frou-frou

mode
nom commun

par Mélanie Marullaz - 3 avr. 2020

au nom du fil

PEU DE GENS PORTENT LE MÊME PRÉNOM QUE MÉLISANDE GRIVET. CE QUE TOUT LE MONDE PORTE, EN REVANCHE, CE SONT DES VÊTEMENTS. LA JEUNE STYLISTE LAUSANNOISE A DONC MARQUÉ SES CRÉATIONS DU SCEAU DE CETTE ÉVIDENCE : SA GRIFFE S’APPELLE NOM COMMUN.

Les Deux-Marchés ? Tiens, tiens, le nom de cette rue, lui, est familier... Comme le sont ce café sympa et cet atelier-showroom... N’est-ce pas là qu’était installée Agnès Boudry, la créatrice de Collection 66 (Activmag mars 2015)? “Et bien si !” me confirme Mélisande Grivet, minois délicat et yeux gris clairs derrière de grands verres. Elle la connaît d’ailleurs très bien, et pour cause : Mélisande a travaillé ici, avec Agnès, pendant plusieurs années. “Elle avait une identité assez éloignée de la mienne, avec des imprimés, des lignes plus féminines, mais cette expérience m’a montré une autre facette du métier, dans une petite structure, très ancrée ici.” Ancrée, Mélisande l’est donc aussi, après avoir pourtant piqué ses aiguilles hors du canton de Vaud, et dans une grande maison.

Mélisande Grivet

MODE MAX

Car c’est chez Max Mara qu’elle fait ses premières armes. A moitié italienne elle-même, après un apprentissage en couture à Nyon, elle avait décidé de suivre ses études dans le Tessin, pour se former, de front, au stylisme et à la langue de ses origines, qu’elle ne parlait pas jusqu’alors. Ce choix lui permet donc d’entrer au bureau de style de la prestigieuse marque de Reggio Emilia. Elle y apprend la rigueur, le choix des matières, les relations avec les fournisseurs et la réalité commerciale du marché... Des bases solides pour lancer, un jour, sa propre collection.
Pourtant, elle questionne déjà ce métier : “des jeans fabriqués en Inde, brodés au Maroc, qui revenaient en Italie, avant d’être dispatchés dans le monde, même si je n’étais pas spécialement militante à l’époque, j’avais conscience qu’on pouvait faire les choses différemment.” A tel point qu’au bout de 2 ans et demi, elle fait une pause. Mais un intérim aux archives du CHUV (Centre Hospitalier Universitaire Vaudois), un voyage sac au dos en Asie du Sud-Est et un passage par l’industrie textile suisse allemande plus tard, elle finit quand même par renouer le fil. En commençant par dessiner des patrons pour Benjamin Fourrures, un très vieil atelier, institution de la mode lausannoise, puis en prêtant main forte à Collection 66, donc, dont elle intègre ensuite l’équipe.

BÂTI SIMPLE

Et c’est là, en 2017 et en parallèle de cette collaboration, que la trentenaire vaudoise lance Nom Commun : “Je voulais le faire depuis longtemps, mais je savais ce que ça représentait, et je crois que j’avais un peu peur... Peut-être que si j’avais osé plus jeune, j’aurais été plus inconsciente !” Elle assemble donc tout naturellement son patchwork d’expériences pour bâtir les contours de sa marque : “je voulais quelque chose de confortable, pas trop contraint au niveau des formes ni des matières, sophistiqué sans être bling-bling et talons aiguilles... Ce qui n’empêche pas qu’on le porte comme ça aussi !” Mais surtout, Mélisande a la volonté de faire fabriquer en Suisse ou en Italie, par de petits ateliers familiaux, et uniquement à partir de matières issues de surplus, majoritairement de grandes maisons. Pour ne pas produire plus. Des matières moins chères évidemment, mais qui n’offrent pas toujours les mêmes flexibilités, et auxquelles elle doit s’adapter.

MATIÈRE À PENSER

Pour le Printemps-Eté 2020 et sa 5e collection, elle a notamment eu un coup de cœur pour le bleu électrique d’un coton enduit, transformé en jupe portefeuille et en veste-chemise légèrement oversize ; elle a également décliné sa blouse réversible phare (encolure arrondie d’un côté, V de l’autre) en subtile transparence marine ou en soie rayée ; et apporté une touche de pep’s avec l’éclat d’une robe de coton rouge vif.
La 1ere vie de ses tissus ne la contraint donc finalement pas tant que ça, elle en a l’habitude. “Pendant très longtemps, j’ai acheté beaucoup de vintage, de manière compulsive, je le réinterprétais d’après un détail, en essayant justement de gommer ce côté vintage pour en faire quelque chose de moderne.” Invoquer le passé pour habiller le présent, faire une force créative de sa dépendance aux matières... Ce que crée Mélisande Grivet n’est pas commun, et elle a tous les atouts pour se faire un nom.

+ d'infos :https://www.nomcommun.ch/

©JAGODA WISNIEWSKA