les alpes so hype !

la riviera suisse
et les bénévoles du festival de Jazz

par Mélanie Marullaz - 11 juil. 2019

souviens-toi montreux

MONTREUX JAZZ C’EST, AUJOURD’HUI, PRÈS DE 5000 HEURES D’ARCHIVES AUDIOVISUELLES, SOIT UN TRÉSOR INESTIMABLE INSCRIT AU PATRIMOINE MONDIAL DE L’UNESCO. MAIS N’EN CONSERVER QUE LA BANDE-SON, OU MÊME L’IMAGE, SERAIT OCCULTER UNE AUTRE RICHESSE, CELLE DE L’AVENTURE HUMAINE, AU FONDEMENT MÊME DE L’ÉVÉNEMENT.

"Depuis 2010, à l’EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne), nous avons acquis ou numérisé tout ce qui a été enregistré au festival depuis 1967. Nous avons donc une très bonne idée de ce qui s’est passé sur les scènes”, explique Alexandre Camus, sociologue et responsable de projet Montreux Jazz Memories. “Par contre, la mémoire d’un événement de cette ampleur ne peut pas se résumer à ça, car il a touché des dizaines de milliers de personnes. D’un point de vue social et historique, on ne connaît que la partie visible de l’iceberg.”

MÉMOIRE VIVE

En 2018, frappé que cette histoire n’ait pas encore attiré l’attention d’autres chercheurs, Alexandre Camus lance donc un appel à témoignages, invitant spectateurs, bénévoles, acteurs du festival à partager, sur une plateforme dédiée, leurs photos, collections d’objets et autres souvenirs... “Certains ont gardé la monnaie, le Jazz (monnaie propre à l’événement abandonnée en 2007) devenu bijoux ou serti sur une bague échangée pour des fiançailles. D’autres, comme les chauffeurs, qui ont fait 20 années de transport d’artistes, ont vécu des temps hors champs, non médiatisés, mais riches.” Comme ce moment incroyable où il a fallu passer la Riviera au peigne fin pour trouver un modèle spécifique de sèche-cheveux des années 50, déniché finalement à Crissier, et escorté en limousine avec gardes du corps, sur les 300 mètres qui séparent le Montreux Palace du Palais des Congrès. “Ce n’était pas du tout un détail, le brushing de James Brown en dépendait !”

MONTREUX-MOI TON PARCOURS !

Mais si les anecdotes font sourire Alexandre Camus, il ne voudrait pas qu’elles masquent des expériences plus profondes. Son objectif est surtout de mettre en valeur l’engagement de tout ceux qui ont œuvré dans les coulisses et mesurer l’impact de cette implication sur leurs trajectoires personnelles. “Parmi les bénévoles, certains sont là depuis plus de 20 ans, ils prennent la moitié de leurs vacances annuelles pour s’engager dans le festival. Ils y ont rencontré leur conjoint, y ont fait des enfants... Il doit y avoir au moins une quarantaine de bébés Montreux Jazz, qui, pour certains, sont eux-mêmes devenus bénévoles. Leur participation a également pu avoir une influence structurante sur leur carrière, décider de leur orientation vers l’école hôtelière ou les techniques de l’audiovisuel.”
Et bientôt, pour restituer ces témoignages, les partager au-delà du site internet, des expositions visuelles et sonores seront montées à l’occasion du Montreux Jazz, ainsi que des podcasts et une radio web. “Les archives suscitent la mémoire, qui enrichit les archives, et vice-versa, conclut Alexandre Camus, l’histoire de tous s’écrit avec l’histoire de chacun”.

http://montreuxjazzmemories.ch

Montreux Jazz Festival, jusqu’au samedi 13 juillet

Héloïse, 35 ans, bénévole de 2004 à 2018

“En 2004, je suis arrivée de Paris par hasard, à la dernière minute. C’était la 1ère fois que je faisais du bénévolat et que je partais seule à l’étranger... et je ne suis jamais repartie. Le jour où j’ai débarqué ici, je m’en souviendrais toujours, j’ai eu un coup de cœur pour le paysage, l’environnement, les gens, je me suis sentie tout de suite accueillie, à l’opposé de l’agressivité et du stress parisiens. Le moyen le plus facile pour y habiter, c’était un échange universitaire, alors j’ai poursuivi mes études d’histoire de l’art à Lausanne. Depuis le début, je suis « câble », je tiens les câbles des caméramans, pour éviter que personne ne se prenne les pieds dedans. Mais du coup, je suis parfois sur scène, et chaque année, pour le 1er concert, quand on est là à tenir notre câble, ça ne paraît rien, mais ça fout des frissons ! Je suis un petit maillon de la chaîne de la grande machine.”

 

Philippe dans les années 80’

Philippe, 60 ans, bénévole depuis 40 ans

“J’ai commencé en 1979... J’avais acheté un billet pour voir Ange, un groupe de rock français, mais c’est pendant le 2e concert, celui de Jacques Higelin, que j’ai eu une révélation : c’était impossible de ne pas faire quelque chose pour le festival. J’ai peut-être ça dans le sang, comme Claude Nobs ou Grégoire Furrer (Montreux Comedy), cet amour pour Montreux et cette envie de le mettre en avant. J’ai commencé comme placeur au Casino. Chaque année, j’étais avide de découvrir de nouvelles choses, je voyais parfois 3 ou 4 groupes, ne finissais pas avant 3h du matin. Puis j’ai entraîné ma femme en tant que staff, il fallait s’organiser pour faire garder les enfants, mais le festival était une priorité. Quand Claude Nobs est décédé, sur le livre d’or à l’Hôtel de Ville, j’ai écrit: «Je ne te remercie pas, parce qu’à cause de toi, depuis que j’ai 20 ans, je ne suis jamais parti en vacances en juillet ! » Aujourd’hui, je suis responsable des pla- ceurs sur les balcons VIP de l’auditorium Stravinsky. On est 13 et on est devenu un vrai groupe de potes, on se voit même en dehors du festival.”