus funky, taillée sur mesure pour sa nouvelle vie de jeune maman. Et c’est le hasard qui va lui filer un coup de main. Elle rencontre alors les 3 ingénieurs qui viennent de créer Calchemise. Ils ont rapidement fait le tour de la question, se verraient bien aller voir ailleurs s’ils y sont et ça tombe à pic. La créa du modèle est faite, ne reste qu’à développer, c’est parfait pour se remettre en selle !

IN THE MODE

Elle met un pied dans la combi et reprend l’affaire, le deuxième en revanche est plus difficile : “je tenais la barque, mais ce n’était pas très épanouissant. Même si c’est une communauté hyper sympa avec des supers fans, il faut être un peu barré et atypique pour porter un Calchemise ! Et le marché de l’homme est assez conventionnel...” Et puis les hommes se posent tous la même question : comment fait-on pour aller aux toilettes avec un truc comme ça ? Et de répondre : “et bien, comme ta copine quand elle porte une combi !” Quoi ? Tomber la chemise jusqu’aux pieds ? Faut pas rêver ! Hors de question de faire un strip-tease intégral, les hommes tiquent et se font limite la malle, quand la jeune femme déclique et s’emballe !

HOMME/FEMME MODE D’EMPLOI

Pas de pression, que des solutions ! Elle sort un modèle avec un système d’ouverture à l’entre-jambes, un côté body qui séduit les hommes et sauve la production un peu en stand by. Mais dites-moi, je ne voudrais pas faire ma féministe réac’, Adèle, mais on est où, nous les filles, dans cette histoire ? “Justement ! Les mecs m’ont fait changer le modèle du Calchemise. Je me revois leur dire de faire comme nous, mais ce sont eux qui ont raison ! Nous, on n’a jamais demandé de modifier ça. Quand vous pensez qu’il y a encore des bodys qui n’ont aucun système d’ouverture...” Et c’est la révélation ! Elle s’engage dans la cause de la combi féminine 100 % mode, confortable et hyper pratique, et crée La Totale en 2018. L’envie lui reprend ! Elle s’empare du patron de Calchemise, le remet en forme et ajuste les tailles, rajoute des poches, varie couleurs et imprimés et la série René - ou renaît - fait sa petite révolution. Mais elle ne s’arrête pas là....

JE VEUX TOUT !

“L’idée est double dans le concept de la totale. Jusqu’à présent, avec un vêtement intégral et pratique, la personne qui le porte doit s’échiner à créer un look, avec quelques accessoires à l’appui. Mais aujourd’hui, on n’a plus envie de choisir entre style et confort, hors de question de galérer du matin au soir et de sacrifier notre combi préférée pour une question pratique ! J’aime bien provoquer un peu et mettre les pieds dans le plat. L’idée de faire des choses entières et décalées, de tout vouloir, c’est un peu moi en fait !” Alors Adèle cherche l’astuce pour rendre son idée accessible au plus grand nombre, planche sur l’esthétique de la silhouette et trouve la solution en lâchant du leste sur la fourche - mesure de l’entrejambe -. Achalandée d’une ceinture, blousée ou pas, la combi s’adapte aux goûts et surtout aux morphologies et nous rhabille, de la tête aux pieds. Jean, Jama, Big boss et Tee-short, du coton au textile satiné, rouge, kaki, noir ou blanc cassé, saharienne ou façon nuisette hyper sexy, la col- lec’ printemps été est dans le paddock... Jolie déculottée!

 

+ d'infos : http://latotale.love
http://calchemise.com

©Studio Jean-Philippe Darbois