les alpes so hype !

les films d'animation
& l'environnement

par Gaëlle Tagliabue - 5 sept. 2018

le vert à moitié plein

Élément ornemental par essence, pas étonnant que la nature, tout comme le règne animal, ait toujours plus ou moins servi de toile de fond aux grands classiques du film d’animation. De là à entendre pousser un vrai cri écologique…
À gauche : Wall-E. À droite : Scrat.

Si l’on dit souvent que la colère grouille d’en bas, les consciences, elles, s’éveillent très jeunes, parfois plus vivement encore qu’on ne le voudrait. Et les enfants ayant tout de même la fâcheuse tendance à rapidement virer jusqu’au-boutistes, il n’en faut pas beaucoup pour que le thème du dernier film d’animation visionné devienne la prochaine cause phare de la maison. Et on ne transige pas avec les grandes causes lorsque l’on est enfant.

Tante Hilda
Akira

VERT TENDRE OU VERT SAPIN

Si la question de la protection de l’environnement émerge régulièrement dans l’animation, pas de réel mouvement pour autant. Il s’agirait plutôt de l’affaire de quelques réalisateurs engagés. Jacques-Rémy Girerd, réalisateur et fondateur du studio Folimage à Valence confirme ce sentiment, “la nature est en soi un élément très visuel, mais cela confine souvent plus à l’exercice de style ou à la production de films contemplatifs, ceux ayant une vraie portée sont plus rares.”

Certains films s’érigent malgré tout en porteur d’un nouveau langage. La question écologique apparaît assez tôt dans l’histoire du film d’animation, dès la fin de la seconde guerre mondiale, avec les interrogations liées à l’énergie nucléaire et le cinéma japonais qui développe largement ce thème, “ce qui n’est évidemment pas sans rapport avec le bombardement de Hiroshima et Nagasaki de 1945” précise Sébastien Denis* en référence au film Akira (Katsuhiro Otomo, 1988). Un réveil qui constituera sans doute le terreau de l’engagement fort de certains cinéastes japonais à l’égard de la nature.

Jacques-Rémy Girerd
Tante Hilda

PEACE & GREEN

Parmi les pionniers, les Barbapapa (Annette Tison et Talus Taylor, 1974), formats courts pour les tout-petits, vont délivrer des messages récurrents sur la pollution et la protection des animaux. Côté long-métrage, on voit déjà le nom de Hayao Miyazaki apparaître avec Nausicaa de la vallée du vent (1984) proposant un discours sans concessions sur les méfaits de l’activité humaine sur la forêt, puis Pompoko (1994) de Takahata. Discours qui trouvera son point d’orgue avec Princesse Mononoké (1997), le pamphlet animiste de Miyazaki pointant les effets dévastateurs de l’opposition entre les hommes et la nature.

Et il faut bien reconnaître que depuis une vingtaine d’années, les exemples se multiplient. Quelques réalisateurs en ont même fait leur cheval de bataille : Miyazaki, en tête de proue donc, au Japon est traversé par la question de l’environnement qu’il traite sous forme de conte initiatique enveloppé dans une esthétique très symboliste. En France, on retrouve le nom de Jacques-Rémy Girerd, “je me suis reconnu dans cette génération qui voulait porter un regard sur le monde et traiter de vraies questions sociétales, encore plus lorsque je suis devenu papa. Je voulais donner du sens à ce que je faisais, en tant que réalisateur, en tant que citoyen et en tant que père”.

Tout commence avec la série de formats courts Ma petite planète chérie (1996). Puis viennent les longs-métrages : La Prophétie des grenouilles (2003), Mia et le Migou (2008) et Tante Hilda (2014) co-réalisé avec Benoît Chieux, tous les trois présentés au Festival International du Film d’Animation d’Annecy. Tous véhiculent des messages forts liés au dérèglement environnemental avec cette touche d’humour et de fantaisie, marque de fabrique à la française.

Princesse Mononoké
Happy Feet

LOGIQUE ECO

Outre-Atlantique aussi, la tendance prend du poil de la bête, à commencer par le réalisateur canadien Frédéric Back, qui sortira Tout-Rien (1978) dans lequel un monde se recompose en ne laissant qu’une infime place à l’homme destructeur, puis adaptera le texte de Jean Giono, L’Homme qui plantait des arbres (1987) ou Le Fleuve aux grandes eaux (1993) traitant des ravages de la pollution.

Enfin, si le cinéma d’animation américain propose une vision souvent plus manichéenne, quelques notables productions ont émergé, notamment ces dix dernières années, à l’image de l’équipée de L’Age de Glace (2002) et du petit pingouin hors normes de Happy Feet (2006) pour alerter des dangers du réchauffement climatique ou de la tortue dans Le voyage extraordinaire de Samy (2010) qui interroge sur la pollution des océans.

D’autres osent un discours plus acide, comme ce fut le cas dans Les Simpson - Le film (2007), dans lequel le ton irrévérencieux cher à la série interpelle sur la question de la pollution ou encore du Lorax (2012) où un petit garçon évoluant dans un monde dépouillé de toute végétation part en quête de la dernière graine d’arbre.

Plus subversif enfin, Wall-E (2008) reste à ce jour le plus engagé des Studios Pixar avec ce petit robot qui évolue dans un monde croulant sous ses propres déchets et dont l’espèce humaine, elle aussi en plein déclin, a dû s’extirper pour survivre.

A l’image des graines semées par des personnalités comme Jacques-Rémy Girerd aujourd’hui retiré dans une petite maison dans les bois pour se tourner vers une activité plus littéraire, “dont un abécédaire impertinent de la planète en préparation…”,- un engagement ça se tient -, le film d’animation engagé dissémine son influence sans faire de bruit pour rien.

 

*Auteur de «Le cinéma d’animation I Techniques, esthétiques, imaginaires» aux éditions Armand Colin.

À gauche : Barbapapa. À droite : Le Lorax.
Les Simpsons, le film
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