les alpes so hype !

les films d'animation & la diversité

par Mélanie Marullaz - 24 août 2018

emission de variétés

Annecy 1999. Grand prix du festival, Kirikou et la sorcière fait un tabac auprès des petits comme des grands. Mais là où le jeune public s’identifie à un garçonnet courageux et déterminé, les adultes voient le 1er petit héros noir dans l’histoire du film d’animation français. 20 ans plus tard, la différence a-t-elle gagné en visibilité ?
À gauche : Tiana. À droite : Jasmine.

2010. Il aura fallu attendre près d’une décennie après le conte africain de Michel Ocelot pour voir, sur les grands écrans, une héroïne noire. Elle s’appelle Tiana, elle est américaine et elle embrasse une grenouille dans un conte qui se déroule en Louisiane, ancien état ségrégationniste, le symbole n’est pas des moindres.

En tant que public modérément critique, il me semblait pourtant trouver un beau camaïeu de carnations chez les princesses Disney. Jasmine la belle Orientale, Mulan la Chinoise affranchie, Pocahontas l’Indienne médiatrice… Une diversité teintée d’exotisme peut-être, car toujours associée à une autre culture, mais une certaine diversité quand même. Et j’avais envie d’être Pocahontas, et Mulan, et surtout Jasmine (parce que faire un tour de tapis volant, ça a quand même plus de gueule qu’une balade sur le porte-bagages d’un 103 SP !) Comme la plupart des enfants, la couleur de leur peau ne m’empêchait nullement de m’identifier à elles.

Les nouveaux héros

DESSEINS ANIMÉS

Mais les débats sur la représentation de la diversité sont passés par là. A juste titre, on a parlé stéréotypes, quotas et insisté sur l’importance de proposer, au jeune public, d’autres modèles que des têtes blondes en bonne santé. Car “si le dessin animé a une réputation de divertissement anodin, elle est fausse”, avertit Michel Ocelot, le réalisateur de Kirikou. “Cette industrie a pris des proportions colossales. Elle a investi la vie quotidienne des enfants, qu’elle forme désormais, en bien et en mal. Aussi est-il important de considérer de quoi est fait ce «bombardement», que l’on soit parent, éducateur, réalisateur, programmateur ou spectateur.”

John Lasseter, directeur artistique de Disney Pixar, l’a également souligné à la sortie de «Vice-Versa», en 2015 : “il est très important pour nous de créer des personnages féminins et ethniques. Cela s’est développé au fil du temps. Comme vous pourrez le voir dans les films à venir, nous y sommes très attachés.” A l’écran seulement, car dans la vraie vie, sur 19 longs-métrages sortis par Pixar, un seul a été réalisé par une femme et, récemment, deux des scénaristes qui avaient travaillé sur Toy Story 4 ont quitté la société en déclarant que “la culture de l'entreprise ne donne pas aux femmes et aux personnes de couleur la même voix que les autres”… Oups ! Et ça, c’était avant que John Lasseter ne soit rattrapé par des accusations de harcèlement sexuel. Mais là n’est pas le sujet.

À gauche : Nemo & Dory. À droite : America Chavez.
Tip
 ON SE DEMANDE SI LES ORIENTATIONS SEXUELLES ET CONFESSIONNELLES DES PROTAGONISTES NOURRISSENT VRAIMENT L’INTRIGUE. 

POTES MODÈLES

Tout en continuant à nous faire voyager, en Polynésie par exemple, Disney envoie donc des signaux forts aux différentes communautés qui constituent la société (américaine principalement). Dans les Nouveaux Héros, le jeune nippon-américain Hiro Hamada est entouré d’une bande de melting-potes bigarrée, afro-, latino- ou coréo-américains - Benetton n’aurait pas fait mieux - et dans Coco, la culture mexicaine est quasiment un personnage à part entière.

DreamWorks suit également le mouvement en mettant en scène une adolescente black, Tip, dans «En Route !» Mais c’est Marvel qui pousse le plus loin - trop loin ? - la réflexion. En décembre 2017, dans la série animée Marvel Rising, Thor devient une femme, Hulk est d’origine coréenne, Miss Marvel pakistanaise et musulmane, America Chavez, latina et lesbienne. Chez les fans, l’accueil est mitigé, on reproche à la fabrique de Super-Héros cette mise à jour à moindres frais, basée sur des changements de sexe ou de couleur de peau plutôt que sur la création de nouveaux personnages, et on se demande si les orientations sexuelles et confessionnelles des protagonistes nourrissent vraiment l’intrigue.

De leur côté, les équipes de Pixar (avant Disney et aujourd’hui encore), avaient plutôt opté pour le contournement d’obstacle, sachant qu’elles pouvaient à loisir colorer leurs monstres, engraisser leurs chenilles ou donner des accents à leurs crustacés sans risquer les foudres de qui que ce soit - les non-humains ont bon dos ! “Chez Pixar, les personnages sont souvent déduits du thème à développer”, analyse Morgane Schlotterbeck, chargée de production chez Caribara Annecy, “leur identité n’est pas le cœur de l’histoire. Dans Zootopie, par exemple, l’idée, c’est avant tout de montrer que toute personne qui a du talent ou l’envie peut réaliser ses rêves, peu importe que ce soit une fille, une lapine et qu’elle vienne de la campagne, pourquoi ne deviendrait-elle pas flic en ville ?” Et pourquoi un petit poisson avec une nageoire atrophiée ne pourrait-il pas traverser les océans ?

À gauche : Paprika. À droite : Will.
Coco

RÉGLAGE DES CONTRASTES

Car mélanger les couleurs, c’est bien. Varier les corps et les formes, c’est encore mieux. En compétition cette année à Annecy, Paprika, une série animée à laquelle a participé Caribara, met en scène deux chatons, un frère et une sœur, dont l’un est en fauteuil roulant. C’est aussi le cas de Will, un garçon de 9 ans, dont les aventures diffusées sur France 3 ont été écrites en collaboration avec des enfants en situation de handicap.

Mais c’est dans Nemo d’abord, dans le Monde de Dory ensuite, que la thématique a commencé à être subtilement abordée : les handicaps n’y sont pas le sujet de l’histoire, mais une caractéristique des personnages. Dory souffre de pertes de mémoire, il manque un tentacule à la pieuvre Hank et à cause d’une blessure à la tête, Bailey le béluga ne peut se repérer par le biais de l’écholocalisation, comme le font ses semblables. Comme dans Dragons, où le binôme central est appareillé, le handicap et la différence tiennent une grande place sans forcément être nommés : ils sont simplement là. Car finalement, est-ce que ce n’est pas justement quand on aura fini d’en parler que la différence à l’écran aura gagné ?

Dragons
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