fun ambrille

apprends
jeune paddlawan !

par Pascale Godin - 12 juil. 2018

quid paddle

Mesdames et messieurs, bonsoir. Et merci d’être venus si nombreux. Aujourd’hui, nous abordons l’un des plus passionnants mystères de l’humanité. Et nous allons tenter de comprendre pourquoi d’obscurs crétins inventent, chaque année, les accessoires sportifs les plus ridicules de la planète.

Un été il y a peu, certains d’entre eux ont exhumé d’Hawaï une espèce de gigantesque calisson instable, incontrôlable et formidablement inutile. D’aucuns prétendent que cet objet grotesque incarne une pratique festive. Tut tut tut, c’est un mensonge. Dans les îles lointaines, le stand up paddle est peut-être le nec plus ultra pour déambuler négligemment d’un requin-citron à un hôpital. Mais sous nos latitudes, il n’a d’autre but que celui de réduire en charpie la dignité humaine.

Et si le «stand up» induit un phénomène érectile, as-tu déjà tenté, mon bon lecteur, de te dresser sur un paddle ? Moi, oui. Et je peux te dire que si tes articulations sont un peu vieillottes, le genre en mousse avec de petits bouts de bois très durs dedans, tu n’y parviendras pas.

Quand le loueur de paddle m’a fourré sous le bras une pagaie de la taille d’une perche olympique (en précisant que je devais l’empoigner tout en haut d’une main et tout en bas de l’autre), j’ai imaginé une sorte d’expérience scientifique. Plutôt destinée à l’étude des gibbons en milieu aquatique. Mais soit. Après tout, c’est toi le chef, loueur de paddle. Puis, il m’a jaugée de la tête aux pieds, par-dessus ses lunettes sans tain et son nez couvert de piz buin. Et m’a négligemment désigné un gros truc blanc : “Pour les vieux croûtons débutants, il vaut mieux prendre celui-ci. Voilà. Vous le mettez dans la flotte, vous l’attachez à votre cheville avec la lanière et vous grimpez dessus. On se revoit dans une heure”.

Et il a disparu dans un souffle de monoï gras (loueur juvénile, ton machin pèse une cathédrale et je suis un modèle obsolète. Façon Yoda. Pour ton aide, je ne te félicite pas. En muscle atrophié, tu te réincarneras, jeune paddlawan !).

Je passe sur la mise à l’eau, vous trouverez tous les détails dans le cahier pratique du magazine «Féeries lacustres et autres curiosités contemporaines». Après quelques exercices de physique amusante, je suis parvenue à m’assoir sur le machin. Devant une plage bourrée d’hédonistes ricaneurs (vous savez, ceux qui orientent la tête à droite en fixant un objectif précis à gauche, bien planqués derrière leurs lunettes de soleil). Je me suis donc éloignée à la recherche d’un endroit discret. Sans faire de vagues. Et j’ai trouvé refuge aux abords d’une propriété déserte, protégée des regards par toute une série de grillages rouillés et de herses pointues.

Tomber du paddle à proximité d’une grille hérissée de pointes n’est pas dépourvu de charme. Le risque de perdre un œil, ou de se briser la nuque et les reins sur un vieux muret couvert de mousse, procure un intense frisson d’angoisse. Renforcé par un 1er défi Fort Boyard : passer de la station assise à la génuflexion. Si vos articulations manquent de souplesse, vous allez faire l’expérience de «la pause du discobole» (visualisez). Avant de basculer lentement sur le côté ou, mieux encore, à l’avant du paddle. Avantage remarquable : il se dresse avant de retomber sur votre tête. En vous tassant bien la colonne vertébrale au passage. Vous retentez l’expérience et parvenez à vous dresser. En chancelant, et de guingois.

2ème défi Fort Boyard : saisir la pagaie. N’essayez même pas. Contentez-vous de tomber sans grâce, de récolter quelques lambeaux d’algues et de vérifier le principe d’Archimède. A la 3ème expérience infructueuse, revenez vers le loueur de paddle et flanquez-lui un coup de pagaie sur la nuque. Ensuite, trainez cet obscur crétin jusque dans le lac et donnez-le en pâture aux brochets. C’est moins glorieux que le requin-citron, mais on a l’Hawaï qu’on mérite.