fun ambrille

fais seaseat et tais-toi !

par Pascale Godin - 17 juin 2017

à vaincre sans vinyle on triomphe sans gloire...

Les vacances arrivent vite, vous venez de faire l’acquisition de votre seaseat,
 je vous félicite (attention, cette phrase fait l’objet d’un copyright. Si vous la détournez, la consommez, ou la répétez de façon abusive, le viking sanguinaire Knütt le Hardi et sa horde de brutes hurlantes viendront en personne vous trouer l’intestin).

Néanmoins, avant que de vous lancer dans une folle virée aquatique au terme de laquelle vous allez vous échouer sur la grande barrière de corail (ce qui aura pour conséquence de déchirer l’enveloppe de plastique et de vous propulser illico vers la calotte glaciaire dans un grand potin de ballon crevé), je vous recommande la lecture de ce petit mode d’emploi, ce qui vous évitera tout un tas de petits désagréments dont j’ai fait la cruelle expérience. Il faut bien que quelqu’un prenne sur ses frêles épaules les tests les plus déroutants, les autres ont ainsi toutes leurs chances. C’est un sacrifice, mais c’est la Loi.

CONSEIL N°1 (LE BOSSU DE NOTRE-DAME)

Arrivez sur la plage en claudiquant. Vos voisins de serviette penseront qu’il vous est arrivé quelque chose d’horrible dans l’enfance et vous prendront en pitié (tout le monde n’a pas la chance d’être naturellement bossu et contrefait). Au pire, grognez et bavez un peu, mais n’en faites pas trop, car ceci pourrait focaliser l’attention sur vous, ce qui est exactement le contraire de ce que vous souhaitez. Le mieux est encore de ne pas aller à la plage et d’utiliser le SeaSeat dans votre baignoire. Mais comme vous ne tenez pas compte de mes conseils, allez vous faire voir.

CONSEIL N°2 (LE SEASEAT EST UN ANIMAL BIVALVE)

Quand vous allez commencer à gonfler le dossier de votre SeaSeat, veillez à ce que la valve de l’assise ne soit pas coincée dans le soutien-gorge de votre maillot de bain, à moins que ce gag désopilant ne soit destiné à séduire le maître-nageur. Mais quel que soit votre but, sachez qu’il a fort peu de chance d’être atteint, dans la mesure où vous êtes arrivée de guingois, avec de la bave plein les joues (cf. conseil N°1). Si vous ne respectez pas cette consigne, vous allez vous retrouver avec votre soutien-gorge sur la nuque, ce qui n’arrangera pas les choses.

CONSEIL N°3 (FÉERIE LACUSTRE)

Votre SeaSeat est gonflé, vous allez pouvoir profiter des joies d’une douce flottaison. Auparavant, il va falloir vous hisser dedans avec un minimum de discrétion. Vous allez vous rendre compte que rien n’est plus indomptable qu’un pneumatique en milieux aqueux. Mais si vous avez respecté les 2 conseils précédents, ceux qui vous regardent mettront votre maladresse, vos cris d’otarie et vos culbutes désordonnées sur le compte de votre handicap. Au mieux, ils vous plaindront et vous offriront un rafraîchissement au crépuscule. Au pire, ils vous jetteront quelques pièces. L’idéal serait qu’ils ne vous regardent pas. Mais vous verrez rapidement que rien n’est plus voyant et bruyant que le dressage d’un énorme fauteuil gonflable bleu turquoise.

NE VOUS ENDUISEZ PAS D’HUILE SOLAIRE AVANT DE GRIMPER DANS VOTRE SEASEAT ! La présence d’un film gras sur votre corps en rend l’accès encore plus difficile. Déjà que tout le monde vous prend pour une attraction rémunérée par la ville, faudrait quand même voir à mettre un bémol côté effets spéciaux.

CONSEIL DE DONALD LE CANARD

Vous voilà installée dans votre SeaSeat, mollement bercée par la houle légère. Une fois stabilisée, NE FAITES PLUS LE MOINDRE GESTE. Chaque mouvement va vous faire gîter dans tous les sens, et vous allez finir par culbuter vers l’arrière, dans une grande gerbe grotesque. Or, il se trouve que la brise vous a poussé vers le large, et que vous n’avez plus pied. Ce qui rend une nouvelle tentative de hissage hautement périlleuse. Et le résultat hautement improbable.

Non, croyez-moi, le mieux est de vous endormir paisiblement dans votre SeaSeat. Certes, la brise et la houle vont vous emporter de l’autre côté du lac, et vous allez vous réveiller au milieu d’une roselière inconnue, cernée de dangereuses poules d’eau qui n’auront d’autre but que celui de vous déféquer sur les cuisses.

Mais comme il fera nuit, personne n’en saura rien.

illustration : fun ambrille