frou-frou

saga skidress

par Pauline Marceillac - 27 déc. 2017

du dindon au dandy

On ne va pas se mentir : sur les pistes et en station, on ne ressemble à rien. Partant de ce constat, Bruno Martinier reprend une marque emblématique des années 50 de vêtements chics de sports d'hiver, Skidress, pour réintroduire du style et de l'élégance à la montagne.

Hou qu'on aime les jolies histoires de jeune marque vieille de 90 ans ! De celles qu'est en train d'écrire, ou de réécrire, Bruno Martinier. L'entrepreneur lyonnais, originaire de Chambéry, décide il y a 4 ans de lancer une marque de vêtements chics de sport d'hiver, partant du constat que sorti des pistes, on manquait cruellement de goût. Il fait le pari de réduire l'écart stylistique entre ville et montagne. “Depuis une vingtaine d'années, les marques ont mis l'accent sur la technicité, au détriment de l'élégance. Franchement, quand on regarde sur les terrasses des restaurants d'altitude, ça pique les yeux !”

Il s'en va donc dépoussiérer des vieux grimoires de montagne pour trouver l'inspiration. Grand bien lui a pris ! Il a déniché une pépite : Skidress. Si le public a oublié cette marque, dans les boutiques de station “on s'en souvient encore, et il n'est pas rare de voir une vieille affiche Skidress dans l'arrière boutique”, s'amuse le dirigeant de la marque, version 21ème siècle.

Cette marque est née dans les années 30 à Strasbourg, et proposait, à l'origine, du négoce de fart, de peau de phoque pour le ski, mais aussi de vêtements de sport d’hiver. Elle fut créée sous l’impulsion de deux hommes, Charles Muller et Charles Diebold, ce dernier étant l’un des créateurs de Val d’Isère et de la première école française de ski, pour l’anecdote…

Collection Skidress-Chaparral 1967/68 créée par Emmanuelle Khan

Dans les années 50, lorsque Robert Mathy rachète les parts de la société, l’homme d’affaires venant du textile délaisse petit à petit fart et peaux de phoques au profit des vêtements. Il va même s'attacher les services de stylistes qui deviendront des grands noms sur les podiums, à l'instar d’Emmanuelle Kahn ou de Thierry Mugler!

S'en suit une success story à la française. Au point que Sheila, Polnareff, ou encore Sylvie Vartan portent des vêtements Skidress... dans les soirées parisiennes ! Mais le rêve prend fin dans les années 80 avec l'essor de la grande distribution. Le «chic à la française» est relégué dans les hangars de supermarchés. La belle endormie sera finalement réveillée en 2013… par la société de Bruno Martinier «19cent48», clin d’œil aux Jeux Olympiques de Saint-Moritz dont Skidress était le sponsor.

Collection Skidress-Chaparral 1967/68 créée par Emmanuelle Khan

STYLÉ COMME JAMAIS

Avec la volonté d'un retour à plus d'authenticité, à de la qualité, à du «made in France», la marque Skidress ne pouvait qu'opérer un retour en force, sans dire qu'elle surfe sur un marché florissant, exploit en soi… Depuis 4 ans donc, Bruno Martinier s'efforce de lui redonner ses lettres de noblesse, en restant fidèle aux valeurs historiques de la marque. “On s'inspire des codes de l'élégance des années 30, 40 et 50, quand ski et chic faisaient bon ménage, une époque où les gens s’habillaient vraiment pour aller faire du ski comme on va à une soirée”.

Des lignes près du corps, du glamour, des touches de fourrure parci par-là rappellent les codes d’un style unique, d’une élégance racée, remis au goût du jour. Des collections dessinées par un styliste français et confectionnées à partir de tissus techniques d’ici et d’Italie. “Nos petits boutons de polo sont fabriqués à la Croix Rousse, par exemple. On fait aussi appel à un tricoteur de Roanne qui travaille qu’avec de grandes marques du luxe et qui nous apporte ce savoir-faire clairement ancestral”, enchérit le quadragénaire. Il mise sur les couches intermédiaires comme les pulls et sous-pulls, pour faire son trou parmi les grands.

Aujourd'hui la marque ne souffre pas de la concurrence car elle garde un positionnement de qualité à des prix abordables, et sa volonté de s'internationaliser, avec une nouvelle signature notamment : «Wherever you want», devrait finir d'opérer ce virage à 90 vers une élégance intemporelle sur les pistes ! Rassurons-nous, le temps du jaune, vert et orange fluo sur les terrasses d'altitude semble bien révolu..

+ d’infos :
www.skidress.fr