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passent à confesse : morzine

par La rédaction - 10 janv. 2019

morzine la tétue

Morzine, si vous étiez un signe ? Je serais scorpion. Déterminée, volontaire et acharnée. Je travaille dur et me donne à fond, ne lâche jamais l’affaire. Je suis donc plutôt du genre entêtée, je vous l’accorde et autant dire qu’on ne me fait pas changer d’avis facilement… Et comme tous les montagnards, scorpions ou pas, j’ai peut-être un peu de mal à partager mes sentiments…

Si vous étiez une personnalité emblématique ?
Je serais François Baud, dit «Grand Hôtel». Alors, oui, faut que je vous explique : ici, les Baud, comme les Marullaz, sont tellement nombreux, que pour différencier les différentes familles, il a fallu ajouter un qualificatif à leur patronyme, souvent en rapport avec une activité professionnelle (de la forge, des vélos, de la godasse…), ou la lignée maternelle (à la Page). Comme son nom l’indique, François Baud a donc lancé, en 1924, le Grand Hôtel, mon premier hôtel de tourisme ! Pile à l’époque où l’exploitation de mes carrières d’ardoise s’essouffle, que les hommes me quittent pour aller travailler à la capitale ou Genève. En attirant, l’été dans un premier temps, de riches familles parisiennes, suisses ou pieds-noirs, l’établissement lancera le tourisme dans la vallée. Maire de 1947 à 57, François Baud est également à l’origine de la passerelle qui relie toujours mes deux versants.

Si vous étiez un complexe ?
De taille… pas toujours facile de plafonner à 1000 mètres !

Si vous étiez un Festival ?
Rock the Pistes ! (voir focus)

Si vous étiez un livre ?
Un dictionnaire français-anglais !

Si vous étiez un film ?
Il y en a bien un qui me vient en tête… «Les Possédées». Il n’a pas été tourné ici, aucun Morzinois ne joue dedans et vous n’y verrez aucune référence à moi, c’est vrai, mais son titre est très évocateur pour nous… (voir focus).

Si vous étiez un événement marquant ?
Bon… Ça nous a un peu arraché la bouche de l’admettre, et puis on a mis du temps avant de s’impliquer dans le projet, mais il faut le reconnaître, dans les années 60, la création d’Avoriaz, en haut, a eu un rôle décisif dans la manière dont je me suis développée, en bas.

Si vous étiez un plat typique ?
Je serais les Merveilles ! Une pâte à beignets travaillée à bout de bras, pour l’étirer presque jusqu’à la transparence, puis découpée en bandes plongées rapidement dans un bain d’huile et saupoudrées de sucre. A l’origine, on les préparait pour les mariages ou les baptêmes, aujourd’hui, on pourrait presque les servir avec une crème anglaise…

Si vous étiez un personnage fictif ?
Gimli, dans Le Seigneur des Anneaux. Comme lui, je ne suis pas très haute, plutôt trapue, je râle d'abord et j'écoute après, j'ai la tête dure et un caractère bien trempé.

Si vous étiez une chanson ?
«It’s raining men !» surtout l’été… La pratique du VTT attire une clientèle encore majoritairement masculine, ce qui m’a valu, de la part des Britanniques, le surnom de Man-zine.

Si vous étiez un art ?
L’Art-doise. Elle est bien bonne ! Mais c’est vrai que la Vallée des Ardoisières, en contrebas de la falaise d’Avoriaz, est l’un des derniers sites français d’exploitation de cette roche.

Si vous étiez une année ?
1960, l’année où Jean Vuarnet est rentré de Squaw Valley avec sa médaille olympique. Tous les projecteurs étaient braqués sur moi ! Euh… sur lui et moi !

Si vous étiez un champion ?
Bon, comme il y a une vie après Vuarnet, je dirais Yohann Taberlet, plusieurs fois médaillés de France et d’Europe en handiski et Anthony Chalençon, doublement médaillé en ski de fond aux Paralympiques de Pyeonchang, les 2 portent haut mes couleurs.

Si vous étiez un people ?
Hum… J’ai bien un pote écossais, qu’on prend tour à tour pour Robbie Williams ou Russell Crowe. Ça marche ?

Si vous étiez une pratique originale ?
Je serais le ski-joering. Dès les années 30, avant même l’installation du téléphérique du Pléney (1934), François Baud - encore lui - faisait tracter ses clients skieurs par des chevaux.

Si vous étiez un âge ?
Je serais octogénaire, mais on va dire que je ne fais pas mon âge…

Si vous étiez un alcool ?
La Mützig, une bière blonde corsée (7°) servie dans l’un de mes plus anciens bars, le Robinson, et qui donne du relief à l’après-ski, et c’est peu de le dire…

Si vous étiez une devise ?
«Notre vallée, c’est le plus beau pays du Monde», en toute humilité.

Si vous étiez un sujet tabou ?
Comme partout, le projet de gros porteur… Ici, il relierait mon centre avec celui d’Avoriaz.

Si vous étiez un animal ?
Je serais un rat. Ou plutôt 2, un blanc et un rouge. Comme beaucoup de villages de montagne, je suis à cheval sur les deux versants d’une vallée, séparés par une rivière, la Dranse. Pendant très longtemps, elle a matérialisé deux courants opposés : sur la rive droite, l’Eglise, les parcelles agricoles, des familles plus conservatrices, les «rats blancs» ; sur la gauche, les commerçants et les familles plus progressistes, les «rats rouges».

Si vous étiez une activité hors neige ?
La bringue ! Voilà en tous cas un point sur lequel Anglais et Morzinois ont finalement beaucoup en commun.

