fun ambrille

fun ambrille se maquille

par Pascale Godin - 17 mars 2017

cosmét(h)ique

“Miroir monbeaumiroir, dis-moi qui est la plus belle ?”, demandai-je innocemment. Alors, dans un fracas de fin du monde, le miroir se gondola et explosa en mille petits copeaux de verre.

Je viens d’acheter un nouveau fond de teint et un nouveau mascara. Ça paraît assez cucu comme activité, mais pas tant que ça, en fait.

1) Je n’ai pas le temps de faire autre chose (et en y réfléchissant bien, il existe une kyrielle d’occupations bien plus cucu que ça, ne serait-ce que compter les bulles d’un verre de san-pellegrino).

2) Il y a fâcheusement intérêt à colmater les brêches si je ne veux pas qu’un matin, quelqu’un me demande des nouvelles de ma petite-fille en parlant de moi et en croyant s’adresser à mon aïeule.

Donc, fond de teint. J’avise un cosmétique dont le conditionnement me paraît plutôt girond (nous autres femmes sommes perméables aux conditionnements. La preuve, je ne me retournerai jamais sur un type qui porte un pantalon de tergal et une chemise à col pelle-à-tarte, fut-il George Clooney) et dont le coût suffirait probablement à nourrir pendant 10 ans un chenil de Saint-Bernards, et je rapplique chez moi les mains tremblantes et le cœur battant, persuadée que je viens d’acquérir un trésor inestimable qui va faire de moi une bombe à côté de laquelle Miss Univers, c’est un rubik’s cube mal terminé et fabriqué par des lépreux aveugles.
J’ai ouvert le flacon, j’en ai extirpé la petite pelle, ça a fait “schhhhhliiiiiiiiiiiiiiiiiii !” et je m’en suis mis partout SAUF sur le visage (au prix de la goutte, j’aurais pu refaire ma salle de bains avec l’équivalent de ce que j’ai mis sur le tapis, la baignoire, les carrelettes et la pomme de douche).
J’ai contemplé le flacon avec un regard lourd de haine, ai reposé la petite pelle, et entrepris de lire la notice (c’est d’ailleurs proprement hallucinant ce qu’il faut faire pour utiliser un banal fond de teint. A croire que seul une BAC+17 soit capable d’appliquer correctement une couche de plâtre sur une surface cahotique sans baver sur les oreilles). Là, je me suis rendue compte que j’avais omis une étape capitale du processus, secouer le flacon énergiquement afin de mélanger correctement les pigments. Et secoue que je te secoue vigoureusement.
Débouchage.
Pelle-à-tartrage.

Re-“schhhhhhhhhhhhhhhhllllllllllliiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!!” sur le lave-linge, le sèche-cheveux et les orteils. Je me demande si c’est pas gazeux, ce truc. J’ai bien vu dans la glace qu’à cet instant précis, j’avais la même tête qu’une poule qui viendrait de découvrir qu’elle a pondu un thon ; et aucun fond de teint, si coûteux et performant soit-il, ne sera jamais capable d’effacer cette expression d’a-néantitude totale. Je veux dire que si Paris Hilton est capable d’utiliser un truc pareil, pourquoi pas moi ?

A une époque où l’être humain envoie en orbite des bouts de mousse isolante de 750 grammes et prend des photos panoramiques de la surface d’un satellite de Mars, c’est tout de même regrettable que personne ne soit fichu d’inventer une pelle-à-fond-de-teint anti- projections et auto-nettoyante !

ET LE MASCARA, ME DIREZ-VOUS ?

En théorie, ce mascara vous fait des cils aussi velus qu’une cuisse de mandrill et aussi épais que ceux de Liz Taylor dans “Antoine et Cléopâtre, les festins aux joues de boeuf confites au miel en moins. SAUF QUE ce truc est tellement dense que tu te retrouves avec, au lieu d’une rangée de poils bien alignés au-dessus de l’iris, UN SEUL cil très noir et très épais, et que ça te donne l’air d’un cyclope avec l’œil unique maquillé à gauche (en comparaison, l’autre œil est si petit et si normal qu’on dirait une lentille).

VOUS VOYEZ OÙ JE VEUX EN VENIR ?

Peut-être qu’un jour il va falloir arrêter de nous prendre pour des sandales en nous faisant croire que si Naomi Campbell a une chute de reins en comparaison de laquelle le Fuji-Yama est plus plat qu’un polder hollandais, c’est parce qu’elle se frotte les fesses avec la crème “AhAhJeT’aiBienEueGourdassE”. A force de prendre les indigènes pour des gugusses en leur offrant des verroteries en échange de l’or et de la fille du chef, on se retrouve un jour attaché à un poteau avec une tête grosse comme un citron, à attendre que les fourmis du cru viennent vous dévorer les yeux.