Si vous étiez un souvenir kitsch ?
Une capote anglaise

Si vous étiez un accessoire de mode ?
La capote anglaise ?

Si vous étiez une blague ?
En bas, en plaine, il se dit que les Morzinois balancent l’argent par les fenêtres… mais de l’extérieur vers l’intérieur !

Si vous étiez une légende ?
La légende de Zerno. Du nom d’un des premiers habitants de la Vallée, qui aurait refusé de se soumettre à l’autorité des Abbés d’Aulps et de venir à la messe comme demandé, arguant qu’il invoquait Dieu aussi bien chez lui, près du Ciel, sur sa montagne. Il reflète assez bien mon caractère…

Si vous étiez une caractéristique physique ?
Petit, mais costaud !

Si vous étiez une position sexuelle ?
La descente du flambeau, c’est vendeur, non ?

Focus Morzine

Le Mal de Morzine

Quand on parle possession, elle est généralement liée à deux noms, Loudun et… Morzine. Pendant longtemps, il fut impossible d’en parler dans la vallée. L’histoire remonte pourtant à plus de 150 ans. Mais elle a marqué à ce point les esprits qu’il n’était pas rare, pour les jeunes Morzinois montant travailler à Paris dans les années 20, de s’entendre dire : «Tu viens de Morzine, le village des Possédées ?».

Convulsions, vociférations, cataplexie et transe, évocation de la vierge et crainte du diable, cette épidémie «d’hystéro-démonomanie» affecte près de 200 jeunes filles et femmes de Morzine, entre 1857 et 1870. L’affaire prend une telle ampleur qu’elle remonte à la fois jusqu’au Pape et jusqu’à l’Empereur Napoléon III, opposant l’administration française et l’Eglise. Car s’il est difficile de mesurer le rôle des religieux dans la multiplication de ces crises, leur présence ne les apaise en rien. Ni leurs séances d’exorcisme. On soupçonne même leur trop forte influence sur des esprits faibles, au fond d’une vallée isolée. En 1864, la totalité du clergé local est donc remplacée. Il faudra encore quelques années pour que les choses rentrent totalement dans l’ordre, sans que les causes de ce phénomène soient pour autant tout à fait élucidées. Souvenir, souvenir, il en reste, aujourd’hui, dans l’ancien cimetière de Morzine, derrière l’Eglise, une Croix des Possédées.

+ d’infos :
Les possédées de Morzine de Jean Christophe Richard

& sa bonne étoile

Ala fin du 19ème siècle, même si l’exploitation des Ardoisières a réduit la précarité de ses habitants, les conditions de vie à Morzine sont plutôt… rigoureuses, voire inhospitalières. A peine délivré des Possédées, le village fait face à une nouvelle catastrophe : un morceau de la falaise qui surplombe le hameau des Covagnes - au pied de ce qui deviendra Avoriaz, un siècle plus tard - s’effondre. En ce début de printemps, les épisodes de gel et de dégel ont fragilisé la paroi et plus de 500000 m3 de roche s’en sont détachés. Ne faisant étonnamment que 2 victimes. Par chance, la plupart des habitants du hameau assistaient à la messe, au Bourg, au moment du drame. Ce qui rend le Morzinois encore plus pieux, mais pas plus joyeux.

Les hommes sont alors nombreux à partir travailler à Genève, comme maçons ou tailleurs de pierre. En leur absence, il est difficile pour les familles de subsister. Depuis la Suisse, une poignée d’entre eux fonde alors, en 1879, un groupement d’entraide et de solidarité, ayant pour but de soutenir ses membres en cas de maladie ou d’accident. Une association a-politique et a-religieuse, sorte de mutuelle avant l’heure, qui indemnise les familles à hauteur d’un franc par jour la première année d’incapacité. Aujourd’hui, l’Etoile existe et se réunit toujours. Pour en faire partie, il faut être Morzinois ou marié à une Morzinoise, avoir entre 18 et 50 ans, se faire coopter par un autre membre de la confrérie et… être un homme. L’égalité des sexes n’a pas encore gagné les fonds de vallée.

Rock'n ski

En 2011, les Portes du Soleil cherchent une idée pour remuscler la fin de saison, bref, finir l’hiver en beauté. Ce sera de la musique, sur les pistes, des concerts en plein cœur du domaine skiable, une tête d’affiche par station en journée et une programmation Off dans les bars le soir. Le billet, c’est le forfait. Une première, même si aujourd’hui d’autres stations se sont emparées du concept. Côté logistique, c’est un sacré défi. Les sites au milieu des pistes offrent un décor époustouflant, mais chaque jour, les scènes éphémères et le matériel sont montés, puis démontés en quelques heures pour être déplacés d’une station à l’autre, d’une vallée à l’autre, voire d’un pays à l’autre. A Morzine, c’est au sommet du Pléney, sur un plateau partagé avec le domaine des Gets, que les musiciens sont acheminés en motoneige ou en hélicoptère.

Depuis la 1ère édition, l’événement appelé «Festival des Concerts Sauvages» a été rebaptisé «Rock the Pistes», plus international, il a vu défilé Keziah Jones, BB Brunes, FFF, Rag’n Bone Man, Stephan Eicher ou Pete Doherty, et attire aujourd’hui près de 30000 festivaliers. Pour l’édition 2019, on attend Gaëtan Roussel, Charlie Winston et Feu!Chatterton… de quoi, justement, mettre le feu à la neige.

Rock the Pistes - du 17 au 23 mars 2019

+ d’infos :
rockthepistes.com

© OT Morzine-Sam Ingles / © Lego
La rédaction